Carmen Maria Vega, Santa Maria de la résilience

Carmen Maria Vega. © Patrick Roy

Après avoir incarné le rôle-titre de la comédie musicale Mistinguett en 2014, la chanteuse électrique est de retour à son répertoire avec Santa Maria, un troisième album de chansons originales qui s’articulent autour de la thématique de l’identité, et font écho à sa propre histoire.

RFI Musique : Vos origines sont le point de départ de votre nouveau disque. Vous êtes née au Guatemala avant d’avoir été adoptée par une famille française. Pourquoi avoir attendu le troisième album pour en parler ?
Carmen Maria Vega : En 2011, je suis partie au Guatemala pour la première fois. J’ai été adoptée en France à l’âge de neuf mois, en ayant toujours su que ma mère était soi-disant activiste, et qu’elle avait fait un acte d’abandon conscient parce que j’étais en danger. En arrivant là-bas, je me suis rendu compte en faisant des démarches administratives que mon identité, Carmen Maria Vega, avait été falsifiée. Lorsque je l’ai retrouvée, j’ai vite compris qu’on lui avait menti, et qu’elle s’était fait flouer : c’était un trafic d’enfants orchestré par l’état guatémaltèque. Une histoire très similaire à celle de l’Arche de Zoé, sauf qu’on était dans les années 80 : c’était encore plus facile de falsifier des choses sur des papiers tapés à la machine. Le Canada et les Etats-Unis ont récemment reconnu qu’il y a eu à l’époque plus de 8 000 enfants volés. Quand je suis revenue, c’était trop frais. Comme pour n’importe quel choc émotionnel cataclysmique, je n’avais pas vraiment d’envie d’en parler tout de suite. Je suis d’abord allée tout ranger dans mes petits tiroirs, et tout ordonner.

Sur le sujet, Amérique latrines, écrite pour vous par David Assaraf y va d’un calembour sans équivoque…
Le pays est encore plus dangereux aujourd’hui qu’en 84, ce qui est fou parce que c’était une guérilla, une dictature. Il est nécrosé par la corruption, les maras, les gangs, les narcos : il y a une politique de la terreur, un gros racisme contre les indigènes qui sont majoritaires dans le pays, mais minoritaires en parole. Et les femmes, les enfants, n’en parlons pas… Il n’y a pas d’enfants des rues au Guatemala parce qu’on les cache dans des orphelinats, des centres spécialisés où ils subissent en général des maltraitances, des agressions sexuelles. Ce n’est pas forcément un portrait représentatif de l’ensemble du pays, mais c’est ma vision. Je ne suis allée que dans des endroits qui craignaient, et ça reste le pays le plus dangereux d’Amérique centrale.

Les chansons traitent de l’identité sous toutes ses formes : certaines vous racontent, d’autres ont comme thème l’identité sociale, sexuelle, numérique. Avec à chaque fois une plume différente : Mathias Malzieu, Belle du Berry (Paris Combo), Zaza Fournier, Baptiste W. Hamon, Alma Forrer, celle de Kim Giani, également, qui a réalisé le disque et vous accompagne sur scène…
Ma démarche n’était pas de faire un album de catharsis ni de thérapie, mais plus un album de résilience et de témoignage. Evidemment l’identité me parle de manière personnelle, mais ça parle à tout le monde, parce que c’est ce qui nous constitue : si l'on n’a pas à se poser la question de notre propre identité, c’est une chance. C’est fou parce que toutes les chansons les plus personnelles ont été écrites par des gens qui ne me connaissaient pas du tout et m’ont fait des cadeaux spontanés, en apprenant que je faisais un album qui parlait d’identité et de ma propre histoire.

La scénographie de la tournée Ultra-Vega, qui accompagne la sortie du disque, est, elle aussi, haute en couleur, avec ses éléments de décor religieux…
Je suis athée, mais j’ai une passion dévorante pour les icônes, le kitsch dans la religion catholique et l’art sacré en général, qu’il soit musulman, juif, orthodoxe, protestant… J’ai de l’art sacré partout dans ma maison. À peu près tout ce qu’il y a sur scène provient de ma propre collection ! Il fallait que ce soit ludique en même temps, je suis comédienne de formation initiale, et au moment où je crée un spectacle, je suis au service d’un texte, j’ai toujours fonctionné en pensant d’abord à la scénographie. Là, je l’ai pensée en plusieurs temps. D’abord comme une espèce de cauchemar éveillé, très 90 à la Twin Peaks. Les icônes sont arrivées après, je voulais mêler le sacré à la création d’une espèce de bureau étrange, en y mélangeant le côté un peu macabre d’Argento ; pour la scénographie je pense toujours beaucoup au cinéma et à la photo, à Helmut Newton notamment, avec des trucs très sexy pour le côté très féminin. Qui suis-je? Je suis ça, donc j’ai envie de montrer ça, cette identité qui est complexe, puisque je suis à la fois 100% française, mais aussi guatémaltèque, hondurienne et salvadorienne.

Carmen Maria Vega Santa Maria (AT(h)OME) 2017

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