Jacques, le choix du cœur

Jacques au Printemps de Bourges 2017. © RFI / Bastien Brun

Nouvel enfant chéri de l’électro française, Jacques fait de la musique avec des objets glanés dans le quotidien. Passé par les squats, cet ancien guitariste (dé)construit sa musique comme l’idée d’une carrière. Dans la nuit du samedi 22 avril au dimanche 23 avril, la 41ème édition du Printemps de Bourges accueillait ce drôle personnage qui a livré un set unique, comme on a son habitude. 

Il monte sur scène avec cinq minutes d’avance et prétexte de faire les derniers réglages sur ses machines. Alors qu’on pense à de simples ajustements, Jacques installe en réalité tout son petit monde en pleine lumière, devant une salle encore clairsemée. Quelques enregistrements de bruits d'objet plus tard, et c’est parti pour une pièce de presque une heure, une histoire unique que ce garçon à la tonsure presque monastique a fait vivre dans la nuit de samedi à dimanche, aux spectateurs de la dernière soirée du 41ème Printemps de Bourges.

À la différence de certaines productions survitaminées qu’on a vues ce week-end lors des soirées électro rock du Printemps, la musique de Jacques s’écrit sous les yeux des spectateurs. Celui qui déniche ses objets dans les squats, explique sa préparation : "Je mets tous mes objets préférés dans un bac. Il y a quelqu’un qui fait la scénographie, pour faire en sorte qu’ils soient à ma disposition rapidement sur scène. Il emmerde les gens de la salle pour que je puisse avoir des objets dangereux ou compliqués à avoir. Quand je suis sur scène, j’ai une idée et je l’enregistre. J’ajoute des sons et puis, quand il y a trop de sons, j’en enlève, et ainsi de suite. C’est comme de la poterie, ça tourne et je modifie le truc."

La vie des choses

Il faut donc imaginer le bonhomme en veste de chantier entouré de drapeaux, d’un vieux cendrier des années 70, d’une sonnette, d’un rouleau de chatterton qu’il déroule, d’une guitare, et puis de machines électroniques qui lui servent à enregistrer tout cela et à transformer ses boucles de musique. De prime abord farfelu, on rentre dans ce monde dissonant comme on passerait de l’autre côté d’un miroir, s’apercevant au fur et à mesure que, oui, Jacques Auberger sait bien où il nous amène. Il a simplement choisi de "présenter son délire", sans trop se soucier de ce qu’on en dit autour.

Passionné de rock, incollable sur les chansons des Beatles ou de Led Zeppelin, il a débuté la musique à l’adolescence en faisant "des reprises de Téléphone dans la rue" pour gagner de l’argent et "organisé des fausses tombolas" afin d’acheter un "enregistreur huit pistes". Guitariste au sein d’un groupe, The Rural Serial Killers, il bricole "sur l’ordinateur de ses darons" des morceaux techno. "L’électro est venu très lentement, à tel point que je ne l’ai pas vu arriver", affirme ce Strasbourgeois d’origine. Lorsqu’il monte à Paris, son collectif s’appelle Pain Surprises qui organise des soirées, mélange vidéo et électro.

En 2012, l’ouverture d’un squat dans le XIXème arrondissement de Paris, le Point G, va être un déclencheur. Happé par cette microsociété d’artistes et d’étudiants, Jacques s’y plonge complètement. "Pour moi, c’est plus facile de dormir dans un endroit où il n’y a pas l’eau, où c’est un peu galère, et de faire ce que je veux, plutôt de me pointer tous les matins dans un pizzeria pour bosser", note ce garçon volontiers bavard.

Son premier EP, Tout est magnifique (2015), le révèle. Il s’attire les louanges de l’ex-manager de Daft Punk et patron du label Ed Banger, Pedro Winter, comme de la crème de l’électro française, et enregistre la chanson Dans la radio à partir de sons glanés dans la Maison de la radio. 

Alors qu’il a sorti tout récemment son premier disque, A lot of Jacques, le  DJ/chanteur semble balayer l’attente autour de son travail. Enregistré à l’issue de toute une nuit de concert, puis retravaillé durant une semaine, ce disque n’avait rien d’attendu. Dans la nuit de Bourges, Jacques a en tous cas livré un set parmi les plus singuliers vu depuis le début de cette 41ème édition du festival. Au cœur d’une soirée où les DJ Vitalic et Molécule, ont secoué la grande scène du W à grand renfort de beats, il s’agissait bien là d’une tout autre partition. 

Succès du Printemps

Le festival berruyer créé en 1977, qui donne le La à la saison des festivals en France affichait globalement une bonne santé. Durant six jours sous le soleil, du 18 au 23 mars, ce sont 69 329 entrées payantes qui ont été enregistrées, "un record" selon les organisateurs du Printemps de Bourges.

Au milieu d’une programmation éclectique, qui avait de la chanson grand public à des groupes pointus, le festival table largement sur la découverte : 70 % de la programmation est constituée de groupes n’ayant sorti qu’un seul disque. Du côté des Inouïs, les découvertes, c’est le jeune chanteur parisien Eddy de Pretto qui a été sacré révélation, tandis que  le jury présidé par Mat Bastard (ex-Skip the Use), consacrait le rappeur Ash Kidd  et le groupe de hardcore Lysistrata. Le trio rentre-dedans est plein de cette guitare dont Jacques joue, mine de rien, avec un toucher assuré…

Jacques A lot of Jacques (Pain Surprises Records) 2017

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