R.Wan, paisible pirate du rap

R-Wan. © Baghir

Un artiste multicarte, tel est R.Wan, titulaire à ce jour de trois formations : le groupe Java et son rap musette, le collectif Soviet Suprem et son délirant balkanisme – et enfin lui tout seul. C’est à ce titre qu’il vient de sortir Curling, bel album lui aussi multicartes qui, d’atmosphère en atmosphère, nous emmène jusqu’aux réjouissants Berbère et Faites l’amour, c’est la guerre. Joyeuse rencontre.

"J’ai baigné dans la politique dès mon enfance, lance R.Wan. Mais je ne supporte pas la musique militante. Voir un artiste qui s’acoquine avec un parti signifie, pour moi, le début de sa fin… Je préfère le rôle du clown, que nous assumons avec Soviet Suprem : c’est celui qui donne la plus grande liberté possible pour être vraiment politique…"

Pourtant, avec un troisième album solo en février 2012 et un quatrième, Curling, en avril 2017, les années électorales semblent motiver l’écriture de notre french rapper. Il rigole franchement : "C’est un hasard ! Ou alors, peut-être, parce que je me suis toujours repéré dans le temps grâce aux Coupes du monde de foot et aux élections… Mais Curling n’est pas du tout politique. C’est un disque romantique !" Pas faux quand on écoute l’envoûtant Berbère : flow percutant et rimes légères dans les couplets, mots arabes de-ci de-là, accordéon oriental… Tout est là pour une déclaration d’amour au Rif (qui, bien sûr, rime avec "kiffe"). "C’est un morceau que j’ai écrit pour mon amoureuse", confirme R.Wan.

Côté atmosphères musicales et jeux de la voix, Curling, agréablement varié, nous balade entre le tropical Bayonnaise de Bahia, brésiliennement sensuel jusque dans le timbre (sur ses couplets, on peut penser à MC Solaar-91), et le jazz cool de Curling (le titre), avec ses airs de Gainsbourg dans le second couplet. "Je ne pouvais imaginer cette expression, 'être curling', qu’avec le jazz…, précise R.Wan. Et j’avais en effet dans la tête Maxim’s, de Gainsbourg, chanté par Reggiani : 'Ah ! Baiser la main d’une femme du monde'. J’avais bu la veille. En composant, j’étais dans un état cotonneux, j’étais 'curling' : imperméable au monde tout en restant extrêmement lucide. Comme les héros de mon enfance : Tom Sawyer, le Dude du Big Lebowski, Gabin, Dewaere, Jean-Pierre Marielle, tous ces antihéros qui se laissent glisser, comme la pierre de ce sport absurde qu’est le curling… "

D'Iron Maiden à Burning Spear

Autre sport absurde : la vie. Erwan Séguillon naît le 31 janvier 1974 à Épinay-sur-Seine, tout au bout de la Seine-Saint-Denis. Son papa est tout simplement Pierre-Luc Séguillon, inoubliable journaliste de télévision. À l’époque où naît Erwan, Pierre-Luc Séguillon, proche des socialistes, est rédacteur en chef de Témoignage Chrétien et futur secrétaire national du Mouvement de la Paix. La politique est donc très présente à la maison. Mais, bizarrement, peu la musique : "Mon père parlait couramment l’arabe. Dans son bureau, il écoutait souvent l’appel à la prière et j’adorais ça. Ou alors du chant grégorien. Par mes parents, je n’ai reçu aucune culture pop ou rock. C’est avec mon grand frère que j’ai découvert la musique. Mon premier disque a été Iron Maiden. Puis Renaud, la grande découverte…"

De découvertes en découvertes viendront le rock alternatif ("les Bérurier Noir, un espace de liberté"), puis le reggae : Burning Spear, IJahman et The Gladiators plutôt que Marley… Vers quinze ans, en 1989, Erwan se lance dans les sound systems et fonde Sense Lion. Il tague, danse le hip hop et écoute EJM, "qui mélangeait le rap et les sound systems". Parallèlement, il poursuit de molles études de géographie.

Le déclic vient courant 1997, avec la rencontre de François-Xavier Bossard, dit Fixi, musicien de Sinclair et du Nigérian Tony Allen, ami de Fela. "Fixi, souligne R.Wan, est un pianiste classique qui s’est pris de passion pour l’accordéon. De mon côté, j’avais la chanson Métro. Nous avons pensé à aller fouiller dans les 78 tours et à en sampler des passages afin de mêler rap et patrimoine musical. Ça a donné Java. Le premier album est sorti en 2000 et ça a été aussitôt le succès."

De Java à Soviet Suprem

Java, entre 2000 et 2009, sortira quatre albums avant de se séparer, sans doute définitivement, en 2010. R.Wan, lui, tentera l’aventure solo à partir de 2006 avec deux albums concepts, Radio Cortex 1 et 2. Tout en créant, en 2014, avec Thomas Feterman, une troisième structure : le très "hara-kirien" Soviet Suprem, dans lequel il endosse le costume de Sylvester Staline. "Mais je ne suis pas schizo !, nous rassure Erwan. J’ai fait de la musique parce que je déteste le travail, l’école… C’est clinique ! Ma profession idéale, c’est flibustier."

Soviet Suprem et ses délires balkano-soviétiques sont sans doute la contrepartie d’albums solo paisibles… "D’ailleurs, reprend Sylvester Staline, nous venons de mener une grande campagne pour la présidentielle, mais nous n’avons pas réussi à obtenir les 500 signatures…" Alors, tout de suite après le romantique Curling, Soviet Suprem reviendra. En octobre 2017. "Pour le centenaire de la révolution !", certifie Erwan. Et, une fois de plus, il se marre.

R.Wan Curling (Chapter Two/ Wagram Music) 2017

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