"Zaïre 74", la bande-son africaine enfin révélée

Mohamed Ali et George Foreman en 1974. © AFP

Témoignage inédit d'un rendez-vous musical qui a fait date dans l'histoire de la musique africaine il y a près de quarante-trois ans, le double album Zaïre 74 donne enfin l'occasion de découvrir les performances des artistes phares du continent invités à se produire dans le stade du 20 mai à Kinshasa, en prélude au combat de boxe mythique entre Mohamed Ali et George Foreman : de Miriam Makeba à Tabu Ley Rochereau, en passant par l'OK Jazz de Franco ou Abeti Masikini.

Pendant un mois, fin 1974, Kinshasa a été en proie à une frénésie qui reste encore dans les mémoires. La capitale congolaise avait été choisie pour être le théâtre d'un événement considéré encore aujourd'hui comme hors-norme sur le plan médiatique : le combat de boxe entre les Américains Mohamed Ali et George Foreman pour le titre de champion du monde poids lourds.

Un festival international est organisé en parallèle, avec des stars américaines comme James Brown, BB King... La programmation fait aussi la part belle aux grands noms de la musique africaine. Mais de leurs prestations, il n'était resté que quelques images, visibles dans le documentaire Soul Power.

En deux heures et 34 chansons, le double album Zaïre 74 vient réparer cet oubli. L'arrivée devant le public de Tabu Ley Rochereau montre d'entrée l'influence que le funk américain a eue sur les artistes locaux, apportant une énergie nouvelle, explosive. Avec son orchestre Afrisa International, le Seigneur Tabu Ley sait toutefois conserver la spécificité de la rumba : sa guitare au son reconnaissable, unique.

Son principal "concurrent" a aussi été convié à la fête : Franco et les musiciens de l'OK jazz font sentir qu'ils ont envie de donner la réplique et signifier un peu plus leur emprise sur la scène locale.

Si le Zaïre – future République démocratique du Congo – n'est pas le pays des griots, chanter les louanges des puissants est un exercice auquel certains artistes se prêtent volontiers, notamment pour remercier le chef de l'État, le maréchal Mobutu, qui a tout fait pour que l'événement ait lieu dans son pays.

Durant son concert, Abeti Masikini s'y plie même à deux reprises. La chanteuse est très populaire à cette époque. Et pas seulement auprès de ses compatriotes : cornaquée par le producteur qui avait joué un rôle majeur dans le développement international de la carrière de la Togolaise Bella Bellow, elle était une des rares figures féminines de la musique congolaise à avoir à cette époque une dimension panafricaine.

Celle qui incarnait alors l'Afrique, sur le plan musical, mais aussi en raison de son engagement politique contre l'apartheid, est aussi présente sur la scène du stade du 20 mai à Kinshasa : surnommée "Mama Afrika", en exil depuis près de 15 ans, la Sud-africaine Miriam Makeba entend profiter de la tribune et de cette exposition médiatique planétaire pour véhiculer une image positive de l'Afrique.

Compilation Zaïre 74 (Wrasse Records/Universal) 2017