Phoenix, voyage en Italie

Phoenix. © Emma Le Doyen

Les Versaillais de Phoenix reviennent avec un album dansant dans lequel ils imaginent une Italie rêvée. Volontiers romantique, Ti Amo permet au groupe de rock français le plus connu aux États-Unis de renouer avec la légèreté. Au moment de partir en tournée mondiale, le guitariste – de père italien…- Christian Mazzalai évoque les trois années qui ont entouré la création de ce sixième disque. Autopsie d’un "son" qui fait école depuis bientôt deux décennies.

RFI Musique : L’écriture de cet album a débuté il y a trois ans. Vous dîtes que le monde s’écroulait autour de vous, mais qu’il en est paradoxalement ressorti des chansons romantiques. Qu’entendez-vous par là ?
Christian Mazzalai : On a commencé à enregistrer à la fin de la tournée précédente. On a posé nos valises et nos instruments dans un nouveau studio en plein cœur de Paris, au septième étage du théâtre de la Gaîté lyrique. L’idée était d’expérimenter en toute liberté, en faisant travailler l’inconscient plus que le conscient. On a réalisé qu’on était beaucoup plus productifs que d’habitude et qu’on produisait une musique très lumineuse. Ce qui était en totale contradiction avec la vie de tous les jours à Paris et dans le monde. Sans trop y réfléchir, on faisait de la musique un moyen d’évasion. On cherchait un paradis perdu : l’Italie, nos racines européennes...

L’Italie que vous décrivez tout au long de Ti Amo est un pays rêvé. N'est-ce pas un peu celui des escapades dans cette ville-musée qu’est Rome ?
Exactement ! La vraie Italie, cela ne nous intéresse pas. C’était l’Italie vue depuis la France… Un des réalisateurs les plus connus du cinéma italien, c’est évidemment Fellini, qui habitait juste à côté de la via Veneto. Pour tourner les fameuses de scènes de la Dolce Vita sur la via Veneto, il a reproduit cet endroit à Cinecitta. Cela aurait été plus facile pour lui d’y tourner, mais non, il a préféré la recréer comme dans un rêve. Nous, ce qui nous a intéressés, c’est cette vision distordue de la réalité.

Plus que ce pays-là vu de la France, j’ai l’impression qu’il s’agit de la vision de personnes qui ont vécu aux États-Unis…
Peut-être, oui ! Le fait est qu’on a beaucoup tourné aux États-Unis. Sur l’album précédent, Bankrupt, on avait redécouvert des artistes et des films français. Cette fois-ci, on a écouté beaucoup de musique et regardé beaucoup de films italiens. Plus on tourne à l’étranger, plus on se sent européens. Nos chansons sont chantées en anglais, mais elles ont toujours parlé de thèmes européens : Napoléon, Franz Liszt, ou la ville de Rome. L’un de nos groupes de référence, c’est Kraftwerk, qui a su avoir une carrière internationale tout en jouant sur des codes très européens. Au lieu d’évoquer la Highway 61, eux parlaient d’autobahn ou de la Ruhr.

Vous travaillez habituellement avec le producteur Philippe Zdar1. Était-ce le cas cette fois-ci ?
Philippe Zdar a été impliqué, mais de façon différente. On a fait cet album tous les quatre avec un ami ingénieur du son qui s’appelle Pierrick Devin. Au début, il devait juste enregistrer des séances de batterie, mais il est finalement resté une année à nos côtés. C’est lui qui a produit et mixé l’album avec nous. Philippe Zdar est venu quatre journées au cours de la création de l’album, mais ce furent quatre journées primordiales. Comme il avait du recul sur ce que nous faisions, il nous a indiqué une direction à suivre. Dès le début, il a senti la direction très "jetée" de l’album, un peu comme si on l’avait fait en une seconde.

En général, avez-vous besoin de regards extérieurs sur votre musique ?
La prise de recul est très importante, car on passe nos journées à réécouter les mêmes morceaux, nos nuits à rêver de ces mélodies. C’est quand même une douce torture, même si on adore ça. À ce titre, le regard de nos copines et de nos femmes est essentiel. On leur fait écouter nos morceaux de temps en temps, mais c’est elles qui savent. 

Vos compagnes, un ingénieur du son, un producteur. Ces regards extérieurs constituent un nombre très réduit de personnes !
C’est peut-être une manière de se protéger, mais on a toujours fermé les portes à la maison de disques ou à n’importe qui pendant qu’on enregistre. On ne veut pas être distraits. Il s’agit d’être le plus candide ou le plus pur possible.

En tant que guitariste, comment voyez-vous votre rôle au sein de Phoenix ?
Je ne me vois pas vraiment comme guitariste. Lorsqu’on compose, on s’échange souvent les instruments, on essaye de casser nos petites habitudes. C’est la chanson qui est reine et nous ne sommes qu’à son service. Pour moi, la guitare est comme tout autre instrument. Avec Air et Daft Punk, qui étaient nos amis adolescents, nous sommes la génération de la musique électronique. On a tous chéri la culture du son. On a beaucoup samplé de grands disques comme ceux de Fela Kuti. Ce que la musique électronique nous a appris, c’est que des paroles ont autant d’importance qu’un son de batterie. 

Depuis vos débuts, vous êtes en effet plus proches de l’électro que du rock français. À quelle place vous sentez-vous ?
C’est une question qu’on ne se pose jamais. On s’est toujours senti en marge, c’est plus confortable comme position. Quand on était au lycée, à Versailles, on était un peu les moutons noirs. On faisait de la musique juste pour nous, c’était notre secret. Que ce soit sur cet album ou sur les premières chansons qu’on a écrites à l’adolescence, le rapport au groupe est toujours le même. La seule histoire, c’est qu’une chanson plaise à nous quatre. Une fois que c’est gagné, c’est une telle montagne qu’on ne pense vraiment pas aux autres.   

1Moitié de Motorbass, puis de Cassius, Philippe Zdar est l’une des figures de la French Touch.  

Phoenix Ti amo (WEA) 2017

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