Days off, comme un air de festival

Lady Sir au festival Days off. © Edmond Sadaka/RFI

Jusqu’au 10 juillet, la Philharmonie de Paris fait son festival. Si elle laisse une large place à la musique anglo-saxonne, la 8e édition de Days off s’ouvre aussi à la pop française. Avant une soirée de découvertes hexagonales mercredi 5, le duo très élégant Lady Sir de Rachida Brakni et Gaëtan Roussel ainsi que la jeune Calypso Valois, faisaient l’ouverture.

Sur la scène de l’ancienne Cité de la musique, c’est comme un jeu de miroir. Il y a d’un côté Rachida Brakni, féline avec son gilet qui lui fait des ailes d’anges, de l’autre Gaëtan Roussel, élégant dans son costume noir, guitare acoustique en bandoulière. Entre l’actrice qui chante et le chanteur de Louise Attaque, la complicité est évidente. Heureux accident que ce Lady Sir, qui est d’ores et déjà beaucoup plus qu’une rencontre inattendue.

Ils débutent dos à dos, dans le sifflotement de l’ancien footballeur Eric Cantona, puis cette correspondance musicale se met en place. Le plus souvent en arabe pour elle, en français pour lui, ou alors en anglais pour les deux, leur "americana" ressuscite les grands duos homme/femme du folk. Quand leurs voix se mélangent, cela donne un timbre joliment enfumé et c’est pareil pour leur présence scénique, qui se complètent naturellement. Aux explosions de Gaëtan Roussel, répond la sensualité de Rachida Brakni.     

Nouvelle scène française

En arrière-plan, des grandes tentures transparentes se colorent de rouge et de vert pâle, tandis que des ampoules descendent du ciel. Les deux chanteurs dialoguent avec un trio de musiciens ordonné autour du guitariste Philippe Almosnino, d’un clavier et d’un batteur. C’est ce groupe qui a véritablement lancé, vendredi 30 juin, le festival Days off, organisé par la Philharmonie de Paris. L’institution parisienne propose en ce début d’été une programmation pop et pluridisciplinaire (DJ set, apéro-concert, ciné-concert, carte blanche au cinéma…) qui prolonge sa saison.

À l’heure anglo-saxonne, puisqu’il accueillera Metronomy, le soulman Michael Kiwanuka ou encore le chanteur de Pulp, Jarvis Cocker, avec le pianiste/performer Chilly Gonzalez, Days off fera aussi une bonne place à la pop française. Le 8 juillet, Air se produira dans la salle Pierre-Boulez, croisant ses mélopées dans cet endroit qu’on croirait sorti d’un film de science-fiction. Les Versaillais, qui ont célébré l’an passé leurs 20 ans d'existence, promettent sinon un voyage dans les étoiles, du moins un moment planant. 

Mais avant cela, la soirée Hexagone fera un état des lieux un rien branché de la scène française actuelle mercredi 5 juillet. Outre le r'n'b de la jeune Bretonne Sônge, le côté surf du trio électropop parisien FAIRE et le rock de Requin Chagrin, on retrouvera Juliette Armanet, mais surtout l’électro de Jacques. Héritière de Véronique Sanson et d’une variété des années 70 /80 revenue en grâce, cette Juliette-là chante l’amour piano/voix comme plus accompagnée. Quant à Jacques, c’est un bricoleur génial qui construit ses concerts à partir de boucles montées grâce aux sons d’objets pris dans le quotidien.

À lui seul, l’étonnant bonhomme vaut le déplacement, un peu à l’image du duo Lady Sir qui a gentiment éclipsé Calypso Valois vendredi (lire ci-dessous). Révélée par la chanson d’amour tumultueuse Le jour, la fille d’Elli Medeiros et de Jacno (Stinky Toys, Elli & Jacno) n’était pas assez expérimentée pour une scène de cette dimension. Elle devra muscler sa voix – et travailler sa justesse, surtout - pour transporter son univers rétro en concert.

Calypso Valois au festival Days off. © Edmond Sadaka/RFI

 

Calypso Valois, fille de la pop

RFI Musique : Pour quelles raisons êtes-vous passée par le théâtre et le cinéma avant de venir à la musique ?
Calypso Valois : Je suis venue au théâtre par la littérature, je suis vraiment tombée amoureuse du texte. La plupart des gens voulaient être acteurs, mais pour moi, cela s’est fait à l’envers. J’ai découvert Racine et cela m’a tellement subjugué ! C’est en parallèle du théâtre que j’ai commencé à avoir un groupe, Cinéma. Je suis d’une nature très impatiente et en tant que comédien, on est au service d’un metteur en scène, on n’écrit pas. Alors qu’en tant qu’auteur/compositeur, on est plus libre d’être à l’origine des choses.

Vous êtes la fille d’Elli Medeiros et de Jacno, votre musique évoque le tournant des années 70 et 80. Ne craignez-vous pas d’être comparée à vos parents ?
Ce que je fais est très différent ! Il y a bien sûr un lien parce que c’est de la pop. Je chante en français, mais j’ai le sentiment de livrer quelque chose de personnel. Je ne crains pas la comparaison, car je me sens bien en phase avec ma musique. Au niveau de la composition, mon père a sa patte, qui est très reconnaissable, et je ne me suis pas du tout mise en concurrence avec lui.  Après, on m’en parle, et c’est normal. Je comprends tout à fait qu’on aime à identifier les gens.

Le Trianon, une première partie des Pretenders à la salle Pleyel, le festival Days off à la Philharmonie de Paris, vous faites vos débuts dans des salles parisiennes prestigieuses. Est-ce naturel pour vous de monter sur scène ?
Étrangement, c’est comme si le théâtre m’était plus naturel. C’est lié au fait que je suis quelqu’un d’assez pudique et que, mine de rien, c’est beaucoup plus impudique de chanter que de jouer. On n’est pas tout à fait soi-même, mais quand même... Ce sont nos chansons, nos mots, nos musiques. On a l’impression de se mettre à nu. Et puis, la voix chantée est plus fragile que la voix parlée. J’aime cela, mais j’y vois quelque chose d’assez violent.

Site officiel du festival Days off
Page Facebook de Calypso Valois