Tadoussac soigne son ouverture

Louis-Jean Cormier au festival de la Chanson de Tadoussac. © Bertrand Lemeunier

Malgré un changement de date, un partenariat avec Petite Vallée, une météo capricieuse et l'ajout d'une journée supplémentaire, la 34e édition du festival de la chanson de Tadoussac n'a en aucun cas peiné à trouver sa nouvelle vitesse de croisière. Comme toujours dans le cadre idyllique de cette petite ville québécoise, voici des valeurs sûres emballantes et des découvertes enchanteresses.

Bernhari, magnifique énigmatique
Ne pas s'étendre sur un choix de salle peu judicieux qui l'a empêché d'exprimer pleinement son immense potentiel (Arista, un des labels de Sony France, vient de le signer). Dégaine de romantique maudit, Bernhari apparaît en quête d'une recherche d'absolu. Derrière son clavier, ce jeune trentenaire ne craint ni la belle emphase scintillante ni l'intimité tumultueuse. Il y a chez lui quelque chose de Christophe dans les textures sonores, du Godspeed You ! Black Emperor dans l'embrasement de la mélancolie, du Polnareff dans la voix. La chanson Au nord de Maria convoque le sublime, Je n'oublierai jamais a la lumière pourpre des crépuscules et Kryuchkova cavale au sein d'une nostalgie de l'instant. Un ailleurs à la fois dense, envoûtant et obsédant pour illuminer les nuits de solitude.

Dimoné, force dévastatrice
Dimoné est grand, très grand. Combien de fois faudra-t-il le répéter avant qu'il n'accède à un statut à sa juste mesure ? Les affaires étaient pourtant mal embarquées pour le Montpelliérain : une pluie diluvienne synonyme de changement de site en dernière minute. Sauf qu'il lui en faut bien davantage pour l'ébranler. Dimoné navigue entre vestiges du désordre et vertiges incandescents. Dans les deux cas, il y a embarquement sur un bateau ivre. Chanteur animal, toujours prêt à capter tous les tourbillons, il dynamite les confortables habitudes et jette des passerelles entre le rock et la chanson. Il impose aussi son flot lexical en apnée. Quoi d'autre ? Un contact impressionnant de chaleur goguenarde, des morceaux percutants à la puissance évocatrice (Venise, La grande allée), un moment jubilatoire de transe affolante (Celui qui t'a puni l'a fait) dans lequel il finira par gentiment briser le parapluie d'une spectatrice. Libre, furieusement libre. Étincelant panache.

Guillaume Arsenault, délicat conquérant
N'est-ce pas un délice de ne s'attendre à rien et de se faire littéralement cueillir ? De Guillaume Arsenault, on était vierge d'oreille. Seulement avait-on vu défiler son nom dans la plaquette de Chant'Appart, association qui défend les concerts de proximité et ne manque décidément pas de flair. Donc Guillaume Arsenault, orfèvre d'une folk intimiste, rehaussée par d'élégantes touches mélodiques cuivrées. Alors, que dire, si ce n'est de s'incliner devant cette musique à l'apaisante beauté, d'une architecture délicate, sans aucune faute de goût. La palette émotionnelle est large, le chant de ce Gaspésien criant de vérité. On est saisi à la gorge (et ému aux larmes) par la grâce élégiaque de Monotonie spectaculaire, la tendresse bouleversante de De l'autre côté des montagnes. Ces chansons-là constituent une manière presque inespérée d'exprimer sa croyance dans l'existence des possibles.

Les Cowboys Fringants en (sur)place
Vingt ans au compteur pour les francs-tireurs de la chanson festive québécoise qui s'invitaient il n'y a pas encore si longtemps dans les Zénith de France. Cette fanfare fanfaronne, décomplexée, trimballant ses textes écologiques éveillés, déroule son best-of. L'église de Tadoussac inaugure par la même occasion une configuration debout. Ouverture pétaradante avec Bye bye Lou, groupe à l'unisson, chanteur bateleur de foule. Le public connaît ses leçons par cœur. Sur la longueur - trois heures d'assauts à la fréquence répétée - cette énergie tachycarde peut lasser et l'intensité s'émousse. Rien n'a vraiment changé. Mais à domicile, ces inusables gaillards ont quelque chose d'unique.

Matt Holubowski, The Voice
Ascension fulgurante que celle de ce garçon révélé en 2015 par l'émission La Voix au Québec. Et pour l'élévation, Matt Holubowski peut aussi sacrément compter sur son timbre haut perché. Ce serait vain s'il ne mariait pas sa folk à des envolées orchestrales de très belle facture. Il propose - à  90% en anglais - un défilé de chansons qui dilatent brillamment l'espace-temps, se fondent sur une technique remarquable et délivrent une émotion souvent gagnante. Les filles craquent. Les garçons aussi. Carton plein.

Damien Robitaille, séduction joueuse
Il ne déçoit jamais, Damien Robitaille. Mieux même, le voilà qui pousse le curseur de la séduction à un degré encore supérieur. Son univers oscille entre gospel-soul et chanson pop accrocheuse. Durant presque 2 heures, une contagion groovy, un charisme indéniable et un sens de la rythmique impeccable. Nulle difficulté à se mettre les festivaliers dans la poche. D'autant que les intermèdes se révèlent diablement savoureux. Robitaille, amuseur-charmeur public, sort aussi de son escarcelle des textes joliment troussés. Tout feu, tout flamme, pour paraphraser l'une de ses fringantes chansons.

Louis-Jean Cormier, taulier en solo
Lui, on ne le présente plus. Au Québec, il est solidement et fièrement installé dans les cœurs. L'ex-leader du groupe Karkwa, à qui on a déjà dressé des louanges appuyées par le passé, s'avance ici dans son plus simple appareil et insuffle une étincelle nouvelle à ses morceaux. Les mots sonnent lumineusement pendant que son jeu de guitare demeure d'une clarté aveuglante. Les chansons sont là, évidemment. Si tu reviens reste sur une volupté presque identique, Tête première provoque les mêmes remous et  Pyromane garde suffisamment de nerfs pour tonner avec tension. Louis-Jean Cormier déploie sa facture artisanale pour continuer d'affiner son art avec une folle ampleur.

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