M. Pokora, performer charmeur

M. Pokora au festival Pause Guitare à Albi le 8 juillet 2017 © Lilian Ginet

Au niveau des ventes, son album de reprises de Claude François My way a dépassé cette année le cap des 500.000 albums vendus. M. Pokora n'en finit plus d'enfiler les costumes et les succès à la suite. Nous l'avons rencontré à Albi lors de la 21e édition du festival Pause Guitare.

Au cours de la matinée, les balances filent droit. Sans le principal intéressé. Lui se déplace en jet privé. Il se confirme qu'il n'arrivera à Albi qu'une petite heure avant le show. Plus question, apprend-on dans la foulée, de nous accorder l'entretien validé depuis un bail. Fin de non-recevoir du régisseur de chanteur.

Après un long travail au corps de la direction du festival, cinq généreuses minutes finissent par être arrachées. Une oreillette se met à vibrer : M. Pokora se trouve à quelques encablures du site. Quand il débarque enfin, le voilà qui se dirige vers son équipe éparpillée autour des loges. Il claque des bises, s'enquiert de n'oublier personne, chambre l'un, file l'accolade à l'autre. Cool, forcément cool.

Dans ses pas marche un imposant garde du corps, qui nous rappelle illico le délai imparti. Curieusement, on n'a pas spécialement envie de broncher. La demande de prolongation au quart d'heure de bavardages, on a prévu de la faire directement avec ladite star. Et nul besoin de se confondre en arguments, il dégaine illico un familier "Pas de soucis, mec".

Ni langue de bois ni grande distance avec un discours robotique. Débit à la fois souriant et bienveillant. Il y a chez ce garçon tatoué une félicité encore insouciante, une suractivité déterminée, une volonté sans cesse décuplée. Il dit : "Je me donne les moyens pour réussir". Il dit encore : "Je crois au karma. Le fait de m'entraîner tous les jours, ça m'ouvre des portes. Le karma, il se dit que si tu bosses, on va te donner, que si tu respectes les gens et te soumets à une discipline de vie, on va encore te donner. Je fais en sorte de n'envoyer que des signaux positifs pour en avoir moi-même en retour".

C'est donc sa philosophie pour se démarquer, ou tout du moins consolider le solide socle de sa fan-base. M. Pokora casse ceux qui pensaient qu'il n'était qu'une passade. Lorsqu'en 2008, son escapade discographique (MP3) avec le producteur américain Timbaland se solde par un échec cuisant, on parie très peu sur sa personne. Sauf lui, plus futé qu'on ne le croit, qui d'abord s'efface avant d'asseoir définitivement son retour via la reprise d'un tube de Jean-Jacques Goldman (A nos actes manqués).

Depuis, ce succès de masse ne le quitte plus. Il relève haut la main le challenge de la comédie musicale (Robin des Bois) pour ajouter une nouvelle corde à son arc. Bien sûr, il se prend parfois de gros taquets dans la presse, mais assure que les choses changent. "Cela commence à se calmer, car cela fait plusieurs fois qu'on marque des points. Je me casse la tête musicalement, je ne suis pas qu'un chanteur de clips".

La performance

Il en vient alors à sa grande affaire du moment, à savoir Claude François. Projet adoubé par les fils du chanteur. Il y tenait coûte que coûte. "Je ne me serais pas permis de le faire sans leur aval". Point commun entre les deux artistes : la performance. Même faculté à se mouvoir aisément, à allier aux chansons des chorégraphies décomplexées, à être la coqueluche des plateaux télé.

Pourtant, ce n'est que sur le tard qu'il s'est penché sur cette icône de la musique populaire. "Je connaissais les classiques comme tout le monde. En regardant ensuite de près sa carrière, sa manière de bosser, je me suis reconnu dans plein d'aspects. J'ai ainsi compris le parallèle fait par certaines personnes. Il y a une filiation, c'est certain. D'ailleurs si j'étais né à la même époque que lui, j'aurais fait les choses de manière identique".

Concernant l'homme Claude François, il avoue un solipsisme bien plus éloigné. Inutile par exemple d'enregistrer un texte comme Le mal aimé, bien trop décalé avec sa façon de penser. "C'était quelqu'un de torturé, victime de l'amour et qui n'avait pas confiance en lui. Je me retrouve beaucoup moins là-dedans".

Place au concert. Vianney, qui le précède, vient de galvaniser la foule. Certains décident de tourner les talons et de regagner leurs pénates. Lydia, la vingtaine au compteur, se montre catégorique : "Il est sympathique, mais il est loin d'avoir le talent de Justin Timberlake ou Bruno Mars". Sur scène, M Pokora se révèle – comme on le savait – un formidable entertainer. Il n'a pas peur d'endosser le costume, il fait presque  autorité. Mais une autorité joyeuse, ludique, tout en déhanchés.

Jamais il ne se départit de sa rigueur habituelle, d'élans de générosité et d'une complicité avec ses danseuses dont les accoutrements restent discutables.

Rares sont les incursions dans son propre répertoire (On est là, Elle me contrôle, Juste une photo de toi). Les chansons de Claude François servent de locomotive. Elles surfent ici sur les rives rassurantes de la Motown, du funk et du disco. Bien qu'on perçoive toutes les coutures, l'impressionnante formation qui l'accompagne joue inspirée. Évidemment à l'aise sur l'énergie fédératrice de classiques (Alexandrie Alexandra, Je vais à Rio, C'est la même chanson), M. Pokora tente la sobriété sur Comme d'habitude. Et là, ce n'est franchement pas son truc.

M. Pokora My way (TF1 Entertainment) 2016

Site officiel de M. Pokora
Page Facebook de M. Pokora