Festival d’été de Québec 2017 sous le déluge

Peter Peter sur la scène du festival d'été de Québec 2017. © Marie-Hélène Mello

Cinquante ans de musique, ça se célèbre ! À Québec, le petit festival devenu immense (avec des têtes d’affiche planétaires comme Metallica, The Who et Kendrick Lamar) a lancé son édition anniversaire jeudi. Retour sur le premier week-end des festivités qui se poursuivent jusqu’au 16.

Quelques jours avant sa 50e édition, le Festival d’été de Québec (FÉQ) révélait que tous les laissez-passer étaient écoulés. Panique totale, car ce bracelet est essentiel pour accéder aux gigantesques scènes extérieures et aux plus intimes concerts en salles de l’événement.

Pour l’équivalent d’une soixantaine d’euros, les festivaliers prévoyants pouvaient se gaver de musique pendant 10 jours. Les autres ont profité des lucratifs systèmes non officiels de revente ou de partage de passes mis sur pied par certains citoyens qui ont flairé la bonne affaire. Jamais n’a-t-on assisté à autant de trafic de bracelets aux entrées du FÉQ !

En guise d’ouverture, le festival a opté pour une programmation 100 % québécoise sur sa plus grande scène extérieure, les historiques Plaines d’Abraham : le spectacle hommage à Richard Desjardins (récemment vu aux Francofolies de Montréal), suivi d’un concert d’Isabelle Boulay. Toujours populaire auprès des baby-boomers, la chanteuse célébrait non seulement ses 45 ans ce jour-là, mais aussi ses 25 années de carrière, en compagnie de musiciens de l’Orchestre symphonique de Québec et d’invités spéciaux.

Frénésie hip hop

Même si le public était au rendez-vous sur les Plaines, c’est plutôt à l’Impérial, une salle du quartier Saint-Roch, que la fête prenait vraiment son envol – avec la génération des enfants des fans de Boulay. On a pu y voir le rappeur acadien Jacques Jacobus, qui se familiarisait avec les planches en formule trio après avoir connu un grand succès au sein du groupe Radio Radio, dont il a interprété avec assurance plusieurs hits pendant que la salle se remplissait.

Même si les festivaliers accueillaient avec beaucoup plus d’enthousiasme les extraits des populaires albums Cliché hot ou Belmundo Regal que ceux du récent disque solo Le retour de Jacobus, l’artiste a très bien mis la table pour l’arrivée du vétéran DJ Shadow (présentant un magnifique spectacle audiovisuel) et le duo électro Acid Arab (qui a enflammé la piste de danse).

Le vendredi, tout Québec ne parlait que de la venue sur les Plaines du géant américain Kendrick Lamar et de son compatriote Anderson .Paak. Sous un ciel très menaçant, qui a par ailleurs éclaté avec violence juste avant le début du grand concert, plusieurs milliers de spectateurs en imperméable attendaient avec impatience les deux artistes.

C’est au collectif de hip hop québécois Dead Obies, lauréat du prix du FÉQ l’an passé, qu’est revenu l’honneur d’ouvrir les pluvieuses festivités. Une mission qu’ils ont accomplie avec une énergie et une efficacité impressionnantes. Le jeune public connaissait par cœur les chansons de Gesamtkunstwerk (2016) et de Montréal $ud (2014), interprétées avec assurance par les cinq rappeurs et le producteur.

Place à la chanson

Sur les plus petites scènes extérieures du FÉQ, la chanson québécoise était très bien représentée durant le premier week-end. En concert-apéro près du bistrot du festival, on a pu y voir l’auteur-compositeur-interprète montréalais Peter Peter, qui mène depuis peu une carrière parallèle en France. Ses chansons électro-pop ont tôt fait de séduire la foule, qu’il est même venu rencontrer de près en descendant de la scène. Après une journée d’averses, le soleil se pointait enfin ; un contexte parfait pour apprécier les extraits de son album Noir Éden.

La jeune chanteuse d’origine franco-polonaise Lydia Képinski a aussi présenté un excellent concert chanson, avec toutefois moins de chance côté météo. Sous une pluie torrentielle, elle a livré les compositions de son mini-album et quelques reprises (dont Les mystérieuses cités d’or), en saluant au passage la bravoure du public et des agents de sécurité du festival, complètement trempés devant la scène où elle jouait. Remarquée en ouverture des dernières Francofolies, l’étoile montante Képinski prépare en ce moment un premier album attendu. Nous lui avons posé quelques questions à l’occasion de sa venue au FÉQ.

Lydia Képinski au festival d'été de Québec

RFI Musique : Pouvez-vous nous présenter les musiciens qui vous accompagnent sur scène ?
Lydia Képinski
: Blaise Borboën-Léonard me bat presque en termes de complexité en ce qui a trait à l’épellation de son nom de famille. Lui, il descend des Belges, moi des Polonais. Ce qui le caractérise, c’est principalement son incroyable tolérance à l’alcool ! Avec ses cheveux de chérubin et sa svelte silhouette, il joue de l’alto et des synthés de manière tentaculaire, tel un Vishnu des temps post-modernes. Stéphan Lemieux, son nom pose lui aussi un défi d’orthographe puisqu’il n’y a pas de "e" à la fin. C’est simplement parce que le curé a fait une faute dans son baptistaire. Stéphan, qui a découvert ce fiasco il y a quelques années seulement, a choisi de l’assumer, ce qui lui permet aujourd’hui de mener une vie nouvelle et décomplexée. En plus de jouer de la batterie, Stéphan a de beaux traits. 

Quelles sont les principales leçons que vous tirez de toutes vos récentes expériences de scène ?

Le soleil rend invisibles les témoins lumineux de mes pédales d’effet. Jouer sur une scène extérieure devient donc un défi technique. Le vent brouille les cartes, le soleil me brûle les yeux, impossible de voir les presets de mes pédales. Je préfère jouer en salle, mais bon, faire l’ouverture des Francofolies de Montréal pour mes premières Francofolies, c’était pas mal.

Vous avez déjà mentionné en entrevue que tous les journalistes vous parlent des nombreux concours que vous avez remportés. De quoi aimeriez-vous mieux parler ?
Je rêve au jour où quelqu’un aura assez lu mes chansons pour me poser des questions spécifiques. Parce que quand j’écoute un artiste, je me demande souvent : "que veut-il dire ?", après je me fais un sens à partir de ma résonnance personnelle. J’aimerais que quelqu’un me propose une analyse de mon texte et qu’on puisse en débattre ensemble. Ou assister à un débat sur un de mes textes, ce serait super.

Où en êtes-vous dans le processus de création de votre premier album complet ?

Les chansons sont écrites, nous avons passé une première journée en préproduction de l’album. Nous sommes encore à l’étape défrichage. Il faut tout d’abord séparer les bonnes chansons, des excellentes et des géniales.

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