Tournage haïtien pour Playing for change

Tournage de Playing for change en Haïti avec Jean-François Gay qui interprète "With my own two hands" de Ben Harper. © RFI / Amélie Baron

Depuis plus de dix ans, l'organisation Playing for change met en scène des musiciens à travers le monde pour diffuser un message de paix. C'est ainsi que des titres de Bob Marley ou Manu Chao ont été repris comme With my own two hands, cette année, le titre de Ben Harper qui sera réinterprété par des artistes de nationalités différentes. Et c'est en Haïti que RFI Musique a pu suivre le tournage d'une partie du clip, une étape dans le processus. Récit.

Trouver de l’ombre pour s’épargner du soleil de la mi-journée, repérer un lieu avec une certaine activité, sans toutefois être bloquée par les passages incessants de taxis-motos… Sous les remarques sceptiques des riverains, l’équipe de Playing for change cherche l’endroit idéal pour poser ses caméras : depuis 15 ans, l’organisation américaine sillonne la planète pour réaliser les clips de reprises interprétées par des artistes rencontrés au fil des voyages.

Il y a quelques jours, via un partenariat avec l’ONG ATD Quart Monde, Playing for Change est pour la première fois venu en Haïti avec un agenda chargé : enregistrer un maximum de séquences pour les clips de With my own two hands, un morceau de Ben Harper, et le classique déjà universel Imagine, de John Lennon. "On voyage autour du monde en utilisant la musique comme un outil pour donner à tous les gens que nous croisons une voix pour que le monde puisse les entendre" explique Mark Johnson, le cofondateur (avec Whitney Kroenke) de Playing for Change.  

Le choix d’adapter le tube de Ben Harper, résonne comme une évidence pour le Californien. "Il faut comprendre qu’ensemble, nous sommes ce changement que nous voulons voir se réaliser dans le monde. C’est en joignant nos mains, nos talents, nos efforts que les réalités peuvent changer."

Pour que le message de la chanson se diffuse au mieux, les paroles ont été traduites dans les langues maternelles des chanteurs et c’est donc en créole que Jean-François Gay interprète le titre, guitare à la main. "En tant qu’artiste, je lutte depuis longtemps contre la pauvreté, contre la discrimination des femmes et des personnes handicapées. Alors aujourd’hui, c’est un énorme bonheur et un privilège de représenter mon pays" explique l’artiste de 34 ans.

La fierté est d’autant plus grande pour lui que le clip se tourne en partie dans le quartier où il a grandi et vit, Martissant, l’une des zones les plus pauvres de la capitale et dont la mauvaise réputation fait fuir.         

"La musique est l’une des choses qui permettent de transformer les vies, assure Jean-François Gay, et la communication des messages passe mieux à travers le théâtre et la musique : ici ou à l’étranger, on retrouve les mêmes frustrations de vie, les mêmes rêves et avec la musique au final, on ressent la même chose".

Près d’un petit marché informel où les caméras ont été installées, Marc Johnson exprime la même croyance dans le pouvoir de la musique, ce leitmotiv qui l’a poussé à mettre sur pied Playing For Change. "La religion et la politique peuvent diviser les gens, mais la musique rapproche toujours" répète-t-il.

Tournage de Playing for change en Haïti avec Junior et Jeffry Renal Joseph pour le titre "Imagine". © RFI / Amélie Baron

Ça n’est pas la composition de son équipe de tournage qui va démentir cette philosophie. Américain, Français, Congolais, Argentin : placer les micros et régler les retours s’organisent dans des avis et conseils donnés aléatoirement en anglais, en créole, espagnol ou français. Et devant les marchandes assises au sol devant leurs stocks de mangues et de bananes, les notes commencent à attirer encore davantage de badauds : Junior Renal Joseph, au saxophone, et son frère Jeffry, au violon, jouent leur partition d’Imagine.

Veillant à ce que les vendeurs ambulants ne hurlent pas leurs gimmicks trop fort, Marie-Ange Nicolas qui habite aussi Martissant, assiste à l’enregistrement avec une certaine satisfaction. "Cette opération est une excellente opportunité parce que c’est une ouverture de notre pays sur le monde" explique la jeune femme qui travaille pour ATD Quart Monde. "On dit qu'ici, c’est une zone de non-droit. Mais en fin de compte, on peut voir que les gens sont accueillants. Il y a des bandits oui, mais il y a des gens sérieux. Il ne faut pas voir que les côtés négatifs, il y a aussi des aspects positifs."

Sans chercher à savoir la raison de leur venue, l’arrivée des étrangers dans leur quartier a suscité une certaine fatigue des habitants de Martissant, marqués par les décennies de passages d’ONG internationales sans avoir pu connaître une amélioration de leurs conditions de vie. Mais ce mode de tournage en immersion est indispensable pour Marc Johnson. 

"Nous enregistrons et filmons les musiciens en live, en extérieur, dans leur environnement quotidien. Quelqu’un peut passer et se sentir inspiré : c’est organique et c’est pourquoi nous aimons enregistrer dans ces conditions" témoigne le réalisateur-producteur.

Une formule qui a fait mouche à Martissant : marchandes et riverains ont profité du divertissement musical de qualité offert par Playing for Change. Et ceux qui, à l’apparition des caméras, avaient exprimé l’obligation d’être payés pour être filmés n’ont finalement rien demandé quand l’équipe a plié bagage.

Site officiel de Playing for Change
Site officiel de ATD Quart Monde