Francofolies de La Rochelle, Renaud, Vianney et les autres

Renaud sur la scène des Francofolies de la Rochelle en 2017. © RFI / Bastien Brun

La 33e édition des Francofolies de La Rochelle s’est achevée dans la nuit du dimanche 16 juillet. Pour cette soirée de chansons, Renaud a clôturé le bal juste après la tornade Vianney, les habitués de Tryo et le jeune Gauvain Sers, sur l’esplanade Saint-Jean d’Acre. Reportage entre les tours du port charentais.

Il a fait chaud tout ce week-end à La Rochelle et pour la dernière soirée des Francofolies, l’air est doux. Le festival installé entre les tours du port charentais s’achève tranquillement. Le matin même, les organisateurs ont annoncé "une très belle édition" avec 89 583 entrées vendues et une fréquentation globale de près de 150 000 personnes. Une édition au beau fixe pour un rendez-vous qui réunit chaque année autour du 14 juillet les incontournables de la chanson française.

Lorsqu’elles furent lancées en 1985 par l’animateur de radio Jean-Louis Foulquier, les Francofolies faisaient le pont entre la chanson de papa et la tendance rock des jeunes Français. Les gens du coin se souviennent que c’est un "local de l’étape", Jesse Garon, qui avait lancé la fête. Les autres se rappellent que les copains de Foulquier s’appelaient Bernard Lavilliers, Hubert-Félix Thiéfaine, Jacques Higelin ou Renaud

Un dernier bal, une dernière virée ?

C’est ce même Renaud qui a été invité cette année à clôturer les Francos sur la scène qui porte désormais le nom de "(son) ami Jean-Louis Foulquier", décédé en décembre 2013. Toujours debout, le chanteur réalise depuis l’an passé un retour inespéré qui soulève un grand nombre de questions. Certains voient un phénix renaissant de ses cendres tandis que d’autres considèrent que c'est le dernier tour de piste d’un homme usé. Mais ce qu’a montré Renaud à La Rochelle était exactement entre ces deux réalités. Il y a évidemment son filet voix, fragile, mais il y a l’homme et ses chansons.

En cloque, Marche à l’ombre, Mon HLM, Morgane de toi, La Ballade nord-irlandaise... Étrange alchimie que ce bonhomme au regard parfois absent qui vous mets les poils au garde-à-vous quand il chante le malheureusement toujours d’actualité Mort les enfants. Plutôt drôle aussi d’entendre ce  tonton tatoué de 65 piges, lancer au public reprenant Mistral Gagnant, un caustique : "Y’a des faussetés". Sur cette bonne heure et demie de concert, ce sont bien sûr les anciens morceaux, plus que les nouveaux qu’on retient. Et tant pis pour "la chanson révolutionnaire pour (lui)", J’ai embrassé un flic, ou pour l’insipide Les mots.

Vianney sur la scène des Francofolies de la rochelle en 2017. © RFI / Bastien Brun

Vianney, un vent de fraîcheur

La foule se clairsemant au cœur de la nuit, ce concert n’avait rien des grand-messes que Renaud a pu donner en ces mêmes lieux. L’époque n’est plus la même non plus pour un festival qui a mué depuis son rachat fin 2004 par le producteur télé Morgane, Gérard Pont. Depuis quelques années, les Francos ont largement axé leur programmation sur la variété française avec des têtes d’affiches de la saison (Claudio Capéo, Soprano, Black M) et des valeurs sûres de la chanson française (Vincent Delerm, Benjamin Biolay, etc.).  Cette année, il a fallu aller chercher l’originalité des rappeurs québécois d’Alaclair Ensemble sur une scène gratuite. Ce qui est dommage !

Mais revenons à notre dimanche où Vianney a ouvert le chemin à Renaud. Difficile de ne pas céder à l’énergie contagieuse du garçon qui occupe la scène tout seul. Généreux et tout simple, il fait des boucles de guitares et tape sur la caisse de son instrument. Il traverse la scène, court d’un bout à l’autre, danse, pour un sacré numéro de musique feel good. "J’ai de la chance d’être là. Mais juste après Tryo et avant Renaud, ce n’est pas facile", glisse-t-il. A un moment donné, il reprendra En cloque, il fera des boucles avec les riffs de Rage Against the Machine mais ô que oui, Vianney est bien à sa place dans cette deuxième partie de soirée.

Entre Vianney et Tryo, le lien s’est fait par Big Flo & Oli. Anciens élèves du chantier des Francos, qui forme depuis La Rochelle les futurs talents de la chanson de demain, les deux frangins toulousains étaient comme à la maison pour partager un morceau avec chacun. À domicile ou presque, c’était aussi le cas pour Tryo, qui a rapidement fait oublier le concert d’un Gauvain Sers trop tendre – et gâché par la saturation de son micro.

En dépit d’une guitare en panne, les quatre garçons ont repris le fil de leur reggae acoustique sur leur classique en trois accords, L’hymne de nos campagnes… Vent debout, ils prennent encore et toujours le parti de l’écologie, pointent les excès de la société de consommation, et prônent une société multiculturelle. Un message que fit passer -M- et l’extraordinaire groupe malien (Toumani & Sidiki Diabaté, Fatoumata Diawara…) du très beau projet Lamomali, le 14 juillet, sur l’Esplanade Saint-Jean d’Acre, un message avec lequel, ma foi, on ne peut qu’être d’accord.

Site officiel des Francofolies de La Rochelle

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