Pierre Kwenders, sur un air de rumba

Pierre Kwenders. © Christian Leduc

Le Québécois originaire de République démocratique du Congo Pierre Kwenders publie son deuxième album, Makanda at the End of Space, the Beginning of time. Avec son groove futuriste imprégné de rumba congolaise, ce garçon confirme son talent. On l’a rencontré lors du Festival de Musique Émergente (FME), à Rouyn-Noranda au Canada.

C’est presque l’hiver sur la ville minière de Rouyn-Noranda, au nord-ouest du Québec. Pour sa quatrième venue au Festival de Musique Emergente (FME), Pierre Kwenders est pourtant bien réchauffé. Une chemise, une veste en cuir, et hop, celui qui s’autoproclamait sur son premier album Dernier Empereur Bantou attaque son concert en plein air, porté par des premiers rangs qui connaissent ses paroles par cœur et conjurent le froid de début septembre à grand renfort de cris.

Le chanteur apprécie l’ambiance surchauffée et tend, hilare, le micro à ses fans entre les morceaux. Ce nouveau passage dans le festival d’Abitibi, où converge toute la scène de Montréal à la rentrée, aura été "l’un des très beaux moments de sa carrière", nous dira-t-il, emmitouflé dans un plaid après son passage sur scène. Même s’il a déjà donné de meilleurs concerts que celui-ci, Pierre Kwenders (de son vrai nom José-Louis Modabi) devra s’y faire, car son talent est une évidence.

Une nostalgie cosmique

Ceux qui l’avaient découvert avec sa chanson Popolipo avaient pu voir en lui un Stromae venu d’Amérique du Nord. Il y a chez les deux artistes ce même mélange d’électronique, de chanson, de rap, avec de la rumba congolaise. Mais outre qu’il ne serait pas simple d’atteindre le même niveau de popularité que le phénomène belge, Pierre Kwenders serait plutôt sous des latitudes moins dansantes. C’est ce que confirme Makanda at the End of Space, the Beginning of time, un deuxième album à l’orientation tradi-moderne.

"On voulait retourner aux sources, aller chercher les sons de la rumba congolaise, mais aussi avoir des sonorités modernes. Créer ce son panafricain, qui peut plaire aussi bien aux Africains, aux Américains, qu’aux Européens, et qui inciterait en même temps les gens à aller chercher aux origines de ces influences. Moi, j’aimerais que les gens qui écoutent ce que je fais découvrent la musique africaine", explique l’intéressé. Cette fois-ci, Pierre Kwenders a confié toute la réalisation de son disque à Tendai "Baba" Maraire, du duo hip hop quasi inconnu en France, Shabazz Palaces.

La genèse de cette rencontre remonte au mois de mai 2015 quand, juste après son premier disque, le Québécois souhaite confier au rappeur d’origine zimbabwéenne basé à Seattle, un ou deux titres. Après s’être mis au travail sur le morceau Woods of solitude, c’est le déclic et finalement tout un album qui naît de cette collaboration. Teinté de nostalgie, Makanda convoque le funk cosmique de Parliament (Rendez-vous, Sexus Plexus Nexus). 

Un mélange de langues

"Makanda at the End of Space, the Beginning of time, c’est un peu ce délire-là : se perdre dans l’espace et de perdre la notion du temps. C’est un album imaginé pour faire voyager les gens spirituellement et physiquement, continue Pierre Kwenders. Dans une chanson comme Sexus plexus nexus, on peut entendre des sons un peu plus funky, qui rappellent le disco des années 80. Mais ce sont des musiques que j’ai écoutées aussi. Je suis né dans ces années-là et, ayant grandi à Kinshasa, j’ai beaucoup entendu le disco sud-africain : Yvonne Chaka Chaka, Brenda Fassie, toutes ces dames qui ont marqué la musique des années 80 en Afrique."

Mais ce "Makanda", un mot qui veut dire "force" en tshiluba, la langue de sa mère, est aussi très personnel. C’est un hommage que le chanteur rend aux trois femmes essentielles dans sa vie et son parcours. Sa mère qui l’a élevé seule, sa tante décédée récemment, et sa grand-mère qui a elle aussi géré toute sa famille après la mort de son grand-père. Comme depuis le début de sa carrière, Pierre Kwenders alterne entre l’anglais, le français et le lingala, passant d’une langue à l’autre avec souplesse. 

S’il a déjà fait sa place à Montréal, en popularisant la rumba comme DJ dans les soirées qu’il anime tous les jeudis avec ses "Bantous", Pierre Kwenders devrait aussi faire un bout de chemin imposant avec ce deuxième essai. Quand on le rencontrait  à Rouyn-Noranda, de nouveaux concerts en Angleterre et un retour en France étaient déjà prévus. Et ce ne serait que justice pour ce copain de Win Butler, le chanteur d’Arcade Fire avec lequel il partage régulièrement des DJ sets, de jouer, enfin, en terres africaines.

Pierre Kwenders Makanda, at the End of Space the Beginning of time (Bonsound) 2017

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