Moh! Kouyaté en paix

Moh! Kouyaté. © Hugues Anhes

Sur des grooves solaires et des paroles solidement engagées, le guitariste guinéen Moh! Kouyaté, résidant à Paris, sort son deuxième disque, Fé Toki : une œuvre qui chante sa manière de voir et se situe au carrefour de toutes ses influences. À travers ses pistes cosmopolites et multicolores, empreintes de vibrations positives, résonnent tous ses voyages… Embarquez !

Et si tout était relatif et dépendait du regard que chacun porte sur le monde ? Avec son nouveau disque, Fé Toki – "manière de voir" en soussou –, le guitar hero, chanteur et djeli (l’équivalent de "griot") Moh! Kouyaté ouvre cette porte. "Ce qui est vrai d’un côté du globe peut être complètement faux de l’autre", assène ce musicien guinéen, parisien d’adoption depuis 2007.

Ses considérations sur la relativité trouvent racine dans ses vagabondages multiples à travers la planète, lors de la tournée de son précédent disque, Loundo (2015). Un exemple : "Nous étions à Recife, dans le Nordeste du Brésil, et jouions devant une foule hyper compacte. J’ai été frappé, ce jour-là, de voir les réactions des spectateurs, hyper différentes de celles que je connaissais dans mon pays. Les gens fonctionnaient différemment avec leur corps, raconte-t-il. Leurs énergies, comme celles que m’ont renvoyées toutes les personnes croisées sur la planète, ont coloré et modifié ma musique".

Trois pôles : Conakry, New York, Paris

Si son art provient du cœur de son pays, la Guinée, et épouse l’âme, les tonalités et les rythmes mandingues, il flirte aussi, nomade, avec d’autres formes, et s’affirme résolument cosmopolite. Les pistes de Fé Toki oscillent ainsi entre trois pôles géographiques, perceptibles à l’oreille.

Il y d’abord la base, Conakry, la bouillonnante capitale de Guinée, surchargée de voitures, écrasée par la chaleur, Conakry la sèche, enveloppée de l’odeur du feu de bois, Conakry la jaune, qui donne la couleur à son disque… Il y a Paris, ensuite, ville lumière, capitale de l’art de vivre, cité-carrefour, où convergent des artistes du monde entier. Il y a enfin New York la bleue, en pleine ébullition, parcourue des beats du jazz, de la pulsation de l’urgence…

À la croisée de tous ces chemins, plane surtout, sur sa musique vagabonde, l’aura tutélaire de ses héros : George Benson, Jimi Hendricks, Ousmane Kouyaté, Ali Farka Touré, Carlos Santana… Des prodiges de la guitare ! Car cet instrument reste le premier amour de Moh! : celui avec lequel il compose, avant de forger ses paroles.

Sur les cinq cordes et le groove bien cadencé, s’envolent ainsi des textes en quatre langues : en soussou, la langue de sa mère, en malinké, celle de son père, en diakhanké, celle de ses voisins, et en français, langue officielle. "Je veux montrer la Guinée comme une famille. Je veux passer des messages aux différentes ethnies qui composent mon pays", dit-il.

La mission du Djeli

Car à travers ses chansons, il s’engage, il dénonce, il incite. Il chante la réussite personnelle, les racontars, les ragots qui envahissent la vie d’un village, l’amour universel, le racisme, les jeunes prêts à en découdre avec l’avenir… La transmission, telle est son rôle. Renoue-t-il ainsi avec son identité de Djeli ? Il répond : "Bien sûr, je ne chante plus, comme le veut la tradition, sur commande à la Cour royale, les louanges des puissants. Mais je partage mes visions. J’en appelle aux citoyens guinéens pour que ce pays brille à nouveau, pour que ce peuple qui a tant souffert, à travers l’instabilité politique, se relève, pour que les jeunes soient pris en considération, pour que progressent l’éducation et la liberté d’expression… En cela, je continue d’être un djeli, de jouer ma part : un rôle de  transmetteur entre le peuple et ceux qui les dirigent."

Surtout, Moh! Kouyaté rappelle : "Je chante la paix, je chante l’amour… Cela peut paraître cliché, mais chez moi, en Afrique, ce ne sont pas de vains mots ! Nous devons les conquérir au quotidien". Si, au fil de ses voyages, le chanteur a bouleversé ses certitudes et ses manières de voir, il a surtout appris à renouer avec son propre centre de gravité. Il explique : "J’ai appris à m’accepter et à accepter la réalité telle qu’elle est. Je perçois désormais le positif… Oui, je suis un peu plus en paix, désormais. Et ça se sent dans mon disque que j’ai voulu comme un partage de bonnes énergies. En te donnant la paix à toi même, tu finis par la distribuer aux autres…".

Moh! Kouyaté Fé Toki (Foli Son/L'Autre distribution) 2017

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