Toko Telo, historique rencontre au sommet à Madagascar

Monika Njava et D'Gary forment Toko Telo. © Ross Underwood

Quand trois des musiciens les plus renommés de Madagascar conjuguent leurs talents singuliers et décident de mettre leurs rayonnements respectifs au service de leur culture, cela donne Toy Raha Toy, premier album séduisant du groupe Toko Telo. Tristement, le projet fait aussi figure de testament musical de l'éminent accordéoniste Régis Gizavo, disparu en juillet et membre de ce trio de choc avec le guitariste D'Gary et la chanteuse Monika Njava.

Ils se connaissaient depuis des décennies, tous trois issus de cette même génération qui a fait sortir Madagascar de l'ombre sur les scènes internationales dans les années 90, tous trois originaires du Sud de la Grande Île et marqués par la culture locale. Mais jamais encore ils n'avaient formalisé, concrétisé cette amitié en trio, même si Régis Gizavo avait déjà sublimé la musique de Lala Njava, la sœur de Monika, sur son album Malagasy Blues Song en 2013, et même si D'Gary avait invité Régis à participer à son album Horombe en 1994.

Le déclic s'est produit fin 2015, lors d'un séjour de Régis Gizavo sur son île natale, lui qui s'était établi à Paris. Venu pour un concert avec le Madagascar All Stars dont il était membre, il était resté sur place pour quelques gigs afin de récolter des fonds et aider les victimes de la famine du sud malgache. Au Café de la gare, lieu branché de la capitale Antananarivo, il a joué ce rôle de "connecteur" qu'il affectionnait et fait monter à ses côtés Monika Njava et D'Gary. C'est ce soir-là que la formule de Toko Telo a été trouvée. "Tout simplement sublime", pouvait-on lire le lendemain dans le quotidien Midi Madagasikara.

De cette bonne idée et de cette belle soirée, Monika a eu envie de faire un disque, avec l'intention sous-jacente de transmettre ce savoir-faire à leurs jeunes compatriotes musiciens et pas seulement de s'adresser au public étranger. Après avoir proposé à ses acolytes de pérenniser l'aventure, les choses sont allées très vite : un enregistrement à Tulear, la grande ville du sud de Madagascar avec laquelle chacun a de forts liens, dans un studio monté pour l'occasion, et un répertoire composé en quasi-totalité de chansons déjà parues sur leurs albums respectifs, comme Mpiarakandro de D'Gary que la jeune Deenyz avait interprétée en faisant sensation dans l’émission Island Africa Talent, ou Relaza de Régis Gizavo déjà refait sur l’album du Madagascar All stars.

Ces reprises se parent ici d’une tout autre couleur. D’abord, par la voix de Monika, caractéristique du groupe familial Njava avec lequel elle s’est fait connaitre hors de Madagascar : puissante, grave, vibrante de ces trémolos typiques du chant du sud malgache. Et puis le jeu en open tuning (accords libres) imité mais jamais égalé de D’Gary, à qui est revenu l'honneur d'ouvrir le concert des 90 ans de Nelson Mandela à Hyde Park en 2008.

Prêt à souligner simplement le propos ou à démarrer en trombe pour accompagner la cadence infernale de la guitare et du katsa (hochet entêtant), Régis Gizavo fait vibrer l’âme de son accordéon. Pas de dominé ni de dominant dans ce trio, chacun s’est joyeusement débarrassé de son ego, au point de donner au groupe un nom des plus sobres : en malgache, Toko Telo signifie "groupe de trois" !

Sur scène, l'équipe a eu le temps de marquer les esprits, en particulier en France au festival Rio Loco en juin 2017. Le décès de Régis Gizavo, quelques semaines plus tard, a plongé ses vieux amis dans une tristesse infinie et changé la donne. L'accordéoniste de Christophe Maé, I Muvrini, Cesaria Evora et tant d'autres est "irremplaçable", disent-ils de concert, mais ils se doivent de perpétuer la démarche : passer le témoin.

Toko Telo Toy Raha Toy (Anio Records) 2017

Page Facebook de Toko Telo