La nature intime de Nesles

Nesles. © Matthieu Dufour

Son écriture poétique envoûte et nous emmène au beau milieu d’une nature énigmatique. Florent Nesles publie un quatrième album épuré, Permafrost, sur les traces laissées par Jean-Louis Murat ou Alain Bashung.

Patti Smith rôde parfois dans ce café de la Place des Vosges où Florent Nesles a donné rendez-vous. Il referme l’autobiographie de Bruce Springsteen et évoque la chanteuse américaine, Andreï Tarkovski ou Bob Dylan, "pour leur philosophie à la fois poétique et lucide."

Nesles a baigné dans la culture anglo-saxonne et longtemps chanté en anglais. "Vers l’âge de 10 ans, mon oncle m’a offert des disques des Beatles et des Stones. J’en garde certains comme des reliques. De là me vient un goût pour la mélodie. Je me suis mis au théâtre sur les conseils d’une orthophoniste, car j’étais bègue lorsque j’étais collégien. C’est par le théâtre que j’ai redécouvert la langue française, paradoxalement grâce à Samuel Beckett. Plus jeune, Brel et Pierre et le loup me faisaient peur, alors que l’anglais, c’était ma culture et celle de mes copains."

L’ado ne goûte guère les cours de guitare au Conservatoire. Après quelques groupes de punk (Ordures Ménagères) puis une incursion pop (Aeroclub), Florent Nesles décide à partir de 1997 de jouer sous son nom et conçoit trois albums, de façon très autonome. Pour ce quatrième opus, il a travaillé avec le réalisateur Alain Cluzeau, qui a accompagné Bertrand Belin, Olivia Ruiz ou Hubert-Felix Thiéfaine.

Nature intrigante

Permafrost rappelle les forces de la nature et le paradoxe de ces sols gelés en permanence, à la fois hostiles et sources de vie. L’album n’a pas été écrit au fond d’une forêt, façon Walden ou Emerson. C’est une nature désirée, fantasmée et énigmatique que convoque Nesles à travers une langue poétique : "Je connais tes sentiers, tes doux sentiers/Je connais les sentes qui serpentent vers tes méandres étranges." (Tes Sentiers) La musique est acoustique —avec des cordes nombreuses, mais toujours discrètes— élégante, assez classique, matinée d’un peu d’électronique. Permafrost est un univers à lui seul dans lequel les sentiers sont nombreux, les détours permanents et la nature intrigante.

Ode bucolique, textes poétiques et sobres, voix sans artifice… Nesles ne cache pas son admiration pour le folk américain ou la chanson française incarnée par Gérard Manset et Jean-Louis Murat (pour leurs grands paysages), Dominique A, Miossec ou Alain Bashung (pour leur travail sur la langue). "Je suis incapable d’écrire de la chanson réaliste avec un début et une fin. Alain Cluzeau m’a permis de garder le cap d’une certaine épure, afin que l’album sente le bois, la pierre, afin qu’il soit tellurique" explique l’auteur-compositeur.

Le Parisien se souvient de la petite maison de campagne de ses grands-parents, "hors du monde, hors du temps. J’y chassais les grenouilles." On ressent l’amoureux des lettres, le rêveur éveillé, le promeneur solitaire… "À l’heure où me dévore cet appétit des plaines/ À l’heure où renaissent tant de pensées si claires/ Rien ne pourra égaler l’émail de mes forêts/ Rien ne pourra entamer leur beauté." (Mes Forêts). En filigrane, Nesles semble chercher dans la nature sa place et celle de l’homme.

Nesles Permafrost (Microcultures / Differ-Ant) 2017

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