Burkina, la bande-son de l'avant-Sankara

The Original Sound of Burkina Faso. © Sory Sanlé

Aujourd’hui représentée entre autres par Hawa Boussim ou Smarty, hier par Victor Démé, la musique du Burkina Faso a connu dans les années 70, alors que le pays s’appelait encore la Haute Volta, un essor sur lequel revient la compilation The Original Sound of Burkina Faso.

De sa situation géographique, le Burkina Faso a su partiellement tirer profit sur le plan musical au cours des décennies qui ont suivi les indépendances : entouré par quelques-uns des pays d’Afrique francophone les plus dynamiques dans ce domaine (Mali, Côte d’Ivoire et Dahomey devenu Bénin), il a bénéficié d’effets induits, mais sans pour autant parvenir à la même exposition que ses voisins.

Heureusement, les archéologues du monde des 45 et 33 tours que sont les diggers sont là pour apporter une lumière bienvenue à ces artistes et leurs chansons menacées d’être engloutis à jamais dans les tourbillons de l’oubli. Tel est le but de The Original Sound of Burkina Faso, complément naturel du coffret de trois CD paru l’an dernier et intitulé Bobo Yéyé - Belle époque in Upper Volta, qui vient tout juste d’être nommé dans deux catégories aux prochains Grammy Awards.

Le décor est planté, à Bobo-Dioulasso comme à Ouaga, les protagonistes nous sont présentés grâce au livret riche en informations qui accompagne la compilation. Et à ce titre, avec son air incantatoire, Jeunesse Wililla, placé en ouverture, ne manque pas d’interpeler. "Jeunesse, levain des masses populaires. Appel à l’édification de la nation", était-il écrit au verso de la pochette originale datant de 1977. La formule d’Abdoulaye Cissé, prix RFI Découvertes en 1983, rappelle les idées qui porteront son compatriote Thomas Sankara au pouvoir quelques années plus tard et changeront la Haute-Volta en Burkina Faso. D’ailleurs, le chanteur instituteur se verra confier par le président révolutionnaire une mission qui fait écho à Jeunesse Wilila : diriger les orchestres des Colombes de la révolution et les petits chanteurs aux poings levés, chorales de jeunes filles et jeunes garçons destinées à soutenir le régime.

Hormis Amadou Balaké, l’un des rares enfants du pays dont le répertoire protéiforme a traversé les frontières à cette époque, la plupart des artistes sélectionnés sur The Original Sound of Burkina Faso ont une discographie souvent réduite. Surnommé "le troubadour de la savane", Pierre Sandwidi possède une écriture proche de celle du Gabonais Pierre-Claver Akendengué, tandis que John Oumar Nabolé penche davantage vers l’afro disco aux accents funky.

Parfois, le cadre imposé n’est pas tout à fait respecté. Bozambo, le groupe incontournable des Ivoiriens Jimmy Hyacinthe et Rato Venance, est considéré comme burkinabé par l’intermédiaire de son batteur Georges Ouedraogo – lequel aurait tout à fait pu prétendre à une place ici avec l’une des perles de son album Gnanfou Gnanfou. Idem pour Mangue Kondé, Guinéen, présent sur cette compilation avec deux formations : si l’Orchestre des 5 consuls dont il était guitariste et avec lequel il a enregistré quelques 45 tours comme chanteur a animé durant quelques années les nuits de Ouaga, en revanche le Super Mandé du Malien Abdoulaye Diabaté qu’il a ensuite rejoint et qui l’a également accompagné était basé en Côte d’Ivoire !

Ces petits arrangements avec le périmètre initial fixé ont toutefois l’intérêt de souligner la fréquence des interactions à cette période entre les milieux artistiques de pays voisins en Afrique de l’Ouest. En musique, c’est bien connu, la notion de frontière n’a pas de sens !