TransMusicales, l’étonnant voyageur

Nakhane aux Transmusicales 2017. © RFI/Bastien Brun

La 39e édition des TransMusicales s’est déroulée du 6 au 10 décembre à Rennes. Marqué depuis quelques saisons par les musiques africaines, le festival breton a reçu cette année les échos du raz-de-marée hip hop et il a encore une fois révélé des artistes bien singuliers, comme le Sud-Africain Nakhane. Il demeure un véritable voyage musical, dont les oreilles ne ressortent pas indemnes.

Comme peu de festivals, les TransMusicales sont un lieu de rencontres improbables. Avec sa programmation composée d’artistes pas – ou très peu- connus, le rendez-vous breton est un incontournable pour des programmateurs musicaux venus de toute la France, un public relativement transgénérationnel, et des artistes à très fortes personnalités. Chaque année, les Trans proposent un voyage musical orchestré par Jean-Louis Brossard, son emblématique directeur, et Béatrice Macé, son alter ego à la logistique.

Pour sa 39e édition qui s’est achevée hier, elles ont réuni 62 000 spectateurs, une fréquentation au même niveau que l’an dernier selon ses organisateurs. Mais est-ce la pluie ? La torpeur hivernale ? Elles nous auront semblé un poil plus calmes, en coulisses. De jeudi à dimanche dans la nuit, les bus en accordéon auront cependant mené des milliers de spectateurs du centre-ville jusqu’aux halls sans fin de son parc expo situé en périphérie de Rennes.

Des nuits sans fin

C’est dans cet endroit que se tiennent des fêtes qui peuvent se prolonger jusqu’à l’heure des croissants. Si elles sont nées en 1979 pour accompagner la scène rock locale, les TransMusicales ont largement ouvert leurs horizons en quatre décennies d’existence, révélant notamment Nirvana, Portishead, ou Noir Désir. Le critère principal pour Jean-Louis Brossard ? "Le groove !". "Je m’intéresse à ce qui se passe dans le monde entier, et pas seulement dans les pays anglo-saxons, pour toutes les musiques. Que ce soit pour le hip hop, l’électronique ou le rock. La ‘sono mondiale’, comme le disaient les gens de Radio Nova dans les années 80, ça me correspond bien", poursuit-il. Depuis "trois /quatre ans", la musique africaine a pris une très large place.

Outre le Sud-Africain Nakhane, on retiendra ainsi l’Israélien d’origine éthiopienne Gili Yalo qui a livré des sets pleins d’enthousiasme, notamment devant les enfants venus pour un concert en famille. Son groupe qui mélange l’éthio-jazz et l’afro-beat est assez communicatif. Du côté de l’afro toujours, on regrettera que certains groupes ne se détachent pas des canons de la black music. La Canadienne Tanika Charles a donné un set de soul sans la moindre aspérité, tandis que la boule d’énergie venue de la Nouvelle-Orléans, Tank and the Bangas, nous aura épuisés à force de surjeu. 

Jean-Louis Brossard imagine ses soirées comme "des histoires" qu’il raconterait au public. Lors d’une nuit aux Trans, on peut donc passer des Japonais d’Oreskaband, un ovni tant leur ska-punk semble bloqué dans les années 90, à des reprises gospel de tubes house, pour atterrir finalement devant Sabrina & Samantha. Composé du cerveau de Poni Hoax, Laurent Bardainne, et du producteur électro Julien Briffaz, le duo français est une formidable machine à danser. Basses enivrantes, saxophone et dissonances, le dancefloor de la Green Room aura gagné en densité, et ces deux orfèvres du son n’y sont pas pour rien.

Mais plus que le rock, parmi lequel celui de Mister Milano, trio suisse qui livre un pastiche de la culture italienne, on aura surtout perçu des secousses du raz-de-marée hip hop qui submerge actuellement la France. Outre ses déclinaisons en breton plutôt tenues, les locaux de Columbine ont fait chanter des "15-25 ans" qui connaissent leurs vidéos et leurs paroles sur le bout des lèvres. Avec leur rap autotune tranquille, c’est à grands coups de Pierre, feuille, papier, ciseaux, que ces enfants pas si terribles règlent cela. Tant qu’on en reste là, ma foi…

© RFI/Bastien Brun
Columbine aux Transmusicales 2017.

 

Nakhane, l’esprit soul

Il s’est longtemps fait appeler Nakhane Touré, en hommage au bluesman malien Ali Farka Touré, et puis il a enlevé ce nom qui n’était pas le sien. Le Sud-Africain Nakhane était l’artiste en résidence de ces 39e TransMusicales, quelques mois avant de faire paraître son deuxième album. Durant toute une semaine, le natif d’Alice a donc imaginé son concert au théâtre de l’Air Libre, emboîtant le pas de Gaëtan Roussel, Stromae ou l’an passé, Fishbach. 

Chanteur, écrivain et acteur,  il appartient à cette génération d’artistes complets qui se définissent avant tout par "l’écriture". C’est un performeur charismatique, qui habite la scène, dans son costume rouge, pantalon ample, veste brillante et tee-shirt moulant. En trio, le songwriter venu du folk a trouvé sa voie dans une soul électronique inspirée par Prince ou sa compatriote Busi Mhlongo, "qui a changé sa vie".

Déterminé à devenir chanteur depuis ses sept ans, il a grandi entouré "d’une mère et d’une tante, chanteuses classiques, qui chantaient Mozart et Haendel dans un chœur". Il n’a jamais douté que sa bonne étoile le mènerait dans la lumière, et pas seulement comme soulman. L’auteur du roman Piggy Boy’s Blues – non traduit en français, à ce jour - a joué les premiers rôles dans le film Les initiés, qui évoque l’homosexualité dans les cérémonies d’initiation masculines du peuple xhosa – auquel il appartient.

"Cela compte pour moi d’être africain. Je suis un artiste queer noir, affirme ce garçon volontiers disert. Je peux jouer le fait d’être queer, faire en sorte que cela ne se voit pas dans des endroits trop dangereux. Mais je ne peux pas changer ma couleur de peau, je suis noir. Que je le veuille ou non, c’est la première chose que les gens voient. Et pour moi, tout vient d’Afrique, le rock’n’roll, le blues, et c’est quelque chose dont il faut se rappeler. Je suis très fier de là où je viens."

Après un séjour à Londres, en Angleterre, où il s’est mis en quête des deux musiciens qui l’ont accompagné, il reviendra en Afrique du Sud à la fin du mois. "Pas prophète en son pays", le garçon va continuer un combat pour les droits des LGBT dont il est d’ores et déjà l’un des porte-paroles sur le Continent.

Nakhane Touré The Laughing Son (Just Music) 2015

Page Facebook de Nakhane
Site officiel des TransMusicales de Rennes