Arthur H, poète lunaire en quête de perfection

Arthur H. © Yann Orhan

On l’a découvert en 1988, il y a trente ans, dans la petite salle du Sentier des Halles, à Paris : un trio magique avec Brad Scott à la contrebasse et Paul Jothy à la batterie… Point d’orgue de ce concert intimiste ? Le morceau Cool jazz que l’on a retrouvé en 1990, en tête de son premier album studio. Arthur H sort aujourd’hui son dixième, Amour chien fou. Ou plutôt le vingtième, toutes catégories confondues… Sa voix grave, ses textes et ses rythmes distinctifs y sont plus que jamais présents.

RFI Musique : De l’amour et un chien fou… Ce double album est-il un double projet ?
Arthur H :
Oui. J’ai composé deux albums différents. Le premier, Amour, est lent, hypnotique, atmosphérique. L’autre, Chien fou, est plus explosif, festif et dansant. J’ai écrit les chansons dans l’ordre qui me venait à l’esprit, mais je savais où je voulais les placer : je composais chaque chanson pour chaque disque.
J’ai ce désir de toujours vouloir explorer une nouvelle façon d’être, de toujours vouloir mettre ensemble des choses anciennes pour inventer du neuf. Il y a tellement à chercher et à trouver que je n’ai pas, que je n’ai jamais, l’impression d’en faire assez…

La lune, la nuit et les étoiles sont très présentes dans les titres et les textes d’Amour chien fou
J’aime bien, à travers la poésie, suggérer un grand espace. Il existe aussi une affinité très intime entre la musique et l’espace. Une espèce d’onde. Amour chien fou n’est pas un disque tragique. Je l’ai voulu lumineux. D’une lumière orageuse… Avec quelques morceaux plus entrainants.

Vous voyez-vous en Pierrot ?
Plutôt en poète lunaire. Pas en Pierrot classique : il est trop triste.

La dualité de votre album est bien perceptible dans Brigade légère, qui change d’instrumentation et d’atmosphère exactement en son milieu…
Dans Brigade légère, j’ai voulu une première partie plus mélodique, puis une seconde qui repart dans une forme de cavalcade, de transe, tout à fait cohérente avec l’album Chien fou

Cette cavalcade autobiographique est-elle dédiée à votre entourage ?
J’ai un désir de parler des gens que j’aime, de les célébrer. Une chanson est une émotion qui sort. J’avais plein d’émotions accumulées pour les gens de ma famille et tous ceux qui sont dans mon cœur. Mes proches ont pour moi l’image d’une Brigade légère toujours prête à vous venir en aide…

Vous parlez peu de votre enfance, comme si vous ne naissiez qu’en 1982 quand, à seize ans, vous arrêtez l’école pour partir aux Antilles. Mais avant ? Vous dites que vous n’aimiez pas l’école – alors que vous êtes l’un des auteurs les plus littéraires…
Cette fugue était constitutive de mon premier acte individuel. Elle a un côté vagabondage. Un aspect poétique. Quant à l’école, je l’aimais beaucoup… C’est le lycée qui m’a rebuté. Toute ma culture littéraire me poussait à détester le monde scolaire. La littérature, c’est le contraire de ce monde. La littérature française, je l’ai aussi retrouvée au Berklee College, l’école de musique de Boston. L’éloignement m’a donné envie de culture française. J’y ai découvert Soupault, Artaud, etc.

La Boxeuse amoureuse semble être métaphoriquement dédiée à votre mère, Nicole Courtois, grande attachée de presse…
Je voulais célébrer ce combat et cet enrichissement perpétuels qu’est l’amour. Je l’ai donc écrite en pensant à elle. J’ai eu plaisir à lui rendre une forme d’hommage. Un hommage à cette faculté qu’elle a de toujours se relever. Avec vos yeux de journaliste, vous la voyez solide. Mais moi, dans ce morceau, je veux célébrer la vie amoureuse d’une femme des années 1960, avec de belles histoires qui peuvent devenir terribles.

Général of Love est-il un clin d’œil au Général de Gaulle dans la cinquième dimension dans l'album Bachibouzouk en 1992 ?
De Gaulle est un personnage fantasmatique, mythologique, un très bon personnage de chanson. Les gens sont peut-être trop sérieux avec lui.

Tokyo Kiss et Nosferatu manifestent, musicalement, une grande joie. Peut-on voir un lien de filiation entre Nosferatu et Champagne, de Jacques Higelin, en 1979 ? Vous aviez treize ans…
Oui, il y a un peu de ça… C’est une espèce de résonance, une chanson qui vit en moi, que j’ai beaucoup entendue. Nosferatu est sans doute le lointain cousin du Lucifer de Champagne

C’est bien par une citation de Billy Jean, de Michael Jackson, que vous commencez Moonlove déesse ?
C’est plutôt une inspiration qui vient de Billy Jean, une des chansons que j’ai toujours adorées. La basse de ce morceau, j’étais fou d’elle ! Alors, j’ai créé ma propre basse, sans doute dans un excès d’enthousiasme (rire). La chanson, elle, est fantasmatique : son personnage féminin y est comme une apparition. Une déesse qui se matérialise dans un halo lunaire. Avant l’écriture, j’ai d’abord une image. Mon plaisir, par l’écriture, est de faire renaître ces images, qui sont la langue la plus proche du subconscient.

À propos du texte du morceau Amour chien fou : est-ce que vous pensez, vous, être un "garçon imprudent" ?
Je l’espère ! J’espère pouvoir m’abandonner au risque, à la vie, à la femme que j’aime ! Il y a quelque chose d’infiniment triste dans la prudence.

Arthur H Amour chien fou (Mystic Rumba/ Believe) 2018

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