Disiz la peste, la vie des monstres

Disiz la Peste © Johann Dorlipo

Disiz la peste, Sérigne M’Baye Gueye, Disiz Peter Punk, Disiz tout court… Depuis son explosion il y a vingt ans, le prolifique rappeur franco-sénégalais a changé d’identité à de nombreuses reprises. Son douzième album, Disizilla, alterne entre une musique coléreuse et les confessions touchantes d’un quadragénaire en constante mutation.

Cela commence par un bruit lancinant, comme dans un film catastrophe, et puis un rythme répétitif prend le relais. Vient le chant, rageur, qui nous dit que Disiz la peste n’est pas exactement venu dire sa joie de vivre. "Cet album sent le soufre, la foudre me foudroie/Et je suis fou de rage, ma mère a pris d’l’âge/Et je n'y peux rien, le bonheur a pris le large/Putain mais quelle vie d'merde, maintenant vient l'cancer/ J'en veux à mon père, à la terre entière", lâche-t-il, dans un déluge d’auto-tune, sur Kaiju

La valse des monstres peut commencer et les références à Godzilla, cette bête sortie des mers qui symbolise le désastre nucléaire pour les Japonais, apparaissent comme presque accessoires. C’est bien ses tripes que Disiz la Peste met sur la table dans son douzième disque, Disizilla, et les blessures d’un rappeur qui a connu le succès très jeune, grâce au morceau J’pête les pombs, avant même d’avoir construit une carrière. 

Père absent, mal de mère

Vingt ans plus tard, à 40 ans, "la Peste" est toujours là, et il n’a de cesse de le rapper.  À l’écart de clashs, le rappeur franco-sénégalais, qui a grandi à Évry (91) s’est fait le tenant d’une musique qui nous étonne à chaque fois. Sans parler des romans qu’il a écrits ou du théâtre, où il a joué Othello, on l’a vu raccrocher du rap game, passer au rock sous le nom de Disiz Peter Punk, et revenir, très influencé par Kanye West. Comme ce dernier, Disiz la Peste est un adepte de la fusion entre le hip hop et la culture pop, ce qui l’a placé à l’écart du rap français. 

Ancien d’une scène dont il connaît les codes par cœur, il se place aussi sur le terrain des jeunes rappeurs. Que ce soit en faisant un featuring avec Niska ou, non sans s’amuser un peu, dans ses ego-trips. "Garde tes idées aux oubliettes/Ton projet sent l'andouillette/Leur Dieu est tombé sur la tête/Moi mon Dieu n'a pas de tête/Kalahari j'suis un buschimen/J'ai rejeté leur Coca-cola / Leur Cinquante nuances de grey/Dans leur derch, leur 150 K" (Hendek).  Mais l’essentiel de Disizilla tient plutôt dans l’exploration que le rappeur aux préoccupations sociales (les enfants des rues, l’ascension d’un gosse de banlieue et ses conséquences...) fait de son parcours et de sa famille.

Marquée par un père absent et une mère qui a fait ce qu’elle pouvait, cette enfance bancale est racontée dans les titres clés de Disizilla. "Avec le temps tout partira/Sauf les blessures et les regrets/Les cicatrices changent pas d’adresse/Le mal qu’on fait tient ses promesses", dit-il, dans Tout partira. La référence à Avec le temps de Léo Ferré, est manifeste. À l’arrivée, ce disque de seize titres est foisonnant. Entre ses références aux blockbusters et ses productions éclectiques, on aura sans doute du mal à y trouver des repères. Mais qu’on se rassure, oncle Disiz n’a pas tout à fait perdu la main.

Disiz la Peste Disizilla (Parlophone) 2018
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