Jeanne Balibar

L’actrice et chanteuse, égérie de nombreux noms du cinéma d’art et essai, récemment vue dans une nouvelle version des Rois Maudits, vient de réaliser Slalom Dame avec Rodolphe Burger et Absract Kill Agram, un opus magnifique. En variant les tons et les ambiances avec une telle légèreté, Jeanne Balibar nous livre un superbe deuxième album et s'impose dans ce Slalom Dame.

Slalom Dame

L’actrice et chanteuse, égérie de nombreux noms du cinéma d’art et essai, récemment vue dans une nouvelle version des Rois Maudits, vient de réaliser Slalom Dame avec Rodolphe Burger et Absract Kill Agram, un opus magnifique. En variant les tons et les ambiances avec une telle légèreté, Jeanne Balibar nous livre un superbe deuxième album et s'impose dans ce Slalom Dame.

L’album s’ouvre sur une phrase de contrebasse pénétrante. Sarah Murcia, la musicienne de Las Ondas Marteles, qui vient aussi de terminer le nouvel album de Jacques Higelin, a joué un rôle important, "comme dans tout ce que j’entreprends, au fil des concerts, j’ai rencontré plusieurs musiciens dont Sarah. On s’est parlé et il y a eu un véritable échange." Plus qu’un échange, on pourrait parler d’omniprésence de ces lignes de basse, comme un fil rouge à cet opus "collectif " comme le précise Jeanne. La musique de Rodolphe Burger s’était si bien mariée à la voix de Jeanne Balibar, néo-chanteuse sur l’album Paramour, que l’aventure entre Jeanne et le garçon formidable s’est prolongée très naturellement pour Slalom Dame.

Des paroliers de luxe

Cet album moins monolithique garde l’aspect aérien, féerique de Paramour. Des contours pop, une atmosphère jazz, rock, rockab’ même, habillent ce second essai transformé. Pour varier les plaisirs, les textes sont signés Pierre Alferi – le parolier des chansons de Kat Onoma – à son meilleur niveau, Dominique A et Fred Poulet.

Alors que les radios françaises entrent Rien dans leur playlist, les échos sont positifs, "depuis que j’ai fait le deuxième disque, je suis sur un nuage parce que les gens me disent dans la rue qu’ils ont aimé le premier. Ceux qui ont écouté le second aiment encore plus celui-là. À une actrice, on ne dirait pas ça, ce serait plutôt le genre de compliment que l’on adresserait à un réalisateur qui est plus tenu responsable pour un film."

Voilà donc notre Jeanne, intimidée dans ce rôle pas si nouveau que ça pour elle de metteur en scène d’une œuvre collective et continue, "car il n’y a pas eu d’attente entre les deux albums… la scène n’est pas venue tout de suite après Paramour, ça n’allait pas de soi de jouer aussi tôt. Quand je me suis rendu compte que je ne rechanterai plus ces chansons, j’ai entamé une tournée qui a duré longtemps entre Tokyo, l’Allemagne et la France." Et la tournée a été un moyen de préparer ce nouvel album.

Un soir, Dominique A voit un concert de Jeanne, discute avec elle et lui écrit une chanson : "c’est  Rouvrir qu’il a finalement gardée pour son album, mais il m’en a offert deux autres pour Slalom Dame, Néologie et Irréparable. C’est marrant de mettre en contact des manières de faire, mais je n’ai pas du tout peur de me dissoudre dans le style de Dominique A, je ne sacralise pas du tout la personnalité, la singularité de sa musique."

Chanteuse affranchie

Dans le team de Jeanne, on privilégie des paroles à large profondeur de champ, aux effets de style soyeux. Du coup, avec cette voix grave et pénétrante, la chanteuse telle une styliste de haute-couture place des mots suivant un patron plus précis. Les chansons y gagnent en lisibilité. La production encore plus soignée embellie le tout. Les paroles de Jeanne peuvent s’écouter comme on lirait une nouvelle de Raymond Carver, en se satisfaisant d’une description épurée, pleines d’ellipses. "Un peu après 11h, j’ai jeté les fleurs, je n’ai pas eu le cœur d’écouter le répondeur, j’ai pensé à l’hiver… je ne savais pas quoi faire…" chante-t-elle dans Rien.

Jeanne Balibar confirme aussi qu’elle maîtrise l’anglais de DH Lawrence, cette ancienne British d’adoption est tombée dans le bilinguisme assez tôt pour être crédible (à l’instar de Charlotte Gainsbourg ?).

Avec une petite dose d’humour britannique, dans lequel Fred Poulet baigne régulièrement (Walking Indurain est un des nombreux exemples), elle rend hommage, sur Sex and Vegetables, indirectement à cette France décomplexée des Jacques Delors et René Etiemble. Chanté dans un anglais de 4e, ce clin d’œil rock déglingué "pourrait rappeler Kent période Starshooter…" rigole Jeanne.

Rayon influences, l’ombre de Barbara s’est envolée définitivement, en revanche Mogwaï mais aussi leurs cousins français Mygück pourraient être évoqués. Mais Jeanne "balibrouille" les pistes. Elle s’affranchit un peu plus à chaque étape de sa carrière de chanteuse et n’hésite plus, ni sur scène ("j’aime les gens qui arrivent à dissimuler leur trac. Je l’ai, ce n’est pas grave, c’est peut-être une belle chose à montrer"), ni sur disque avec cette chanson hommage à l’enfance, "la seule que j’ai composée à partir de comptines d’enfants, je joue avec ces impressions qu’ont les enfants que les meubles grandissent et rapetissent, c’est une belle métaphore de ce que c’est de devenir adulte…" Le mot est lâché: l’âge adulte. Jeanne Balibar l’a peut-être atteint, sans pour autant perdre son insouciance. Ce qui en fait l’une des chanteuses françaises les plus culottées et les plus inventives du moment. 

Jeanne Balibar Slalom Dame (Naïve) 2006