Noir Désir, fin de partie

Le départ du guitariste Serge Teyssot-Gay a précipité lundi 29 novembre la fin de Noir Désir. Alors que ses membres ont mis un point final a cette histoire, RFI Musique vous propose un retour sur les dernières années de la vie du plus grand groupe de rock français de ces dernières décennies.

Séparation du groupe

Le départ du guitariste Serge Teyssot-Gay a précipité lundi 29 novembre la fin de Noir Désir. Alors que ses membres ont mis un point final a cette histoire, RFI Musique vous propose un retour sur les dernières années de la vie du plus grand groupe de rock français de ces dernières décennies.

Il aura finalement fallu deux communiqués de l’AFP pour mettre un point final à l’histoire de Noir Désir. Le premier envoyé directement à l’agence par l’entourage de Serge Teyssot-Gay paraissait le 29 novembre dans l'après-midi et indiquait l’intention du guitariste "de ne pas reprendre avec Noir Désir, pour désaccords émotionnels, humains et musicaux avec Bertrand Cantat, rajoutés au sentiment d'indécence qui caractérise la situation du groupe depuis plusieurs années."  

Le second, signé de Denis Barthe au nom des trois autres membres, confirmait mardi ce que l’on savait déjà : sans Serge, "Noir Désir, c’est terminé". Le batteur précisait sur la chaîne régionale France 3 Aquitaine : "On a pris connaissance du communiqué de presse hier matin, en même temps que tout le monde. Dans ce communiqué de presse, les raisons sont explicites et limpides (…) J’aurais bien sûr rêvé d’un avenir pour Noir Désir, mais je ne suis pas non plus effondré que ça se termine aujourd’hui."

Contacté mercredi en toute fin de journée par RFI Musique, le management de Noir Désir estimait que "tout avait été dit" à ce sujet. Si Barclay, son label, expliquait ne pas avoir été averti au préalable de cette rupture nette, elle a été, selon nos informations, mûrement réfléchie par le guitariste qui incarne le "son" Noir Désir.

Une reprise espérée

Le groupe répétait chaque semaine depuis la sortie de prison de son chanteur, Bertrand Cantat en 2007. Deux nouveaux titres issus de ces sessions sortaient en novembre 2008 et une reprise du titre d’Alain Bashung, Aucun Express, est aujourd’hui dans les tiroirs. Les chroniqueurs les plus informés de la sphère Noir Désir évoquaient ces derniers temps l’existence de dizaines de nouvelles musiques, mais sans qu’aucun texte n’ait vu le jour.

Né en 1982 de la rencontre de deux copains de lycées, Serge Teyssot-Gay et Bertrand Cantat, avec Denis Barthe, le groupe avait connu plusieurs faux départs dans ses années adolescentes, avant d’écrire l’histoire que l’on sait : des concerts mythiques, les Sombres héros de l’amer et Tostaky, l’hymne qui allait faire de Noir Désir les quatre héros d’une génération entière.

Après des tournées au bord de la rupture, Noir Désir avait pris l’habitude de longues plages de flou, à la limite de la séparation, puis de retours toujours plus engagés. Entre les lignes droites formées par son riff implacable, la chanson Tostaky est celle qui évoque le mieux cet aspect de la vie de Noir Désir. "Bien reçu tous les messages/ils disent qu'ils ont compris/que l'esprit qui souffle guidera leurs pas/qu'arrivent les derniers temps où nous pourrons parler."  La condamnation en 2003 de Bertrand Cantat à 8 ans de prison pour le meurtre de Marie Trintignan à Vilnius avait sans doute bouleversé cet équilibre.

Toujours actifs

Pour la promotion de son dernier live, Noir Désir en public en 2005, les trois membres du groupe étaient malgré tout apparus soudés. Pour qui souhaitait les rencontrer à cette époque,  les conditions étaient d’ailleurs claires. "Si on insiste trop sur Vilnius, je dis : 'c’est très bien, l’interview est terminée'", assumait alors Jean-Paul Roy, le bassiste. Noir Désir était une grosse machine, elle avait cependant gardé une âme et un entourage de groupe indépendant, restant toujours accessible.

Le noyau Denis Barthe/Jean-Paul Roy restait à Bordeaux, organisait les projets parallèles : le festival Les Rendez-vous de Terres Neuves, le projet The Hyènes, le retour de Bertrand Cantat cette année au côté d’Eiffel. Serge Teyssot-Gay lui était toujours sur les routes ; il multipliait les performances entre rap, littérature et peinture. Sa trajectoire de musicien prolixe évoque celle de Paul Mc Cartney au moment de la séparation avec les Beatles. Comme Mc Cartney, Serge Teyssot-Gay sortira rapidement un album après la fin de son groupe : les Contes du Chaos, avec Zone Libre dont la parution est prévue le 31 janvier 2011.  Il a déjà fondé son propre label, Intervalle Triton, et écrit déjà une nouvelle histoire.

Les enfants de la génération Noir Désir, en dépit des jours sombres connus par Bertrand Cantat depuis 2003 et de cette semaine étrange, retiendront la mémoire d’un groupe qui n’a jamais cessé de les faire grandir.