Jain, la pop en bleu de travail

Jain publie son deuxième album "Souldier". © Paul & Martin

Elle a été l’une des révélations de ces trois dernières années, notamment grâce à sa chanson Makeba. Jain revient avec sa pop multi-culturelle, et un deuxième album, Souldier, qui devrait prolonger sans trop de problèmes son succès. Si elle a troqué sa robe à col Claudine pour un bleu de travail, les bonnes vibrations restent les mêmes pour la protégée de Yodelice.

Chez Jain, une tournée peut en cacher une autre. La chanteuse avait à peine terminé la saison des festivals l’an passé à Rock à Seine, qu’elle était déjà programmée cette année dans les grands rendez-vous estivaux. Quelques jours au Canada, un crochet par l’Espagne et le Portugal, des incontournables dans l’hexagone. La jeune femme a offert un bon tour de chauffe à ses nouvelles chansons et pu vérifier que "ouiiiiiii", son Makeba est encore sur toutes les lèvres.

Cette fille très discrète se transforme à tel point sur scène que, jusqu’ici, on l’a souvent vu assurer le spectacle seule avec son ordinateur, ses machines et sa guitare. "J’ai une plus grande liberté sur scène que dans la vie, explique-t-elle. Cela donne du sens à ma musique. Cela me permet de vivre mes chansons plus directement, sans intermédiaire. J’ai l’impression d’avoir beaucoup plus de recul. J’arrive à me moquer un petit peu de moi-même. J’ironise, j’essaye des choses même si elles sont ridicules."

Des chansons qui la rendent plus optimiste

Pour sa nouvelle tournée, elle a ajouté des lumières, des vidéos, et surtout, changé de costume. Sa robe noire à col Claudine a été remplacée par une combinaison, toujours signée par la créatrice de mode Agnès b. Elle porte aussi un manchon marchant au wi-fi, qui lui permet de contrôler ses boucles de musique à distance. Cette télécommande autour du bras, notre "superhéroïne" peut arpenter la scène à sa guise et lancer des machines reliées au logiciel Ableton. Celle qui a appris le beatmaking adolescente, est devenue une artiste bien connectée, qui a ses superpouvoirs dans les bras.

"Ma combinaison est un bleu de travail, assure Jain. C’est une incarnation du travail, des ouvriers. Cela rappelle que les musiciens sont des artisans. C’est une tenue plus stricte, mais aussi plus funky, avec ces couleurs vives." Cette tenue est un emblème de Souldier, l’album qui marque son retour dans la foulée du succès rencontré ces trois dernières années. Sur sa pochette, on voit Jain faire de la balançoire au milieu des nuages, portée par des colombes, comme pour rappeler qu’elle se joue gentiment de la pression consécutive à un tel carton et de la réalité.

"Les chansons m’aident à me rendre plus optimiste, à 'm'optimiser'. Je traite quand même de sentiments assez négatifs, comme la rupture, la starification, et de l’imposteur gadget, dans Inspecta", fait remarquer la chanteuse, mine de rien. Imaginé tout au long sa première tournée et travaillé en studio avec son complice Yodelice, ce disque reste bien dans la veine proposée jusqu’ici par l’auteure-compositrice-interprète. Pop, hip hop, reggae, sons orientalisants et même un sample du générique de dessins animés Inspecteur gadget, c’est un grand brassage multiculturel qui rappelle Lily Allen, ou MIA, en autrement moins dissonant.

Un soldat de l’âme très multiculturel

Alors que la chanson Souldier a été écrite en réaction à la tuerie d’Orlando, durant laquelle quarante-neuf personnes ont été abattues dans une boîte gay de la ville de Floride, le 12 juin 2016, Jain a choisi un jeu de mots entre le soldat, "soldier", et l’esprit, "soul" en anglais, pour nommer son disque. La chanteuse affirme avoir adopté un ton "plus engagé". Mais cet engagement n’a pas le poing levé, à l’image de cette fille réservée.

La Toulousaine Jeanne Galice (vrai nom de Jain), âgée de 26 ans, a grandi entre Pointe-Noire, au Congo, Abou Dabi, aux Émirats Arabes Unis, et Pau, au pied des montagnes pyrénéennes. Fille d’une mère d’origine malgache et d’un père travaillant sur les plates-formes pétrolières, elle a gardé des pérégrinations familiales un certain "recul". "On apprend qu’on n’est pas le centre du monde", glisse-t-elle. Comme ex-expatriée, elle a conservé un goût évident pour les mélanges et les voyages.

Bien entourée jusque dans ses clips, réalisés par le très inventif duo de réalisateurs, Greg & Lio, cette dame "feel good" dont les refrains se retiennent comme des chansons populaires, devrait continuer sans problème son bout de chemin, non seulement en France mais aussi à l’étranger.

Jain Souldier (Columbia) 2018

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