Le Mystère pop de La Femme

Mystère, l'album de La Femme © LCC

Trois ans après leur premier disque Psycho Tropical Berlin, le groupe La Femme (cinq gars et une fille) revient avec un deuxième opus Mystère, qui confirme leur signature : une pop surf-rock fluo-psyché acidulée, à haute teneur en vitamines.

Ils embrasent les foules sur leurs passages, les charment, les séduisent par leur posture fraîche et fun, leur pop fluo, leur cocktail surf-yéyé qui ne ressemble à nul autre. Depuis leurs débuts en 2010 avec leurs deux tubes solaires Sur la Planche et Télégraphe, les six Frenchies (cinq garçons et une fille) de La Femme, originaire de Biarritz, commettent un parcours sans faute.

À l’orée de leur second opus, Marlon, chef de bande aux yeux malins et cheveux multicolores, Sacha et Clémence apparaissent en civil comme dans leurs chansons : pétillants, mais légèrement décalés, brouillons en apparence, mais précis dans leurs propos, souvent lapidaires, un brin loufoques. Lors de l’interview, ils sortent à peine d’une sieste abyssale. Aux questions, ils répondent donc embrumés, affalés, jamais à côté.

Do It Yourself et Perfectionnisme

Il y’a trois ans, ils sortaient ainsi leur premier disque, Psycho Tropical Berlin, révélation de l’Année aux Victoires de la Musique 2014.

Depuis ? : "On a fait des tas de concerts rigolos, en Asie, en Australie, en Islande, sourient-ils. Au Mexique, c’était dingue ! Des fans nous attendaient à l’aéroport, certains avaient fabriqué eux-mêmes des t-shirts La Femme, les filles nous sautaient dessus en mode hystérique, comme au Japon, même si on n’y a jamais mis les pieds."

Plus de deux ans furent nécessaires pour bâtir le deuxième disque, Mystère, écrit et composé par les deux complices, Marlon l’expansif, et Sacha le taiseux. Leurs objectifs ? Ne pas reproduire les mêmes erreurs que sur le premier. Lesquelles ? "Les mêmes que sur le deuxième", répond Marlon, mi-sérieux, mi-rigolard. Il précise : "On a manqué l’essentiel d’un morceau, qui se trouvait finalement dans sa première prise, spontanée. Certains morceaux cachent quelques ratés, mais il fallait qu’on lâche prise. Mais sincèrement, après un million d’écoutes, j’affirme que ce disque atteint un super niveau."

Loin de sonner comme de la vantardise, l’affirmation indique plutôt un désir de maîtrise, un acte d’humilité par rapport à leur création. À 25 ans, les six larrons ne laissent rien passer en s’attachant au moindre détail et en orchestrant tout, dans un esprit de Do It Yourself : des clips jusqu’à la pochette d’album, pour un résultat franchement efficace.

Des pistes éclectiques

Ce disque, Mystère dont le titre, selon eux, "philosophique désigne aussi le nom de notre groupe avec lequel on fait des concerts hors des sentiers battus", s’inscrit dans la droite ligne du premier. Marlon décrit ainsi une puissance décuplée : plus de rock, plus de folie, plus d’électro, plus de pop, et d’underground, plus de glam, plus d’histoires, plus rapide, plus lent*… Et bien sûr, plus d’expérience.

Si ce deuxième opus décline l’amour sous toutes ses formes (ruptures, coups de foudre), il aborde aussi des territoires jusqu’alors inexplorés tels que le rap, l’orchestration "classique" avec clarinette basse, scratch et surfe sur des univers éclectiques, de l’électro-cryptique Sphynx, au sentimental Le Vide, en passant par l’engagée Septembre, la longue plage psychédélique La Vague (13 minutes), ou les rythmes chaloupés-ensoleillés de Psyzook.

Pour le reste, ce collectif conserve précieusement son identité, tissée d’intelligence, de sensibilité et de gros délires. Pour enregistrer Mystère, ils se sont ainsi enfermés, trois mois durant dans un manoir en Bretagne, loué sur leurs propres deniers. Une immersion totale, loin des fêtes, loin de l’agitation, loin de Paris. Ils habitaient d’ailleurs près d’un centre social pour jeunes en difficulté, avec lequel ils réalisaient des ateliers, à proximité d’un potager.

Voici le bilan : un disque, qui fait mouche de la première à la dernière piste, en passant par l’inévitable tube Où va le monde ?

Humanistes, comme Leonard de Vinci

Depuis ses débuts en 2010, le groupe connaît un succès conséquent, mais constant, sans chute ni envol leur permettant de garder les pieds sur terre, et la tête dans les étoiles. Parmi leurs projets ? Les membres du groupe aimeraient à l’avenir réaliser un film. Marlon rigole : "On a plein d’envies : on aime peindre, philosopher, on adore les images… On est un peu comme Leonard de Vinci qui s’adonnait à tous les arts, tu vois ? Des humanistes façon Renaissance… en toute simplicité !"

*Inspiré d’une interview accordée à www.redbullstudios.com

 

La Femme, Mystère (Disque Pointu/Barclay) 2016. 

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