Les voix intérieures de Lescop

"Écho", le nouvel album de Lescop. © DR

Il y a quatre ans, Lescop faisait partie des chanteurs qui ont remis les années 80 au centre de la pop française. Un début en solo salué par la critique, une tournée de 200 concerts, et puis ce fut silence radio. Mathieu Peudupin revient avec son deuxième album Écho. Le chanteur d’Asyl nous parle de sa culture rock, de ses personnages fantomatiques, et des références mythologiques qui peuplent dix chansons réalisées avec Johnny Hostile (John & Jehn). 

Dans vos chansons, on a l’impression que tout part de la basse…
Je pense que la basse est le meilleur instrument pour composer. Ça ne type pas trop, on n’a pas besoin de faire des accords. Tout de suite, les accords colorent un morceau alors qu’avec une ligne de basse, on peut rester très simple. C’est un squelette sur lequel on ajoute des couches. Cet instrument a un côté nu et en même temps, il amène une certaine rondeur. Ma musique a cette froideur, mais elle a aussi cette chaleur, cette rondeur.

J’ai été surpris, car vous dîtes que vous mettez de côté 80% de ce que vous écrivez. Vous avez une écriture pour le moins sélective… 
C’est Johnny Thunders qui disait : "It’s not about what you play, it’s about what you don’t play." L’important n’est pas ce que tu joues, c’est que tu ne joues pas. Dans l’écriture des textes, c’est comme ça aussi. L’important, ce n’est pas ce que tu écris, c’est ce que tu ne dis pas ou que tu n’arrives pas encore à formuler. De cette frustration peut naître l’envie de créer. L’ennui, la frustration, la colère, c’est propice à l’écriture. Après, la proposition que je fais, c’est de transcender tout ça.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans le personnage de mauvais garçon que vous décrivez dans le titre Dérangé ou dans celui de Mauvaise fille ?
Ils sont comme ces gens mystérieux qu’on croise la nuit. On ne sait pas d’où ils sortent, on ne sait pas où ils vont. Mais on les connaît quand même, ils sont un peu universels. Ils sont à la fois chasseurs et traqués, à la fois solitaires et cherchant la compagnie des autres. J’ai senti ces contradictions dans ces personnages. Comme cette Loeiza [un prénom devenu un titre dans l’album Écho ; NDLR] qui se plaint du froid en plein été.

Mais dans le titre Loeiza, c’est un peu vous que vous décrivez, non ?
(Long silence confus) Oui, c’est un peu moi.

Cela dit, est-ce possible pour un homme de s’incarner en femme ?
Surtout en femme ! Pour un homme, les femmes sont plus mystérieuses. C’est Nicolas Ker, le chanteur de Poni Hoax, qui disait dans une interview : "Les hommes sont des chiens, les femmes, ce sont des chats." Ça m’avait fait marrer ! Les hommes, ils font "waf waf", ils remuent la queue quand ils sont contents, ils aboient quand ils ne sont pas contents. Les femmes, c’est plus complexe, sinueux, on ne sait pas trop. C’est ce qui me plaît dans les figures féminines au cinéma, dans la peinture.

Les personnages ont remplacé les villes dont vous parliez dans votre premier disque : Tokyo, Los Angeles, Ljubljana.
C’est vrai qu’il y avait une thématique urbaine dans le premier album. Ici, la toile de fond, c’est Paris, les gens qu’on peut y croiser. Il y a beaucoup de personnes énigmatiques dans Paris. Paris, ça a toujours été une ville où tous les milieux sont brassés. Enfin, ça l’est moins qu’avant, il faut que ça le reste… Mais cette ville peut faire naître des personnages bizarres comme le Hors Humain [un héros imaginé par Yann Minh ; NDLR].

Le Hors Humain, c’est un personnage de fiction ?
Non, il existe dans la vie réelle. Vous ne voyez pas qui c’est ? C’est un mec bizarre qui fait de la corde à sauter sur les toits, qui se déplace dans les égouts. Regardez bien dans Paris, il laisse des pochoirs verts sur les trottoirs, avec une griffe et des aphorismes. Bref, tout ça pour dire qu’il aurait pu être un personnage de l’une de mes chansons.

Votre musique évoque la new wave. À ce titre, on la compare beaucoup à celle d’Étienne Daho ou de Daniel Darc. Vous ont-ils influencé ?
Ils m’ont influencé dans le sens où je les ai beaucoup écoutés. Après, au moment où j’écris, je ne pense pas à ça. Sinon, on n’écrit plus rien ! La question des influences est toujours une question un peu délicate. Je préfère parler de vols plus que d’influences. C’est plus intéressant de voler plutôt que de s’influencer, je pense que même Daniel aurait été d’accord avec moi. S’influencer, c’est une notion assez "square", trop polie. Dans la création, il faut être un peu voyou. La personne qu’on admire, faut la braquer ! La propriété, c’est le vol. Une fois que c’est à nous, c’est à nous (sourire).

Si l’on devait retenir une chose sur la création de cet album ? Ou sur le sens que vous y avez mis ?
Je me suis vraiment efforcé d’être le plus sincère possible. Le sens que j’y ai mis ? Tout est dans la chanson Écho, qui résume l’album. C’est Narcisse qui, au lieu de se regarder dans l’eau, finit par écouter cette nymphe qui lui dit qu’elle est amoureuse de lui. À la fin, il revient vers la voix qui l’appelait. Je suis convaincu qu’on a tous en nous des voix intérieures qui nous appellent vers quelque chose de beau. Et on le sait quand ça arrive. Comme quand on tombe amoureux, on le sait de suite. Il faut écouter ces petites voix. Ce n’est pas le chant des sirènes, ce ne sont pas des voix tentatrices comme chez Ulysse. Je ne suis pas d’accord avec ça ! Au contraire, on le sait quand les gens nous invitent à faire des conneries ou à construire des choses intéressantes.

Lescop Écho (Mercury) 2016

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