Kid Wise, la fin de l’innocence

Kid Wise. © Maeva Benedittini

En anglais ou en français, Kid Wise est un groupe ambitieux. Repartis au charbon avec un nouveau bassiste, les six garçons publient un deuxième album épique. Enregistré dans les studios toulousains, travaillé avec le producteur Antoine Gaillet (M 83, Arman Méliès, Julien Doré), Les vivants affirme leur mélange d’indie pop et de rock progressif. Rencontre chorale avec le chanteur/leader Augustin Charnet, le batteur Léo Faubert et Clément Libes, violoniste de ce groupe d’enfants prodiges.

RFI Musique : En commençant ce deuxième album, aviez-vous une idée de la couleur qu’il allait prendre ?
Augustin Charnet :
Non, la couleur, c’est dur à appréhender ! On avait plutôt des objectifs par rapport aux remarques qu’on nous avait faites sur notre premier album. Il était super long et pour pas mal de gens, difficile à envisager dans sa globalité. Ce qui a été décevant pour nous parce qu’on aime bien faire des choses qui s’écoutent comme un film, du début jusqu’à la fin. Il faisait 1h10, mais en même temps, il s’appelait L’Innocence. Il représentait ça, la liberté et la fougue qu’on avait à l’époque. Cette fois, on a essayé de garder notre énergie sur un format plus condensé, avec une trame qu’on peut trouver si on cherche dans l’album.

En effet, ce disque est construit en deux parties. Que signifient-elles ? On pourrait se dire qu’il y a d’un côté, la vie, et de l’autre, la mort ?
A.C. :
C’est exactement ça, l’album s’appelle Les Vivants ! On peut imaginer une histoire entre deux êtres, dont l’un est proche de la mort. Cela peut être un père avec son enfant ou alors une histoire d’amour, deux amants. La première partie, ce serait le monde des vivants, avec ces quatre morceaux qui vont rapidement à l’essentiel. L’instrumental Le Passage marque la bascule entre les deux mondes : la mort ou l’entrée dans le monde des morts. Dans la seconde partie, on se retrouve alors dans un univers sinueux, jusqu’à ce que ces deux personnes se retrouvent à la fin.

Le morceau Free your mind qui commence cette exploration du monde des morts sonne d’ailleurs comme une libération…
Léo Faubert :
C’est le morceau le plus rock et le plus pêchu. Mais l’ordre des titres s’est fait à la fin, quand on commençait à schématiser l’album.
A.C : C’est peut-être une bascule dans le monde des morts, mais cela peut être une élévation aussi. Ce ne sont pas des morceaux dépressifs, clichés. D’ailleurs, c’est ce que symbolise la pochette de l’album, on peut imaginer un corps en suspension ou en élévation. Chacun peut se faire une réponse en fonction de sa propre perception de la mort.

Une ballade orchestrée comme Red Light est très étonnante, car elle sort du registre dans lequel on vous connaissait jusqu’ici…
Clément Libes :
Il y a aussi cette idée d’avoir un son hybride, à la fois électronique et acoustique. Quand on écoute la production de l’album dans sa globalité, on se rend compte que la première partie est quasi exclusivement électronique. Petit à petit, on passe dans une deuxième partie plus acoustique, plus vivante. Ce qui semble paradoxal, vu qu’on entre dans le monde des morts. Moi, je m’occupe des arrangements dans le groupe. Je voulais marquer ce basculement dans la seconde partie, en remplaçant les nappes de synthés par des nappes de cordes, des sons froids par des sons acoustiques. Augustin avait cette chanson piano/voix assez minimaliste dans sa besace. Pour celui-ci, j’avais envie qu’on soit comme dans une chambre, avec juste un orchestre autour. Même dans la production et le mixage de ce titre, on a réussi à créer un espace d’intimité. Il y a des cordes qui vibrent, des gens qui soufflent dans des tuyaux et cette voix qui te parle directement. C’est important dans l’équilibre d’un album qui est par ailleurs grandiloquent.

On a l’impression que vous assumez plus le fait d’avoir des refrains qui font des "Ooo-Ooo- Oooohhh". Avez-vous mis l’accent sur ces gimmicks ?
L.F. :
Ça, on l’a toujours fait !
C. L. : En définitive, ces gimmicks sont liés à l’aspect pop plus qu’à l’aspect progressif de Kid Wise. Comme cet album est effectivement un peu plus pop et joyeux, je pense que les "Ooo-Ooo-Ooohhh" sont toujours un bon moyen de chanter ensemble.
L. F. : Ce qui est cool, c’est qu’ils représentent aussi les moments de vie qu’on a eus avec le groupe. Quand on est en soirée, que l’on fait les cons autour d’une guitare, ce sont des trucs qu’on peut chanter à six pour s’amuser.
A.C. : Exactement ! On fait une musique vouée à être universelle, pas élitiste. Du coup, on pique plein de choses du langage progressif comme on en pique à la pop. On est aussi des amateurs de gros refrains à la Phoenix ou à la M 83. On a vécu de super beaux moments de festivals, quand les gens commencent à connaître les paroles et chantent avec toi. On aime l’écoute de morceaux complexes, mais aussi le côté fédérateur, la vitalité qui sort de ces moments-là. Donc, on lie les deux en permanence.

Votre musique est régulièrement utilisée par le cinéma, la publicité, ou la télévision. Votre titre Hope a même servi dans le clip de campagne pour la candidature de Paris aux Jeux olympiques de 2024. En tant que musiciens, que vous apporte la musique à l’image ?
A.C. : Tout d’abord, de la visibilité. Tu vas directement toucher les gens chez eux, au cinéma ou dans leur salon. Pour l’instant, ça n’a pas été trop le cas, mais normalement ça rapporte de l’argent. Et puis, tu gagnes en crédibilité. Dès que les gens te voient à la télé, ça les rend dingues ! Après être passé dans l’émission Quotidien, tu pèses plus dans les repas de famille. Même dans les covoiturages, les gens savent qui tu es et ça, c’est vachement bien ! Parce qu’on a passé des années de trouble, à se faire traiter de troubadours. Quand tu dis que tu fais de la musique, on te demande toujours si tu as un métier à côté.  Maintenant, on peut juste dire ce qu’on fait et c’est bon.

Kid Wise Les Vivants (The Wire Records) 2017

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