Malo', le cœur sur deux hémisphères

Malo'. © Andrew Whitton

Le chanteur caennais Malo' sort un second album surprenant où l'anglais et le français s'entremêlent pour porter une parole très autobiographique sur des mélodies pop puissantes. Le chanteur a reçu l'aide de Jean-Louis Aubert et de Charlie Winston pour peaufiner les douze chansons de ce recueil de pop enchantée nommé Be/Être.

Il y a sur la pochette de l'album de Malo' Be/Être, une séparation en diagonal avec un côté en positif pour le "be", et un côté en négatif pour l'"être", en rouge et noir. Ces deux couleurs évoquent justement la douleur, pour Malo', d'avoir grandi loin de sa mère. C'est une quête de sens transformée en quête musicale qui le mène à ses 15 ans en Australie pour retrouver cette maman manquante et mieux revenir à la maison plusieurs années après, le cœur rempli de chansons.

Malo' a soigné ses maux en musique avec une douzaine de titres en anglais et en français et l'aide d'âmes bienfaitrices : l'ingénieure du son et réalisatrice Bénédicte Schmitt et le chanteur Jean-Louis Aubert. L'"Insu" apparaît d'ailleurs en duo sur Qu'avons-nous fait ?. Les deux hommes y confondent leurs univers et leurs voix comme s'ils ne formaient qu'une seule et même personne pour parler des points communs qu'un jeune homme et un homme mûr peuvent avoir. Magique alchimie.

Les références musicales s'entrechoquent dans les chansons de Malo'. Il y a d'abord la pose de voix qui rappelle celle du surdoué Sam Smith. Il y aussi des pans de musique française à forte influence anglo-saxonne qui surgissent hors des morceaux prouvant que Malo' est bien cet enfant de la pop ancré dans son temps.

On imagine des sonorités voisines de Phoenix ou Woodkid pour cette aisance à transformer en hymnes pop scintillants de simples refrains pour Carry On, Liberty ou Let it go. Malo' fait aussi partie d'une famille d'artistes comprenant des noms aussi prestigieux que Raphael ou Cali, des plumes qui visent juste et bien dans leur écriture en français sans cacher une certaine passion pour la pop anglaise.

Malo' fait briller plusieurs facettes de sa personnalité sur ce Be/Être autobiographique écrit entre 18 et 23 ans. Le jeune Malo' jette tout ce qu'il a de plus intime dans ses chansons. Avec une chanson comme I believed, les problèmes liés à l'absence de sa mère sont posés, le mélange des deux langues apporte une clarté et une force et semble effacer toutes les frontières linguistiques et la tension déclenchée par les questions que Malo' pose à l'absente.

En quatre années de travail préparatoire, le Normand a poursuivi son parcours bilingue à dominante anglaise en allant boire quelques pintes dans le Londres de Charlie Winston. De ces échanges amicaux est née une inspiration nouvelle, une force supplémentaire dans l'interprétation du morceau Let it Go coproduit par l'auteur et interprète de Like a Hobo.

Dans son approche culturelle tournée vers l'Australie et la "mère patrie" de ce jeune pays, le Royaume-Uni, Malo' va puiser chez les maîtres. Le jeu de voix sur Where are you peut évoquer à la fois le héros folk des Australiens, Paul Kelly, ou les Beatles. Et il possède surtout cette patine indie classieuse.

On note aussi cette pointe de modernité électro nous menant à de bonnes trouvailles orchestrales minimales sur My Half. Malo' qui avalait des dicos d'anglais plus jeune, pour se rapprocher de sa mère, a réussi à transcender ses émotions en deux langues en allant et venant dans ses souvenirs les plus profondément ancrés. Il a réussi à jouer avec les voix, les nappes musicales de dream pop (Les Rêves) et des rythmes plus secs selon les humeurs des chansons. Travail remarquable de précision pour un artiste de seulement 23 ans.

Malo' Be/Être (Columbia) 2017

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