Girls in Hawaii, la nuit leur appartient

Le groupe belge Girls in Hawaii. © Olivier Donnet

On les avait quittés en plein deuil avec un disque à la beauté élégiaque. Les Girls in Hawaii retrouvent des couleurs sur Nocturne, où la nuit se pare de teintes vives. Même sévèrement débordée, la pop planante belge n’a pas dit son dernier mot. La preuve par un disque et un parcours discrets, mais toujours exemplaires.

Cela commence par un piano, des arpèges de guitare et une longue introduction qui donne l’impression qu’on va parcourir les grands espaces. Les nouvelles aventures de Girls in Hawaii débutent dans une sorte de no man’s land cotonneux, exactement là où le groupe belge nous avait laissé. "Keep your distance from this light". "Éloigne-toi de cette lumière", répètent-ils dans cette première chanson, This Light, annonçant la suite entre les lignes, l’éloignement.

Cette référence à l’hypnose que Lionel Vancauwenberghe et Antoine Wielemans, les deux songwriters du groupe ont pratiquée faute de repos donne le ton d’un album plus léger. Recomposé après Everest, un disque magnifique dans lequel ils portaient le deuil du batteur Denis Wielemens1, c’est un groupe serein qui a abordé Nocturne. Des presque quadragénaires sûrs de leur fait.

Enfants du "post folk"

Girls in Hawaii n’a pas fondamentalement changé puisqu’on retrouve sa pop planante. Il y a bien sûr une parenté avec Radiohead, mais ces garçons qui chantent en anglais ont composé avec des imprévus. "Ce truc dansant qui a été l’invité surprise dès la fin d’Everest. En travaillant sur les machines, en délaissant les guitares au fur et à mesure de l’enregistrement, des teintes de notre enfance sont revenues. On est né en 78, et on a traversé les années 80, enfants", constate Lionel Vancauwenberghe.

Les claviers ont souvent été là en filigrane, mais jamais les Belges n’avaient autant exploré les possibilités de la musique électronique. L’influence de la pop française (Jacno, Étienne Daho...) ou de Depeche Mode est en effet longtemps restée en retrait chez un groupe venu à la musique, adolescent, avec Nirvana ou le "post-folk" en vogue dans les années grunge. Lionel, Antoine et leur bande sont d’ailleurs restés adeptes d’un "do it yourself" profil bas.

Mais la collaboration du producteur Luuk Cox a modifié bien des choses. Le groupe, qui louait des maisons à la campagne pendant de longs mois pour imaginer ses morceaux, a tout enregistré en studio, à La Frette, près de Paris, et aux célèbres ICP de Bruxelles. "À nos débuts, on vénérait le home studio, poursuit Lionel, on avait l’image des grands studios comme d’une pompe à fric. Mais quand on a vu ce qu’on pouvait faire à l’ICP… On a pu arriver plus rapidement à ce qu’on voulait, on a eu accès à plein de claviers. Le studio est vraiment un outil qui tue !"

Une humeur joyeuse

C’est le paradoxe de Nocturne, d’avoir vu le jour à des horaires tout ce qu’il y a de plus conventionnels. Les couches de sons se sont superposées au fil des  enregistrements ; tout est allé très vite. La pochette pleine de couleurs fluo traduit bien cette humeur optimiste. Si on imagine volontiers les "la-la-la-lala-lala-la" du tube Can’t Get You Out Of My Head de Kylie Minogue, sur l’introduction de Walk, la tendance générale est joyeusement pop (Guinea Pig, Indifference, Willow Grove). Mais c’est quand il plane complètement que le groupe belge nous emporte encore une fois...

Aujourd’hui l’une des principales formations pop de son pays, Girls in Hawaii semble tranquillement s’acheminer vers ses 20 ans d’existence. Quel est le secret de leur longévité ? De la constance des garçons originaires de Braine-l’Alleud, en Wallonie ? "On a déjà une chance assez dingue, c’est d’être deux à composer, Antoine et moi, estime Lionel Vancauwenberghe. Je crois qu’on s’est bien entouré. Notre équipe autour est aussi composée de très vieux amis, c’est une famille. Et puis, on n’a pas sorti trop de disques. On n’a pas voulu mettre un grand coup. On est seulement fort à l’écoute de notre rythme naturel, qui est assez lent."

Sur une scène musicale belge aujourd’hui tournée vers les succès massifs du rap (Damso, Roméo Elvis X Le Motel, Hamza, Caballero & JeanJass…),  la pop a encore un rôle à jouer, qu’on se le dise. 

Girls in Hawaii Nocturne (Pias) 2017

Site officiel de Girls in Hawaii
Page Facebook de Girls in Hawaii

1Décédé dans un accident de voiture en 2010, Denis Wielemens était en outre le frère du chanteur Antoine Wielemens.