Pendentif, itinéraire d’une douceur sismique

Le groupe Pendentif. © Paul Rousteau

Cinq ans après son premier album, Mafia douce, qui a connu un joli succès, le groupe Pendentif sort le second, Vertige exhaussé. Plus ambitieux que le précédent, ce second album est aussi plus froid, comme les belles images du clip L’Originel. En dehors de l’art des titres d’album, Pendentif, groupe pop né à Bordeaux, terre de rock, possède un sens inné des mots, des voix et des mélodies.

Dans la famille "groupe pop en français sur des musiques so british", demandons le petit frère : Pendentif… Ce groupe, né en 2009 à Bordeaux, connaît la légitimation des "pros" dès ses débuts : distingué par le magazine Les Inrockuptibles en 2010, lauréat du tremplin SFR Jeunes talents en 2011, Francofolies, Printemps de Bourges, lauréat du FAIR (Fonds d’Aide à l’Initiative Rock) en 2013… "Tout s’est très vite enchaîné, reconnaît Benoît Lambin, ancien des Beaux-Arts, guitariste, auteur, co compositeur et cofondateur du groupe. Nous n’étions pas trop prêts, mais nous ne nous sommes pas posé de questions."

La genèse de Pendentif est peu commune, à commencer par sa diversité géographique : "Notre batteur, Jonathan Lamarque, habite Royan, notre chanteuse, Julia Jean-Baptiste, Paris, s’amuse Benoît. Heureusement Mathieu Vincent, le bassiste, et moi, nous vivons à Bordeaux." Et c’est à Reims qu’est né Benoît : "Mes parents écoutaient Polnareff, qui m’a beaucoup influencé par ses chants aériens : Holidays Puis sont venus Daho, Françoise Hardy, Souchon, Berger, Chédid… D’où l’importance de textes en français. Il y a un défi à faire entrer nos mots dans des mélodies anglo-saxonnes : les mots anglais sont plus courts. Nous n’étions pas nombreux à le tenter en 2009."

Autre caractéristique insolite, les quatre inventeurs de Pendentif n’avaient, à l’origine, aucun projet commun : "Nous avions chacun notre home studio, précise Benoît. Nous nous connaissions un peu, composions de la musique pour le plaisir. Chacun de son côté. Un jour, sur un titre, nous avons décidé de demander à Cindy Callède de chanter. Nous aimions beaucoup les voix fragiles, comme celles d’Elli et Jacno. Et ça a donné Pendentif, le titre…"

S’ensuivront les succès que l’on sait, et c’est en 2013 que sort le premier album de Pendentif, Mafia douce. Pop acidulée, voix sensuelle, guitares et rythmes brit’ à gogo : gros succès, à travers des titres comme Embrasse-moi ou Mafia douce. Premier accroc : Cindy Callède craque lors de la tournée 2013 et plante le groupe. "Heureusement, explique Benoît, nous avions rencontré Julia, qui venait nous voir à nos concerts. Nous l’avons engagée et elle a tout de suite assuré…"

Pour son second album, Vertige exhaussé, Pendentif a donc changé de voix – et d’atmosphère. La voix plus froide, plus éthérée, de Julia Jean-Baptiste avait sans doute besoin d’un écrin moins sautillant, d’une électro pop plus désincarnée. "Moins bubble gum, sourit Benoît. Nous avions envie de mélanger toutes nos influences contemporaines, de dépasser le revival pop 80’s, tout en gardant le groove mélancolique. J’ai beaucoup écouté Sade Adu… Nous voulions quelque chose de très doux."

Mission accomplie avec L’Au-delà, au texte fort et tragique ("Ma préférée, avoue Benoît. Je pensais aux passions dévorantes, à L’Atalante de Jean Vigo…"), ou encore avec La Couleuvre, au texte doucement subversif sur une bossa synthétique. Sans oublier Bleu cobalt, plus rentre-dedans… Paradoxe ? Vertige exhaussé se termine par ces mots : "Je veux juste un séisme". Le Pendentif nouveau a sans doute inventé la douceur sismique.

Pendentif Vertige exhaussé ([PIAS]/ Le Label) 2018

Page Facebook de Pendentif