Her, à la vie, à l’amour

Victor Solf de la formation Her. © Julot Bandit

"Ça sonne anglais mais c’est français", dit une campagne de publicité qui les met en scène. Porté par le seul chanteur Victor Solf, Her mêle la soul à la musique électronique. En pleine tournée marathon, évocation de ce duo qui a vu son existence bouleversée l’été dernier, par la mort de sa moitié, le chanteur/guitariste Simon Carpentier.

Ce jour de la fin avril, Victor Solf est en pleines répétitions pour son concert de l’Olympia prévu le lendemain. Au téléphone, il écourtera donc la conversation afin de rejoindre ses camarades de jeu. Il faut dire à sa décharge qu’évoquer son groupe, Her, n’a rien de tout à fait anodin pour le chanteur et clavier. À chaque fois, c’est se confronter invariablement à la mort de Simon Carpentier, survenue le 13 août 2017, à l’âge de 27 ans, des suites d’un cancer.

Le multi-instrumentiste était l’autre voix de Her (ne pas confondre avec Air) et il était surtout bien plus qu’"un frère d’armes" pour Victor. Il suffisait de rencontrer ces deux garçons ensemble pour comprendre à quel point ils étaient complices. L’histoire avait débuté au lycée Emile-Zola de Rennes avec le groupe, The Popopopops. Rapidement repéré, cette formation qui devait son nom au Seine-Saint-Denis style de NTM, s’était retrouvée sur la scène des TransMusicales.

Des hommes féministes

"C’était un peu notre laboratoire. On a fait de la pop, on a aussi commencé à toucher au hip hop. C’est grâce aux Popopopops qu’on a appris beaucoup de choses sur les méthodes de production, sur la façon dont on voulait travailler", raconte aujourd’hui Victor Solf. Lorsqu’ils forment Her en 2015, les deux musiciens "font des choix" et se concentrent sur une pop minimaliste, imprégnée de soul music. Influencés par les grands musiciens, dont Marvin Gaye, Otis Redding, Ray Charles, ils ne délaissent pas la musique électronique.

C’est sur scène, habillés en costumes trois-pièces, que nos soulmen partagent les chansons qui paraissent au fil de ses Her Tape. Ces EP et ces lives donnent de la chair à un duo de chanteurs/multi-instrumentistes qui célèbre les femmes et se dit volontiers féministe. Lorsque Her publie le clip de son tube Five Minutes, son introduction dit : "La femme n’existe pas, mais il y a des femmes. Pas une seule femme ne peut représenter la femme. Pour la dire toute, il faudrait toutes les femmes."

"Mal à l’aise avec les modes", le duo ne se voit pas pour autant être porte-parole de cette cause. "Pour nous, c’était très important de considérer le féminisme dans une définition simple, poursuit Victor Solf. L’égalité entre les hommes et les femmes, autant dans la vie professionnelle que dans l’intimité. Je pense qu’en France, il y a encore beaucoup de chemin à faire. La plupart des postes à responsabilités sont quasi exclusivement réservés aux hommes. C’est ce qu’on voit dans la musique, et c’est dommage !"

Tourné vers l’espoir

L’album éponyme qui paraît aujourd’hui témoigne du chemin parcouru jusqu’à présent par Her. Achevé après le décès de Simon Carpentier, il a été vécu comme un "devoir" par son autre chanteur qui met un point d’honneur à mener l’aventure le plus loin possible. C’est cette ombre portée et une grande pudeur qui rendent son écoute très émouvante.

"Pour moi, l’absence de Simon ne se ressent pas. Si on la ressent, c’est que j’ai raté mon coup, poursuit Victor Solf. Ce disque est porté vers l’espoir, vers la vie et en particulier, celle de Simon. C’est à travers ce thème qu’on évoque la féminité, la sensualité, et l’amour. Ce sont des émotions très positives. Ce n’est pas un album hommage, pas du tout ! C’est notre histoire, la mienne et celle de Simon."

Si la plupart des paroles sont en anglais, l’apparition du rappeur belge Roméo Elvis ajoute une touche de français sur On & On. Le paradoxe est que cette génération bien connectée dit sa défiance envers des réseaux sociaux qui ont largement été le relais de sa musique jusqu’ici. On retrouve sinon, les ballades qui ont fait la réputation du duo (Quite like, Blossom roses) et sa marque de fabrique : des lignes de basse sensuelles, des claps et une grande douceur.

C’est ce r'n'b moderne que porte le solaire Victor Solf dans la tournée qui vient de le mener aux États-Unis. À propos de ces concerts, il note : "Ce sont des émotions qui sont très contraires. D’un côté, ça m’apporte énormément de bien, parce que cela me permet de partager notre travail et notre philosophie. Il y a beaucoup de bienveillance de la part de nos fans et je sais que c’est compris. Et d’un autre côté, c’est triste parce que cela me rappelle à chaque concert que, voilà, j’ai perdu mon meilleur ami. Mais j’essaye d’en tirer le positif : cette communion que je peux avoir avec le public."

Her Her (Barclay) 2018

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