Les paysages éclectiques de Synapson

Synapson © Pierre Cazenave

Avec Super 8, le duo Synapson, composé de Paul et Alex, confirme leur voie : une électro joyeuse et éclectique, ouverte aux quatre vents. 

En 2015, le disque Convergences, bombe électro-house, ouvrait pour ses auteurs, le duo Synapson, Alex et Paul, l'ère de tous les succès. Les deux compères, hissés au rang de nouveaux héros de la French touch, ont depuis réalisé plusieurs tours du monde pour prêcher leur bonne parole musicale, assuré plus de 200 concerts en un an – Vieilles Charrues, Printemps de Bourges, Solidays, Zénith, etc. Quant à leurs tubes, Fireball ou All in you, ils se sont directement classés au sommet des tops Itunes dans de nombreux pays. 

Une success story, pour ces deux amis de vacances, qui bidouillaient des sons depuis leurs chambres, et parlaient "musique" dès l’âge tendre ? A la sortie de leur deuxième opus, Super 8, les deux gardent la tête froide et la cool attitude. Tranquilles. "On roule au diesel. Au début du projet, on empruntait des sentiers, ça avançait lentement, puis on a décollé. Mais comme ça fait neuf ans, que je ne fais que ça de mes journées – composer –, j’ai plutôt l’impression que nous avons franchi toutes les étapes nécessaires. Certes, mes grands-parents m’appellent maintenant quand on passe à la télé. Mais pour le reste, rien n’a changé. On suit notre voie", explique Paul. "Disons qu’on a ouvert notre musique sur un public élargi, moins digger, confirme Alex. Surtout, on a beaucoup appris. On s’est professionnalisés. Auparavant, la musique épousait uniquement les courbes du plaisir. Maintenant, on aborde le côté 'gestion' du business. Nous sommes moins 'chiens fous', ça se ressent dans notre musique". 

Une curiosité insatiable

À quelques nuances près, donc, les gars sont restés les mêmes. Assoiffés de sons tous azimuts, ils dialoguent en ping-pong sur leurs obsessions du moment, selon la vibe qui les porte : musiques cubaines, brésiliennes, africaines, soul. Cet éclectisme musical, cette curiosité insatiable les porte, dans leur titre Djon Maya Maï (2014), à remixer le blues si touchant de feu le chanteur burkinabé Victor Démé. "C’est simple, la musique qu’on écoute le moins, c’est l’électro", résume, en rigolant, Alex. 

À la composition sur ordinateur, les deux protagonistes préfèrent d’ailleurs la chaleur ludique des instruments sous les doigts. Lorsqu’il égrène le nom de ses joujoux aux noms barbares, le regard d’Alex s’éclaire de lueurs gourmandes : un Moog Little Phatty, un Reface CP Yamaha, un Korg Minilogue ou un Moog. Les deux complices écoutent, se nourrissent, s’inspirent, digèrent, dansent et inventent la musique qui leur ressemble. Alex explique : "Certains composent de la musique qui répond point par point aux codes actuels. Nous, on a l’impression, de rester fidèle à nous-mêmes, hors temps, sans opportunisme. Et nous créons tout, de A à Z : garanti sans samples." 

Pour ce deuxième disque, ils avaient récolté une moisson d’une cinquantaine de titres, qu’ils ont resserrés en une playlist d’une grosse dizaine de morceaux. Pour la première fois, cependant, ils s’étaient fixé une ligne directrice, un "cahier des charges" : "On s’était donné un thème, une trame, une couleur de sons, moins formatés, plus doux", raconte Paul. Alex ajoute : "Loin du son hyper clean de Convergences, on voulait en effet un truc qui transpire, qui suinte un peu plus, simuler une atmosphère à l’ancienne, vieillotte, un peu comme le grain de la Super 8, première caméra amateur, pour immortaliser ses vacances". 

Couleur sépia et featuring

Dans ce décor sépia pour bambins en culottes courtes, les deux larrons convient une ribambelle d’invités : tous les chanteurs. "Tous ces artistes nous ont été présentés par notre maison de disque ou notre éditeur. Ou alors ce sont des potes, explique Alex. Ils répondaient tous à des timbres qu’on recherchait.""C’était la grosse teuf lors de l’enregistrement dans les studios Metropolis à Londres : un melting pot d’énergies incroyable !", s’exclame Paul. 

Ces multiples couleurs, ces convives, donnent au disque son incroyable éclectisme. Un feu d’artifice d’influences : afro-urbaines sur le titre Souba avec le chanteur sénégalais Lass ; cabaret funky avec L Marshall sur All the way down ; disco fluo sur Hide Away, feat. Holly ; hip hop groovy avec Beat Assaillant (The meetup) ; poétique, frenchy et aquatique sur Ce que l’on veut par Tim Dup ; suave et ondulant avec Mai Lan (So long), etc.  

Cet éventail représente bien leur démarche et leurs goûts multiples, solidement ancrés dans leurs temps. "En fait, ce disque pourrait être une compil", affirment les deux. Un truc dans l’air du temps. "Quand on était au lycée, la musique, c’était un truc davantage sectaire, un signe de reconnaissance de tribus hermétiques – rock, rap, grunge, etc. Nous, on est nés avec la fin de ce mode de consommation de la musique. On fonctionne en titres, en streaming, nos oreilles s’ouvrent aux quatre vents. Pour autant, le disque nous permet toujours d’ouvrir un nouvel univers, un chapitre que nous pouvons ensuite clôturer", disent-ils. Une galette aux sillons variés, en somme, sur lesquels l’auditeur gambade joyeusement. 

Synapson Super 8 (Parlophone) 2018

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