Tahiti 80, à la recherche de la pop parfaite

Le groupe Tahiti 80 sort un 8e album intitulé "The Sunsh!ne Beat Vol.1". © Sylvain Marchand

Après 20 ans d’existence, le groupe originaire de Normandie est toujours en quête d’idéal pop. The Sunsh!ne Beat Vol.1, son septième album se présente comme une compilation de chansons entraînantes et ensoleillées. Rencontre avec Xavier Boyer, le chanteur de Tahiti 80.

RFI Musique : The Sunsh!ne Beat Vol.1, drôle de titre d’album…
Xavier Boyer : C’est un mélange de "sunshine pop" californienne (en gros les Beach Boys) et de beat music (ou mersey beat), un terme des années 1960 qui désignait un mélange de rhythm’n’blues et de rock avec une rythmique appuyée. Il y a aussi une référence au big beat, un style qui revisitait la musique des années 1960 avec des sonorités électroniques. C’est une sorte de définition de Tahiti 80. Le nom de l’album sonne comme celui d’un courant musical ou d’une compilation. Car nous trouvions que les morceaux étaient trop différents les uns des autres. Mais je ne sais pas si cela s’entend… Par exemple, sur Sound Museum, nous avons tenté de donner notre vision de la bubble gum pop, façon Monkees. Earth ressemble peut-être à du Spandau Ballet avec PM Dawn. Natural Reaction a un côté Prince ou Michael Jackson

Comment avez-vous créé cet album ?
C’est un disque que nous avons quasiment élaboré à trois : Médéric, Pedro et moi. (Médéric Gontier et Pedro Resende, NDLR). Nous avions conçu nos derniers disques seuls, histoire de nous affranchir d’autres producteurs. Mais être en autarcie peut être pénible. Pour beaucoup d’artistes, travailler seuls n’est pas un choix, mais une contrainte. Nous avons eu ce luxe de pouvoir faire appel à quelques personnes extérieures. 

Comme Andy Chase, qui était présent dès votre premier album…
Je voulais éviter le travail de ma propre voix sur ordinateur. Au final, Andy a suggéré beaucoup d’idées intéressantes. L’album s’est construit entre Paris, New York et Rouen. Andy venait toutes les 6 semaines en France. Nous avons également fait appel à un ancien collaborateur de Tahiti 80, Tony Lash, qui a travaillé avec Elliott Smith. Il a mixé notre album à Portland. 

Quels sont les thèmes de vos chansons ?
Il y a notamment le côté artificiel à s’inventer des vies sur les réseaux. Let me be your story évoque ce que l’on veut bien montrer aux autres, en référence aux stories d’Instagram ou Snapchat. Sur Sound Museum, je parle de musique, de mixtapes, j’imagine le nouveau petit ami d’une ex-compagne qui écouterait des disques que je détestais. Nous avions la volonté d’être assez directs, tant dans les mélodies, que dans les suites d’accords ou dans les paroles. Une certaine nostalgie traverse aussi nos textes : qu’aurions-nous changé dans nos vies ? Avons-nous des regrets ? 

Tahiti 80 a vingt ans d’existence. Quel est le secret de cette longévité ?
C’est sûrement dû à notre succès, un succès qui n’a pas été énorme. Il nous a permis de ne faire que de la musique, tout en nous laissant assez libres. Personne ne nous a rien imposé. Certains groupes à succès qui jouent dans des stades doivent composer pour les stades, comme Coldplay, devenu prisonnier d’un son et d’une économie. Beaucoup de groupes doivent répondre aux attentes de leur public. Phoenix maîtrise bien ces contraintes. Nous avons eu du succès, mais pas assez pour que cela dicte nos choix de carrières. Nous sommes toujours en quête de la pop song parfaite. J’ai l’impression que nous n’en avons toujours pas fini avec ce format et cela reste toujours un plaisir. Mais la musique que nous aimons n’est clairement pas le genre dominant actuel…  

L’envie est toujours là ?
Nous recherchons toujours la même évidence pop, mais on ne peut avoir la même innocence qu’il y a 20 ans. Malgré cela, nous gardons le même enthousiasme. 

Avez-vous le même studio à Rouen ?
Notre studio Tahitilab a dû déménager. Une commission de sécurité nous a fait comprendre qu’on ne pouvait pas rester dans un tel "trou à rats". Notre studio est toujours à Rouen, désormais en rez-de-chaussée. Il est plus petit. Cela nous a forcés à structurer davantage nos sessions d’enregistrement.
Nous passons beaucoup de temps devant l’ordinateur à tenter de transformer ce que l’on a enregistré. C’est un peu un défaut actuel. Le questionnement du musicien aujourd’hui : comment exister alors que tant de musique a déjà été créée ? Exister aussi face à des mouvements musicaux très radicaux comme le hip hop ou le r'n'b. Mais la pop est un format suffisamment large pour ne pas s’y enfermer.

Tahiti 80 The Sunsh!ne Beat Vol.1 (Human Sounds) 2018

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