Shaka Ponk: théorie et pratique de l’évolution

Le groupe de rock Shaka Ponk. © Denis Rouvre

Ils ont éclairé la soirée, déjà exceptionnelle, des 25 ans de Taratata sur France 2. Les Shaka Ponk comme, avant eux, les Red Hot Chili Peppers sont, depuis plus de dix ans, l’énergie incarnée. La folle énergie. Leur nouvel album, le sixième, The Evol’, ne va pas démentir cette réputation. Même si ses approches musicales sont plus diverses : punk avec Wata Man, beatlesmaniaque avec Mysterious Ways, éternellement kickboxing pour tout le reste : Gung Ho, On Fire… Les Shaka Ponk ? Indestructibles !

"Déjà six albums depuis 2003 ? Ça fait mal !" Frah, le chanteur bondissant des Shaka Ponk, sourit à moitié. Sam, chanteuse sculpturale et dernière des Amazones, rebondit : "On ne PEUT pas voir le temps passer ! Six albums ? Ce que nous voulons, c’est inventer des morceaux ! Pas spécialement faire un disque." Steve, le clavier, kilt, barbe et carrure assortis, explique : "C’est la première fois que nous faisons comme tous les autres groupes : nous poser pendant deux ans pour produire un album. Nous avions envie de faire ressortir une certaine puissance. Comme dans un concert. On aime bien en rajouter et on l’a fait ! Mais nous nous sommes limités, quand même : pour éviter l’explosion… " Trois rires. Forts. Trois des six Shaka Ponk sont assis sagement dans leur studio parisien. Autour, des guitares électriques à foison, des pédales d’effets, des câbles, des claviers, sous le regard impavide d’innombrables posters.

Frah reprend : "Depuis un an nous avons cessé de composer les morceaux de cet album. C’est ça, sortir un disque… Figer à tout jamais un son, ça nous fait nous réveiller en sueur la nuit (vague sourire)… Il faudrait faire évoluer le concept d’album, inventer une nouvelle dimension, un site associé, où le groupe pourrait upgrader les morceaux en ligne, les faire évoluer." Révolutionnaire !

Dans la musique évolutive qui est celle des Shaka Ponk, l’élément distinctif est, depuis toujours, le jeu énorme de la basse, du genre à briser les verres en cristal de belle-maman : c’est le jeu du bassiste Mandris, encore plus présent, si c’est possible, dans The Evol’. Steve, son grand frère, confirme : "On voit bien sur cet album que nous aimons mélanger les styles. Mais, surtout, nous voulons faire cohabiter le tout avec des fondations solides, donc avec une basse assez costaude." Celles et ceux qui en douteraient doivent d’urgence aller écouter le jerryleelewissime On Fire, ou encore Gung Ho, après ses quarante secondes d’introduction calmes – et trompeuses…

"Gung Ho, explique Frah, est une allusion aux deux caractères chinois qui signifient ‘travailler ensemble’… C’est un symbole de résistance, et de résistance à plusieurs !" Les membres du collectif Shaka Ponk sont en effet marqués par un engagement écologiste et méditatif : Shaka, ou Shakyamuni, est le surnom de Siddharta Gautama, le premier bouddha…

Pas de cases, pas de codes

Il peut cependant sembler difficile, dans la fusion de musique et d’images que l’on connaît, de faire rimer zénitude et violencitude… "Pas du tout ! s’insurge Sam. Nous jouons sur l’énergie, pas sur la violence ! Il y a beaucoup de joie dans notre musique… Comme une rage positive. Une explosion." "Pour nous, la musique, c’est sportif !, confirme Steve, le kilt en bataille. La température qui monte fait ressentir une sorte d’osmose avec les gens qui nous écoutent. Si le clip de Gung Ho est violent, c’est de la violence de dessin animé. Nous nous amusons avec des codes…"

Shaka Ponk, c’est ça : jouer avec les codes, ne surtout pas se mettre dans une case, surprendre. La preuve ? The Evol’ prend une direction étonnante avec l’excellent Mysterious Ways : Shaka Ponk s’y aventure en zone Beatles… « Il paraît, oui, sourit Frah. Sans le faire exprès… Souvent, quand on invente des morceaux un peu classiques, vintage, on a tendance à leur casser la tronche tout de suite. Mais, là, on a voulu rester simple du début jusqu’à la fin. »

Sur d’autres titres de cet album jouissif qui pourraient s’y prêter, l’on se prend à avoir envie de retrouver la voix de Bertrand Cantat, comme ce fut le cas avec l’inoubliable Palabra Mi Amor de 2011 : « Nous avons rencontré Bertrand sur scène, en 2010, au Krakatoa de Bordeaux, précise Sam : il était pote de Guaka, notre première partie, un groupe bordelais et chilien… A la fin du concert il est venu nous dire que ça faisait longtemps qu’il n’avait pas vu des punks (rire)… » Frah conclut : « On s’est revus parce qu’on a des points communs. Après, nous avons co-écrit Palabra. »

Retour vers un passé plus lointain : Berlin. Les Shaka Ponk y ont séjourné de 2004 à 2008. C’est même là-bas qu’ils ont connu un début de célébrité. Pourquoi Berlin ? « Au début, explique Frah, l’esprit culturel français n’allait pas forcément nous ouvrir ses bras. On risquait d’arrêter. Il fallait partir… Nous avons d’abord pensé à Londres, bien sûr. Mais c’était compliqué côté thunes. Une amie nous a dit que Berlin était bien en ce qui concerne les rencontres, la culture, l’ouverture – et les apparts’… » Steve insiste : « Là-bas, c’est la précarité qui nous a réunis. C’était un défi. Une aventure de vie. Ensemble. »

Shaka Ponk The Evol' (Tôt ou Tard) 2017

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