Kery James classé Alix

Kery James. © Fifou

Il est là depuis près de 25 ans, et pourtant il a su rester pertinent. Alors qu’il a démarré sa carrière rapologique à un âge où on mange encore à la cantine du collège, Alix Mathurin alias Kery James a su grandir dans le hip hop et s’affirmer, d’abord avec son groupe Idéal J puis en solo, comme une des plumes les plus puissantes du genre. Son nouvel album Mouhammad Alix est la nouvelle preuve de l’éclectisme de cet artiste complet. Kery James se pose sur un divan pour parler de son actualité, de son album et de son public.

RFI Musique : Kery, tu es un des rares artistes de rap français qui peut se vanter d’avoir une longue carrière. Pourtant, ta route n’a pas toujours été facile…
Kery James :
Quand j’étais en fin de contrat après Ma Vérité, mon deuxième album solo sorti en 2005 qui s’est vendu entre 50 et 75.000 exemplaires, plus aucune maison de disques ne voulait me signer. Ça n’était pas logique, il y avait des artistes qui ne vendaient pas 5.000 disques, mais qui signaient. On me tolère, c’est l’impression que j’ai souvent eue avec les maisons de disques. Je n’ai eu aucune aubaine, j’ai toujours défoncé les portes. La seule chose qu’on m’ait servi sur un plateau, c’est le featuring avec Charles Aznavour. Et ce n’est pas grâce à une maison de disques, mais à Jean-Rachid (manager notamment de Grand Corps Malade, ndlr), qui connait Katia Aznavour. Ça s’est fait comme ça, sinon jamais. Je me suis toujours imposé par ma musique, mon talent, mon public. Sinon je n’aurais pas existé.

Tu as rempli Bercy voilà deux ans pour un show de trois heures. C’est quelque chose que tu aurais pu imaginer quand tu faisais l’Élysée-Montmartre avec Idéal J ?
Non, jamais, mais l’Élysée était plus important que Bercy. L’Élysée-Montmartre, c’était le concert de notre vie (le concert d’Idéal J à l’Élysée-Montmartre en 1999 fut leur dernier, ndlr).

Tu as la chance d’avoir un public assez fidèle…
Quand tu marques l’histoire et que tu as fait des morceaux que les gens considèrent comme des classiques, à un moment ils peuvent accepter que tu te trompes une fois ou deux. Mais le public ne rigole pas, il ne faut pas se tromper trop ! Hardcore 2 c’était une erreur, c’était ridicule même, on ne touche pas à un monument ! (rires) Je ne sais pas ce qui m’a pris. Heureusement, c’est passé plutôt inaperçu.

Tu sors ce nouvel album, Mouhammad Alix, avec ta propre structure après des années dans le circuit des majors du disque…
J’avais déjà monté une boite d’édition, 94 Side Publishing, et j’arrive à un moment de ma carrière où j’ai moins besoin des médias, grâce à internet. Mon précédent album Dernier MC a été fait avec Universal, mais humainement, ça ne s’est pas bien passé. J’ai récupéré mon contrat sur un coup de fil, comme je le raconte dans le morceau N’importe quoi. J’avais le choix, je pouvais essayer de trouver une autre maison de disques, mais qu’on le veuille ou non, on subit une influence quand on en a une. Tu es dans un contexte où tu t’autocensures toi-même. J’ai préféré l’indépendance avec celui-là, mais je ne m’interdis pas de retourner en major dans quelques années. Et puis je ne suis pas hyper attaché au rap. Le rap, je suis tombé dedans quand j’étais petit, à la Obélix, mais ça n’est pas mon combat. Mon combat, ce sont les gens. Le rap, c’est mon arme.

Et le retour de la Mafia K’1 Fry, ce collectif mythique, ça reste possible ?
Oui, mais je ne le ferai pas s’il n’y a pas un film qui va avec.

Musique nègre est un des morceaux phares du nouvel album, avec ses références aux récents propos racistes tenus notamment par Jean-Paul Guerlain et par un candidat aux élections présidentielles…
C’est un morceau important, un morceau fédérateur, avec pas mal de personnalités du rap français dans le clip. Nous sommes trois rappeurs au micro, avec Lino qui est pour moi, un des plus grands lyricistes français. Il a plein de sens cachés dans son couplet. Et comme il y a Youssoupha en plus, c’est une sorte de "dream team" !

On va te voir au théâtre en janvier, c’est l’amorce d’une reconversion ?
En tant qu’acteur, c’est difficile pour moi de trouver des rôles qui peuvent me convenir. Donc j’ai écrit moi-même quelque chose que je pouvais assumer, À Vif. Être un scénariste, ça m’intéresse. Être acteur, tu es juste un outil. Cette pièce, c’est deux élèves avocats qui passent un concours d’éloquence et la question qui leur est posée, c’est "l’état est-il le seul responsable de la situation actuelle des banlieues en France ?" Au jeune Noir venu de banlieue, il est imposé de répondre que l’état n’est pas seul responsable, que les gens de banlieue doivent se prendre en main. Et le jeune Blanc issu des quartiers plus favorisés doit dire que oui, l’état est seul responsable. C’est une joute verbale qui parfois dérive vers des attaques plus personnelles.
 

Kery James Mouhammad Alix (Musicast) 2016

En concert au Zénith de Paris le 30 novembre 2016
Spectacle À vif de et avec Kery James au Théâtre du Rond-Point à Paris du 10 au 22 janvier 2017

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