PNL, un style inimitable

"Dans la légende", l'album de PNL. © DR

L’acronyme PNL, dont la signification est "Peace N'Lovés" est devenu synonyme de succès fou et de révolution rapologique. Apparu voilà moins de deux ans avec la mixtape Que La Famille (QLF, leur slogan), PNL est un duo fraternel composé de Tarik (alias Ademo) et Nabil (alias N.O.S.) venu de la cité des Tarterêts à Corbeil-Essonnes en banlieue parisienne. Décryptage du phénomène.

D’abord repéré par quelques passionnés de rap français, dont le site l'Abcdr du son, PNL sort de l’ombre avec sa vidéo du titre Le Monde ou rien, tournée à Naples, dans la cité de La Scampia, là où fut également filmée la série télé Gomorra. La punchline "Elle m’a pris pour qui, pour Roméo ? Non mais allo ?", fait mouche, et le clip réalisé par Kamerameha atteint en quelques semaines les 20 millions de vues (52 millions au moment où on écrit cet article).

Dès lors, chaque vidéo va créer l’événement avec des tournages exotiques (Islande pour Oh la la, Namibie pour la Vie est belle, Japon pour Tchiki Tchiki) ou au contraire confinés dans les murs de leur cité (Da).

Un duo mutique

Le second album le Monde Chico est celui de la révélation : il est certifié Disque d’or après quelques semaines. Le mystère PNL est amplifié par leur mutisme : refusant toute interview formelle, y compris pour le prestigieux magazine américain The Fader qui les a malgré tout mis en couverture, le groupe se concentre sur sa musique, maximise ses vues en rassemblant tous les clips sur un même support (YouTube) et suscite fantasmes, polémiques, analyses.

Certains complotistes du hip hop prétendent que le duo est téléguidé par Vincent Bolloré, d’autres par Dassault. Les plus imaginatifs affirment même qu’ils n’existent pas, et qu’il s’agit d’une création des illuminatis. Les autres, ceux qui ont été touchés par les paroles et les mélodies "cloud rap" de PNL, savent que derrière ce succès atypique se cache un groupe talentueux qui a littéralement changé le "rap game" et redéfini le genre.

Pourtant, en termes de thématiques, de vocabulaire, de style, PNL pourrait être vu comme un groupe classique : histoires de rue, de "bicrave" (deal de drogue), de prison, de parloirs, de filles faciles, de fringues de luxe, d’ennui suburbain. Ce qui fait la différence, c’est que Tarik et Nabil, contrairement aux autres rappeurs qui traitent des mêmes sujets, ne se vantent pas de leurs méfaits. Ils sont promis à l’enfer et ils le savent. Ce qu’ils font, c’est pour les leurs, parce que leur naissance et leur condition sociale ne leur ont pas donné d’autre choix.

Cette tristesse profonde qui émane de leur musique, bercée de nappes synthétiques et hypnotiques, est devenue leur marque de fabrique. Un morceau comme J’vends ("Pas changé, toujours pas d’amis") ou Loin des hommes ("J’ai pas d’amis (…) L’oseille, la miff, cœur blindé") sont deux exemples parmi d’autres de cette détresse émotionnelle qui a séduit aussi bien le public de la rue que les bobos en quête de sensations fortes. Faute d’avoir une interview, tous les journaux et sites web ont écrit des dissertations plus ou moins réussies sur les lyrics du duo.

Dernier album, Dans la légende

Mais le Monde Chico n’était pas l’apex de la jeune carrière de PNL. Avec Dans la légende, le groupe passe à la vitesse supérieure. Affiches géantes dans le métro parisien et sur le boulevard périphérique, nouveau clip banlieusard (Naha, un million de vues en 12 heures, 12 millions en une semaine) et surtout, un Disque d’or en moins d’une semaine avec 51.957 disques vendus (30.665 en physique, 20.832 en digital), sans compter le streaming. Les chiffres de streaming sont d’ailleurs aussi impressionnants : le record d’écoute de Work de Rihanna (2,6 millions de streams) a été battu par Naha qui comptabilise 3,6 millions de streams. Et les huit titres les plus écoutés en France sur les plateformes digitales sont tous tirés du dernier album de PNL.

Qu’y a-t'il derrière ces chiffres fulgurants ? Un style reconnaissable dès Da, ouverture d’un album qui se conclut seize plages plus loin avec Jusqu’au dernier gramme (plus deux bonus disponibles chacun sur une des deux versions de l’album, Cramés sur la version rose et J’t’haine sur la version orange). "Mes gouttes de sueur ont l’odeur de l’enfer" (Naha), "Je ferai les frais de ce que le très haut décidera" (la Vie est belle), "Plus je me rapproche du sommet, plus j’entends le ciel qui gronde" (Onizuka), "Je n’ai plus peur du noir, je suis rassuré par le violet" (Bené) : l’album regorge de formules choc, de réflexions désabusées sur la vie, d’un cynisme désespéré (surtout dans les textes d’Ademo, dépressifs et sublimes à la fois).

La vulgarité assumée ("Leur victoire a le goût du sperme, ma défaite aura l’odeur du cash" dans Tu sais pas) ne rend pas leurs compositions imperméables aux émotions, et le son plus sophistiqué que celui du précédent album fait glisser ce disque majeur comme un bonbon dont le sucre de l’enrobage n’enlève rien au goût amer. Les deux frères s’imposent avec Dans la légende comme des artistes capables d’avoir une vraie carrière. Un groupe désormais légendaire.

PNL Dans la légende (QLF Records) 2016

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