Le meilleur de Disiz

Disiz la Peste. © Ojoz

Rappeur prolixe, Disiz la Peste revient sur le devant de la scène et propose un album intitulé Pacifique, un album dense et ambitieux, soit 20 titres dont deux produits par le Belge Stromae.

Un album de Sérigne, alias Disiz la Peste, ça n’est pas une mince affaire. Les textes sont souvent complexes, à double sens, plein de références qui échapperont aux moins attentifs ou à ceux qui n’ont pas eu les mêmes lectures que le rappeur.

Qui aura reconnu, entre le titre d’ouverture Radeau et Passage secret (Soma) un extrait du roman dystopique d’Aldous Huxley Le Meilleur des mondes ? Parmi les références plus pop et plus transparentes, il y a cette adaptation rappée du classique d’Alain Souchon Quand J’Serai KO, où le knock out de la VO devient chaos pour Disiz, qui transforme la nostalgie des années 90 de La Souche en un plaidoyer pour la différence et une critique argumentée du jeunisme, car "c’est quand tu veux faire le jeune que tu commences à mal vieillir".

La star cachée de cet album dense (79 minutes) est Stromae, la superstar partie en préretraite microphonique qui se consacre désormais à son nouveau rôle de producteur, et qui apporte sa touche électro-hip-pop à Splash et Compliqué, deux titres importants de cet album qui ne l’est pas moins.

Pas un album facile, hein. Les adeptes du rap fast food pourront d’ailleurs facilement le balayer d’un revers de main, arguant qu’il prend la tête ou qu’il est "intello", un terme susceptible de devenir péjoratif en ces temps troublés où le mépris de l’intelligence devient un atout. "Tu veux me comprendre, vraiment ? Ça va être très, très long. Autant cellophaner un éléphant, ça va être très, très long" explique Disiz dans Compliqué.

Pacifique n’est pourtant pas un album "compliqué", non : c’est surtout un disque ambitieux, de ceux qui ne prennent pas l’auditeur pour un idiot, mais qui ne s’interdit pas pour autant le recours aux techniques à la mode en ces temps de trap. Ainsi les trafics de voix sont-ils la norme dans ces 20 titres, et ce dès le premier, Radeau, autotuné d’une façon originale, puisqu’en lieu et place de la voix robotique à laquelle nous ont habitué les rappeurs français, c’est ici un ralentissement sépulcral que nous propose Disiz pour porter son discours sur l’ère des robots et du big data, les lois de l’attraction et celles du marché, l’océan pacifique et la flemme du samedi soir.

Les invités sont au nombre de deux : le Bruxellois Hamza qui reprend le refrain du classique des NTM feat. Lord Kossity Ma Benz dans Marquises (à ne pas confondre avec Madame La Marquise de Keny Arkana, sorti récemment) et la jeune Margot Guera (déjà entendu avec Disiz sur Bonnie sans Clyde), dans Menteur menteuse.

Bref, Pacifique est l’album adulte d’un artiste qui refuse de prendre ses auditeurs pour des clubbeurs décervelés. Ce qui ne l’empêche pas de conclure avec Autodance, final grandiose qui cite Léon Tolstoï tout en vantant les mérites de l’autodérision. Finement joué, Sérigne.

Disiz la Peste Pacifique (Polydor/Universal Music) 2017

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