Bigflo & Oli, la vie en rap

Bigflo & Oli. © Fifou

Bigflo & Oli, les deux frères rapologiques toulousains confirment l’essai avec La Vraie vie, un second album dense auquel ont collaboré Stromae, JoeyStarr et le rappeur américain Busta Rhymes. Un disque qui fait la part belle aux textes sophistiqués et tourne le dos à la tendance, évitant les punchlines faciles pour se concentrer sur des thématiques éclectiques. Après une tournée de 120 concerts et un disque de platine, un clip épique de 8mn et un live Facebook de 48 heures annonçaient un retour gagnant. Les juniors du rap français livrent leurs sentiments dans cette interview d’une rare sincérité.

RFI musique : Après la sortie de votre premier album La Cour des grands, vous avez beaucoup tourné…
Bigflo : Oui, on a fait des salles de 1500 places à 80% pleines. Et le clou, ça a été le Zénith chez nous à Toulouse, 9000 personnes, une folie. On ne pensait pas que ça arriverait si vite. C'est ce qu’on voulait depuis tout petit. On a été agréablement surpris et en même temps, ça fait flipper.

Quand avez-vous envisagé de travailler sur le toujours difficile second album ?
Bigflo :
On a commencé en mai dernier. On s’était loué une maison à côté de Toulouse, à Montauban, pour écrire.
Oli : Ça a été laborieux au début.
Bigflo : Et on a tout jeté. On a eu une sorte de prise de conscience. On a fait des rencontres qui nous ont pas mal marqués, avec d’autres artistes : Jean Dujardin, Gad Elmaleh, Jamel, des grands pour nous. IAM bien sûr, Orelsan qu’on adore. C’est con à dire, mais on a un peu grandi dans cette période.
Oli : Et puis quand tu termines une tournée, tu ne ressors pas le même.
Bigflo : En septembre dernier, on s’est rendu compte de tout ce qu’on avait fait, on a tout analysé, on a discuté avec les gens et à partir de là, le nom de l’album est arrivé. Les gens qu’on croisait n’arrêtaient pas de nous dire : "Ah c’est génial, ça marche pour vous. Pour nous, c’est la vraie vie ici, la vie normale".
Oli : Ça revenait tout le temps, on avait l’impression que c’était un message qu’on nous faisait passer. Du coup, on est revenus sur des trucs plus simples, dans nos vies à Toulouse, loin des tournées.

Quel a été le plus gros changement pour vous dans ce nouvel album ?
Bigflo : Sur le premier, on s’était beaucoup censurés. On avait aussi l’impression que notre vie personnelle n’intéressait pas les gens. Sur cet album, on parle un peu plus de nous. Musicalement, on s’est autorisé des choses qu’on ne se permettait pas, comme chanter sur les refrains.
Oli : On a toujours aimé ça. Depuis petit, on chante, on a des idées de mélodies. On ne s’autorisait jamais à le faire. Je me souviens que sur le premier album, j’ai trouvé des refrains chantés, et on annulait pour faire des refrains plus basiques. On était un peu sectaires, et on a accepté d’autres regards, d’autres analyses sur notre univers.

Vous êtes vraiment dans le storytelling...
Bigflo
 : C’est ce qu’on préfère, ce qu’on aime faire. Ce qui nous touche le plus.
Oli : Depuis tout petit, on adore ça.
Bigflo : Un Cri court dans la nuit d’IAM, ça m’a vraiment marqué. Les morceaux à thèmes d’Orelsan nous ont beaucoup inspirés, ceux de Youssoupha aussi. C’est vrai que ça ne se fait plus trop, mais j’espère que ça intéresse un peu les gens, quand même !

Votre technique d’écriture à deux a-t-elle évolué ?
Oli
 : Ça n’a pas trop changé. On a jeté beaucoup de morceaux, ce qui ne nous était pas arrivé sur le premier, où on avait beaucoup de vieux titres qu’on voulait mettre. Là, on s’est laissé le temps d’écrire, de trier.
Bigflo : On s’est vraiment plongé dans l’album. Le premier, on l’écrivait à la maison, entre deux parties de FIFA. Il y avait un enjeu pour nous, mais pas d’objectif. C’est pour ça que c’est bizarre, ce deuxième album. Être attendu, c’est nouveau pour nous.
Oli : Ça fait plaisir en même temps, certains morceaux vont être chantés en concert, et ça va nous faire bizarre. Sur le premier album, on ne s’attendait pas à çà. Là, on sait que ça va arriver.
Bigflo : On était très stressés pendant l’enregistrement, on l’est toujours. On est quasiment devenus fous, on était à fond dedans. J’ai failli perdre ma copine à cause de cet album. Une fois on a eu une grosse engueulade, j’ai fait une crise de nerfs au studio. Olivio devait prendre un train deux heures après, et on s’est dit "Vas-y laisse tomber, on fait de la musique, on kiffe". Et en deux heures, c’est le titre Dommage qui est sorti. On y chante comme une libération.

Écoutez-nous qui évoque vos fans, c’est votre Stan (morceau d’Eminem, ndlr) ?
Bigflo : Forcément, on a pensé à cette chanson.
Oli : On est des rappeurs, mais on est aussi des fans de musique. On accorde beaucoup d’importance aux gens qui viennent nous voir, qui nous demandent des photos. Parce qu’on sait ce que c’est. Moi, j’ai attendu plein d’artistes à la fin des concerts. Je me revois parler avec Diam’s que j’avais attendue trois fois pour "gratter" une photo. Maintenant, on est passé de l’autre côté de la barrière, mais on sait ce que ça représente.

Bigflo & Oli La vraie vie (Polydor) 2017

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