Niska, champion du flow

Le rappeur Niska. © Koria

Son nom est à jamais associé au football. Depuis Matuidi Charo, son légendaire morceau consacré à la star du PSG Blaise Matuidi, Niska a aligné les singles et sorti trois projets longue durée : Charo Life en 2015, Zifukoro en 2016 et Commando en septembre 2017, l’aboutissement (provisoire) d’une carrière pavée de hits et de freestyles cumulant une soixantaine de millions de vues rien que pour sa série #KeDuSal, au titre explicite.

Né Stan Dinga Pinto le 6 avril 1994, celui que ses amis surnommaient Stani a "verlantisé" son nom en changeant une lettre ("Nista, ça faisait trop soft alors j’ai mis un K à la place") et s’est lancé dans le son, imposant son nom d’artiste auprès du grand public grâce à sa participation très remarquée au tube de Maître Gims Sapés comme jamais, couronné par une Victoire de la Musique. Depuis ce featuring de prestige, Niska a slalomé entre l’underground et le festif, marquant des points aussi bien auprès de sa base que d’auditeurs venus d’autres horizons.

Nouvelle punchline qui se répand à vitesse grand V sur les réseaux : "Elle fait la go qui connaît pas Charo", la phrase clé de Réseaux, le refrain du titre aux 117 millions de vues sur Youtube qui lui a valu une nouvelle fois la vedette de grosses émissions généralistes. Comme celle de Cyril Hanouna, TPMP, où il fut victime d’incidents techniques dignes de la caméra cachée, ce qui l’empêcha d’interpréter son hit comme prévu mais prouva qu’il avait le sens de l’humour…

Origine : Essonne

"91 c’est Los Angeles", semble affirmer Niska dans Gros bonnets (featuring Madrane). Mais l’analogie américaine est trompeuse : Niska crée en fait un mot-valise, "L’Essonne Gelès". Sous la puissance du flow, quelques subtilités linguistiques que certains auront du mal à repérer derrière la brutalité des instrus et des lyrics. "Quatre-vingt ze-on, on aime trop la violence", balance-t-il dans le très direct Allo Maître Simonard, qui place sous la lumière Arnaud Simonard, "le meilleur avocat du 91" selon lui.

Si Niska représente cette nouvelle génération rapologique qui revendique ses racines africaines en utilisant rythmiques et guitares congolaises, il n’en oublie pas pour autant les anciens du rap français. En duo avec Booba sur Tuba Life, ce dernier fait une référence directe à Hardcore, le légendaire morceau d’Idéal J ("Hardcore, j’entends une réaction de mauvais garçon dans la foule") tandis que Niska déterre le souvenir du tube de l’été 1998 avec un rap à l’ancienne, Yakalelo signé Nomads ("Ma cougar me chante 'Yakalelo').

"Sur mon nouvel album Commando, je veux m’épanouir avec mes propres mélodies, mes propres instrus. (…) Je veux rendre ma musique populaire avec mes propres ingrédients", expliquait Niska au site Yard. Car Niska n’entend pas se couler dans le moule classique des pop stars, même s’il n’exclut pas des participations avec des artistes très populaires tels que David Guetta, à qui il a fait des appels de pied par interview interposé.

En attendant, MHD est invité sur Versus, un des hits en puissance de l’album Commando, mélange énergique de rumba congolaise, d’afro-feeling et de flow banlieusard avec une touche d’autotune et quelques guitares samplées. Plus une référence qui amusera les anciens et les amateurs de musique africaine : le gimmick Marquer le pas, clin d’œil au chanteur Casimir Zoba alias Zao qui interpréta Ancien Combattant en 1984.

Un résumé de tout ce qu’on aime chez Niska, qui ne devrait pas tarder à récolter une nouvelle certification platine pour ce recueil de 16 "bangers" qui résume bien le rap français en cette année 2017 : puissant, technique et marqué par l’Afrique.

Niska Commando (Capitol) 2017

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