Passi, 20 ans de Tentations

Passi. © Andrew Kumi

Apparu sur la scène au début des années 1990 avec le sulfureux (et talentueux) collectif Ministère Ämer, le rappeur Passi, d’origine congolaise, n’a guère tardé à se faire un nom en solo. Avec son premier album Les Tentations, l’homme fort de Sarcelles faisait une proposition artistique inédite, superposant le hardcore du titre Les Flammes Du Mal avec le hit grand public Je Zappe Et Je Mate, faisant la jonction entre Sarcelles et Marseille grâce à la présence d’Akhenaton (du groupe IAM) et apportant un parfum d’Afrique avec L’Union, premier extrait du futur projet panafricain Bisso Na Bisso. Les Tentations se vendra à plus de 500 000 exemplaires. Deux décennies plus tard, ce disque ressort en double CD et édition de luxe, avec beaucoup de faces B, de remixes et de titres rares. L’occasion de tendre le micro à cet old timer de l’âge d’or du rap français.

RFI Musique : Passi, Les Tentations a-t-il été conçu avec la volonté délibérée de faire un disque plus consensuel que ceux du Ministère ?
Passi
: On aimait bien dire que Ministère Ämer, c’était l’armée. Stomy, Hamed Daye, Moda au début, on allait tous dans le même sens et chacun venait pour le message et le but commun. On s’influençait mutuellement, on tapait dans le texte de l’un, on se rectifiait. On a choisi de faire des solos pour exploiter nos idées personnelles. Mon solo, c’était Passi dans son salon en caleçon chaussettes avec sa famille, sans la combinaison militaire. Plus humain.

Le single Je Zappe Et Je Mate a connu un gros succès commercial. Y avait-il pour toi un risque de perte de crédibilité ?
Non, il y avait déjà eu Bouge De Là de MC Solaar, Simple Et Funky d’Alliance Ethnik, et puis il n’y avait pas de refrain chanté. Je décrivais la société, il y avait du fond. Je parlais de notre dépendance au tube cathodique, de l’influence de la télé. C’est pour ça qu’il y avait ce gosse avec la télécommande dans le clip. C’était au moment où aux Etats-Unis, les Disposable Heroes Of Hiphoprisy avaient fait Television, The Drug Of The Nation. On se posait des questions sur l’impact de la télé, c’était un sujet d’actualité. Je suis un enfant de la télé, je me souviens encore de La 5 ! (Rires) Et ce qu’il y avait de différent dans ce single, c’était cette réflexion sur l’impact de la télé dans notre vie de tous les jours.

Les Tentations était-il un disque conçu pour le live ?
J’y pensais, et dès 1998 on a fait une tournée des Zéniths. On avait déjà fait les Francofolies de La Rochelle avec le Ministère, le live était dans nos têtes. Pour mon solo, j’ai été au Canada, j’ai même chanté en Italie. En Afrique, je voyais des albums verts, jaunes, bleus, je les collectionnais, on me les vendait par la fenêtre de la voiture en Côte d’Ivoire, au Sénégal. Même au Maroc j’en ai trouvé, avec des tracklistings différents ! Beaucoup de pirates en plus des 500 000 ventes déclarées.

Le succès est-il venu tout de suite pour l’album ?
C’était le bon moment. Est-ce Que Ça Le Fait, mon duo avec Doc Gynéco inclus sur son album Première Consultation, tournait en radio, Les Flammes Du Mal aussi, l’album était attendu. Le second Ministère, Gynéco, les Nèg’ Marrons, il y avait un mouvement, ma famille musicale commençait à être reconnue, c’était mon tour. On a été disque d’or en trois semaines et ça n’a pas arrêté de monter. V2 était la nouvelle boite de Richard Branson, c’était le nouveau Virgin. J’aurais pu signer chez Sony, Delabel mais ils avaient déjà IAM, Alliance Ethnik, Oxmo Puccino, plein de monde. V2 avait une pure team et je préférais être le premier d’une nouvelle team qu’être le sixième artiste rap d’un autre label. C’était un renouveau pour moi.

Le milieu des années 1990 marque le début de l’irrésistible ascension du rap français auprès du grand public…
Il y avait les Nèg’ Marrons, La Clinique, on se retrouvait chez les uns et les autres, on écrivait, ça rappait. L’époque était à la créativité. Moi je voulais montrer cet autre visage plus westside. On était fans de west coast même si aimait le rap new-yorkais. On était un mélange de Public Enemy et de NWA. Ce que Gynéco a fait avec son album finalisé à Los Angeles avec Ken Kessie ainsi que le son west coast électro de Stomy ont fait que j’ai du marquer ma différence. Donc je me suis un peu newyorkisé. De toute façon, j’étais très fan de Notorious Big. J’ai fait une partie des Tentations en écoutant son album Ready To Die. Comme producteurs j’avais Nasser, Docteur L et Desh mais aussi Akhenaton qui est très New York et m’a apporté cette touche. J’avais un peu bossé sur l’album de Gynéco, avec Mariano Beuve au studio Blackdoor et pendant que les albums des uns et des autres se faisaient, je continuais à peaufiner le mien. Je commençais à trouver mon pole de producteurs. White & Spirit étaient très actifs. Chill m’a invité pour venir bosser à Marseille, je suis parti une quinzaine de jours chez lui. Il avait un studio derrière sa maison, on s’est enfermés et on a fait une vingtaine de maquettes. De retour à Paris j’ai fait poser des gens, je suis reparti à Marseille et on a finalisé une dizaine de titres. Sept morceaux produits par AKH ont été sur l’album.

Passi Les Tentations (Warner Music) 2017

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