Cure de jouvence avec Eddy de Pretto

Eddy de Pretto © Vincent Ducard

Eddy de Pretto frappe au cœur avec son premier album Cure. Ses quinze titres, pleins de passion, réveillent les oreilles endormies par la scène trap omniprésente en y ajoutant de la poésie. Le rappeur de la région parisienne a un vrai talent pour scander les rimes crues, situées quelque part entre les dialogues du regretté Cyril Collard et la plume d'Hervé Guibert.

Après les tempêtes que furent les sorties des premiers opus de Stromae ou de Christine and the Queens, Cure est un troisième "effet kiss-kool". C'est le premier album du jeune Francilien Eddy de Pretto, un artiste venu de Créteil, au sud de Paris. Un quart de siècle sur terre avec sa gueule d’antihéros et voilà le chanteur-acteur sous les projecteurs. Sur Cure, il décapsule des lyrics francs du collier, poétiques juste ce qu'il faut pour adoucir la dureté de certaines lignes écrites entre deux métros de la ligne 8, vite fait, en coup de vent.

Rappeur et gay, il décrit son homosexualité sans tabou, sa relation avec ses parents, critique cette virilité "obligatoire" pour un fils de "footeux" qui conduit des poids lourds. Son flow accidenté, loin des canons du hip hop moderne, se pose sur des beats minimaux, à la manière de Dominique A, période La Fossette. On notera tout de même que ce Cure n'a que faire des coutures encore un peu visibles de sa facture, autre élément de séduction.

La chanson Musique basse conclut un pack de quinze chansons peu gonflées aux effets sonores "testostéronisés". Le chanteur met de la lourdeur dans ses paroles plutôt que dans le son. Le titre Normal raconte l'homophobie, avec de faux-accents de Claude Nougaro, "je suis complètement normal, complètement banal... complètement malade" répète-t-il dans son refrain.

Du vécu, de la souffrance, transformés en carburant artistique, l'effet cathartique est réussi sur une fin de chanson enjolivée par un faux-clavecin. Eddy de Pretto aime les productions  léchées et éthérées d'un de ses mentors Frank Ocean (un des seuls artistes de hip hop américains à avoir effectué son coming-out) mais s'il s'est appuyé sur des beatmakers du "Duc" du rap français, Booba.

Pour autant, le banlieusard évite les boursoufflures et cherche à multiplier les nuances, malgré une récurrence de l'influence trap. Mais ses chansons sont plus monacales que "trap-istes", plus sobres que dans la tendance du moment. Dans Random, Eddy de Pretto dévoile ses conquêtes de nuit prêtes à "accepter de se livrer à tous ses leurres".

Dans Jimmy, le chanteur évoque des conquistadors du cœur qui traversent le périph' pour sauver le narrateur de quelque urgence que ce soit. Le sexe est là, il prend de la place, "dans les tout petits angles où l'on voit que les muqueuses" (Fête de trop). Le tube est sur toutes les radios et pas que celles pour jeunes.

Le banlieusard s'apprête bien à tous les formats, car, comme Stromae, il casse les codes et se place dans un contexte intergénérationnel qui n'a que faire du rangement par genre. De Pretto semble se moquer de l'image qu'il peut renvoyer, posant assis de travers, pour la pochette du disque, devant une boîte à selfie comme s'il n'était pas complètement dupe du cirque médiatique surexploité par les réseaux sociaux.

Sur Facebook, le chanteur vend son titre Ego comme s'il était Kanye West avec une légère pointe d'ironie. Encore un heureux héros du chanteur qui trouve sa place dans ce premier album qui devrait circuler dans toutes les playlists des jeunes Francophones... et de leurs parents.

Eddy de Pretto Cure (Universal Music France) 2018
Site officiel d'Eddy de Pretto
Page Facebook d'Eddy de Pretto
En concert à la Cigale à Paris le 5 avril 2018 puis en tournée.