PNL, de l'ammoniaque dans les bacs

Capture d'écran du clip "À l'ammoniaque" de PNL. © QLF Records

Après le succès phénoménal de l'album Dans la légende, il y a deux ans déjà, le duo PNL vient de donner des nouvelles en sortant un single À l'ammoniaque. Revue de détail. 

Le retour était annoncé depuis plusieurs jours sur les divers comptes des deux frères : un laconique "Ça recommence…" balancé sur un sombre fond de cave éclairée à la lanterne, et les fans qui guettaient la moindre seconde de nouveau son siglé PNL depuis leur long silence (presque deux ans, une éternité en temps réseaux) savaient donc qu’une chanson inédite était dans le four.

Rapide flashback pour ceux qui auraient raté les précédents épisodes : PNL est un duo composé de deux frères, Tarik, alias Ademo, et Nabil, alias N.O.S., basé à Corbeil-Essonnes, cité des Tarterêts, qui a révolutionné le son du rap français avec une musique hypnotisante et langoureuse influencée par l’électronique ambiant sur laquelle ils ont posé des mots parfois crus et souvent nostalgiques, créant en France une nouvelle tendance surnommée "cloud rap".

Souvent imités, jamais égalés, les frères du mystère (aucune interview, pas de freestyles radios, peu de photos) cumulent des centaines de millions de vues avec des clips allant de l’exotisme absolu (Islande, Kenya, Japon) à la réalité quotidienne du quartier (la quadrilogie Naha/Onizuka/Bené/Jusqu’au dernier gramme).

Résultat : leur troisième album, Dans la légende, s’offre le luxe de devenir le premier album de rap français indépendant à être certifié Disque de diamant. Depuis la sortie single de Jusqu’au dernier gramme, l’été dernier, silence radio, et puis ce clip, véritable retour aux fondamentaux signé Kim Chapiron, en tandem avec le usual suspect vidéaste Mess (Kamerameha).

Mais avant l’image, il y a le son. Un son dépouillé comme un cactus en Sibérie, sans beat, avec une guitare hispanisante qui a le blues et des mélodies vocales entêtantes, À l'ammoniaque. Trois beatmakers sont crédités pour ces volutes de son : Sam H, Anaika et Ibo, peu connus et qui ont comme point commun d’avoir tous les trois travaillé avec Lord Esperanza.

On retrouve dans les lyrics et les gimmicks quelques repères : le mantra préféré d’Ademo "Ouais, ouais, ouais", l’utilisation de termes peu usités ("Yemma", soit "maman" en arabe dialectal, déjà entendu dans les chansons Kratos et Bené) et des références de N.O.S. à la jungle ("Pourquoi petite fleur a fané, elle était belle loin de la jungle/, Mais bon la jungle l’a attrapée") ainsi qu’à la famille ("Mais je n’ai d’yeux que pour ma famille").

Première impression : l’envie d’en avoir une deuxième, et le repeat instantané pour saisir le fond du propos. La tristesse intrinsèque de ce titre sans colonne vertébrale le rapproche d’un Bang Bang (My Baby Shot Me Down), le morceau écrit en 1966 par Sonny Bono que popularisèrent Cher et Nancy Sinatra.

Les images fortes convoquées par les deux rappeurs renouent avec la tradition du "micro caméra", jadis employée sur des titres comme The Message de Grandmaster Flash & The Furious Five. Des éclats de vie ("Je crois que personne ne vit sans regrets/ Nous, on est tout le contraire de Piaf"), des images fortes ("J’aimerais leur tendre la main, mais ces sauvages me la couperaient"), des analogies assassines ("Je remplace centimes par sentiments") et une nouvelle expression de ce nihilisme combatif, ce goût de la revanche né de l’indifférence : "Devenir quelqu’un pour exister/ Car personne nous a invité/ Donc on est venus pour tout niquer".

Au final, toujours la même rengaine entre haine et fatalisme ("L’histoire sera courte à mon avis/ Comme la dernière phrase de ma vie/ J’tirerai en l’air, j’dirai 'Tant pis'". Il est bien là, le génie de PNL : donner l’impression de répéter la même chose tout en innovant.

Visuellement, le travail des réalisateurs est remarquable, avec en guise d’originalité un plan où Ademo sourit (rarissime) et une vision himalayesque d’un paradis banlieusard blanc, avec la porte de leur bâtiment (le N° 27, d’où la théorie d’une sortie d’album le 27 juillet, pour les complotistes qui ont la gamberge) envahie par une poudre floconneuse évoquant cette substance qui se coupe "à l’ammoniaque", la cocaïne.

Résultat provisoire : presque 10 millions de vues en 3 jours, et plus d’amour que de haine dans les commentaires. PNL est de retour, et les quelques secondes musclées d’un autre morceau posé à la fin du clip sont là pour rassurer ceux qui attendent la suite. Cette fois c’est sûr : ça recommence.

PNL À l'ammoniaque (QLF) 2018

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