Oxmo Puccino, poétiseur de mots

Oxmo Puccino à Crozon en 2016. © AFP/Loic Venance

Vingt ans déjà que l’album Opéra Puccino a vu le jour, auréolé depuis du statut mérité de "classique du rap français". Depuis ce coup d’essai qui était un coup de maitre, Monsieur Puccino a élargi son champ des possibles, sortant des sentiers battus du rap d’ici dès son second album L’Amour est mort en passant par son projet sur le label Blue Note (Lipopette Bar), et allant même plus loin en participant à un opéra (un vrai !) dont il a écrit le prologue, à Limoges. Pour fêter dignement la double décennie de l’album qui contenait son chef-d’œuvre L’Enfant seul, Ox’ passe deux soirs à l’Olympia entouré de ceux qui ont participé à l’album (DJ Mars, DJ Seq, Lino d’Ärsenik, etc). Et nous livre ses souvenirs de ce disque qui a bercé la fin des années 1990.

RFI Musique : Oxmo, comment vous présenter, plus de 20 ans après vos débuts dans le rap game ?
Oxmo Puccino
: Je me définis comme un poétiseur. J’écris, je chante, je compose un peu et par-dessus tout ça, j’interprète.

Vous aimez vous présenter comme un raconteur d’histoires...
J’essaie de suivre cette règle : introduction/développement/conclusion, une formule qui marche assez bien dont on peut jouer quelquefois, par exemple en commençant par la fin du morceau, comme je l’ai fait sur L’Effet réel. J’ai remarqué que les idées passaient quelquefois mieux quand on racontait une histoire. Donc, j’en ai fait ma marque de fabrique.

On fête les 20 ans de votre premier album Opéra Puccino. Ça représente quoi pour vous ?
Ça représente le début de ce qui est devenu une carrière, un album sorti au siècle dernier, avant tous ces moyens technologiques qu’on peut utiliser pour faire de la musique aujourd’hui, à une époque où on prenait son temps pour faire un disque. J’ai eu deux ans pour l’écrire, c’est sorti avant le streaming, une époque où on écoutait les disques assez longtemps, c’est pour ça qu’il a mis huit ans à vendre 100 000 albums et être certifié disque d’or (soit 100 000 exemplaires à l’époque contre 50 000 aujourd’hui, ndlr). C’est un album empreint de son époque.

La longévité de votre carrière est une chose assez rare dans le rap…
Il y a, je pense, une grande part de destin, parce que pour moi, ce qu’on appelle la réussite est une sorte d’accident qui arrive toujours quand vous travaillez. Je ne peux pas parler pour les autres artistes, mais je crois que le travail peut vous amener une certaine reconnaissance. Pour ma part, je me suis ouvert très vite à d’autres musiques. Après le premier album, j’ai commencé à écrire pour des artistes qui chantaient dans la variété et j’ai fini par sortir un quatrième album de jazz chez Blue Note. En plus, j’ai très vite travaillé avec des artistes d’horizons divers sur des projets complètement fous, sans hésitation. Donc si j’ai duré, c’est parce que j’étais bien entouré et que j’ai eu la chance de rester moi-même, avec beaucoup de travail.

Vous avez été un des premiers rappeurs à travailler avec des artistes de variété, comme Benjamin Biolay, Florent Pagny et Alizée. Quelles ont été les réactions ?
Comme tous les précurseurs, on est mal vu, totalement incompris ou les deux. J’ai souvent fait ce que je voulais, et le temps a révélé qu’une expérience n’était pas une erreur. Et puis ça a fini par devenir commun. Parfois, j’ai l’impression de devoir me justifier. "Est-ce que tu fais du rap ?", "Pourquoi des instruments ?" Des choses qui ne me concernent pas forcément. Moi j’ai chanté sur mon deuxième album, ça a été très mal vu de tout le monde, mais c’est ce que je voulais faire, et j’ai toujours gardé ces mélodies-là. Ça a fini par être à la mode, mais à ce moment-là, on n’en parle plus. C’est assez dangereux d’être un précurseur.

Le joyau de votre premier album, c’est la chanson L’Enfant seul
Moi, je suis un enfant des années 1980, et je suis quelqu’un qui est toujours de son époque. Pour moi, L’Enfant seul, j’ai du mal à le voir comme un morceau rap. C’est ce qu’on m’a reproché à l’époque de ne pas avoir fait du rap formaté. C’est un morceau entre la chanson française et le rap, aussi bien au niveau musical, rythmique que thématique. Je suis certain que partager des émotions intimes qu’on arrive à exprimer d’une manière compréhensible permet de faire se rendre compte à beaucoup de gens peinés qu’ils ne sont pas seuls au monde. Et donc quand j’ai écrit sur un sujet qui n’avait jamais été traité à l’époque, d’autant plus rappé… Et j’y tenais parce que je m’étais dit qu’en parler, ça pouvait atténuer certaines choses. C’est la magie de l’écriture.

Le rap des années 2010 est moins militant et plus mélodique que celui des années 1990. Qu’est-ce que ça vous évoque ?
Ça m’évoque une certaine liberté de faire. On en arrive au point où on peut faire n’importe quoi et si c’est amené avec une certaine attitude, on appellera ça du rap, tout simplement. Mais ça n’est plus le propos, c’est juste de la musique et des gens qui chantent. Le rap, c’est la chanson d’aujourd’hui, c’est pour ça que je dis que le rap, c’est fini. Le rap tel qu’on l’a connu obéissait à des codes, c’est ce qui définit un genre. Et le rap n’a plus vraiment de codes, un chanteur ou un comédien peut être rappeur, c’est une manière comme une autre de se mettre en évidence. Quand on entend parler d’un rappeur aujourd’hui, c’est plus pour son image que pour ses paroles.

Donc vous êtes d’accord avec Maître Gims qui dit que le rap, c’est la nouvelle variété ?
Tout à fait d’accord, il est bien placé pour le savoir !

Votre nouvel album, il sortira quand ?
C’est pour début 2019. Il sera sombre et festif. Vous allez danser en réfléchissant ! (rires) Il y aura peut-être un single avant l’été, on y travaille. On a l’embarras du choix, c’est la difficulté.

En concert à l'Olympia à Paris les 28 et 29 juin 2018
Oxmo Puccino Coffret collector Opéra Puccino (Time Bomb/Believe) 2018

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