Festival d’été de Québec, le rap aux premières loges

Le rappeur québécois Loud au Festival d'été de Québec 2018. © RFI/Marie-Hélène Mello

Entamée le 5 juillet, la 51e édition du plus grand festival musical de Québec se poursuit jusqu’à dimanche prochain. Retour sur un premier week-end marqué par le hip hop, au cours duquel l’artiste montréalais Loud a confirmé son "année record".

Parcourir l’ensemble du territoire investi par le Festival d’été de Québec (FÉQ) en une soirée relève du défi : l’événement propose en simultané plusieurs concerts de toutes tailles, sur de nombreuses scènes intérieures et extérieures dans deux principaux secteurs de la ville. Les fans doivent faire des choix souvent difficiles, et arriver plusieurs heures d’avance pour ne pas rater leur idole – qu’il s’agisse d’une vedette planétaire (de type Beck, Foo Fighters, Lorde, Femi Kuti…) ou d’un artiste du Québec (Patrice Michaud, Charlotte Cardin, Galaxie…).

Des géants sur les Plaines d’Abraham

Il faut donc s’armer de patience en bravant des foules parfois monstres, la plus grande scène – celle installée sur les historiques Plaines d’Abraham – pouvant accueillir jusqu’à 90 000 spectateurs. Et le festival prend bien soin d’y présenter, en alternance, des musiques qui parlent à différentes générations.

Ce "choc" des groupes d’âge était à nouveau très perceptible en ce premier week-end : tandis que les festivaliers de 60 ans et plus s’étaient déplacés pour voir les légendaires Jethro Tull et Neil Young, par exemple, la jeunesse affluait chaque soir, à peine quelques centaines de mètres plus loin, pour applaudir ses créateurs électro et hip hop préférés. (Les plus petites scènes n’étaient pas en reste, présentant entre autres les Québécois Random Recipe, KenLo, Geoffroy et Men I Trust).

Fait rare cette année : des trois plus grands spectacles du week-end d’ouverture, deux étaient destinés à un plus jeune public. D’abord jeudi, une soirée très courue a été menée par Chromeo et The Weeknd. L’affluence, sous un climat plus que tropical, était impressionnante, mais elle a toutefois été surpassée samedi par un second gigantesque événement rap piloté par les stars américaines Lil Yachty et Future. Et c’est le rappeur québécois Loud qui a mis la table pour ces deux géants avec une solide assurance, devant une mer de monde absolument extatique.

© RFI/Marie-Hélène Mello
Le festival d'été de Québec a commencé sa 51e édition le 5 juillet 2018.

 

2018 : l’avènement de Loud et l’essor du hip hop local

Révélé il y a quelques années au sein de la formation Loud Lary Ajust (LLA), Loud fracasse en ce moment les barrières qui empêchaient le hip hop indé de connaître un réel succès commercial au Québec. En avril 2017, son mini album New Phone préfigurait déjà l'extraordinaire réception de son premier effort solo complet, Une année record, qui a fait l’effet d’une bombe à peine quelques mois plus tard.

C’est à tous les grands titres de ces deux parutions qu’ont eu droit les festivaliers massés sur les Plaines d’Abraham samedi soir. Loud était l’artiste local tout indiqué pour précéder ce Lil Yachty tant attendu – et sa performance généreuse, maîtrisée et chaudement acclamée a même, à bien des égards, surpassé celle de ce dernier. Reconnu pour ses textes lucides et son flow désinvolte, le rappeur québécois a ouvert le bal avec les trois premières chansons de son populaire disque (So far so good, Nouveaux riches, Hell what a view), qui oscille entre le français et l’anglais, combinant souvent les deux.

Bondissant, dansant et animant la foule avec la confiance d’un artiste de long parcours, même s’il n’en est qu’à ses débuts, Loud a pris soin de souligner maintes fois la précieuse contribution de son producteur, le gentleman Ajust, présent derrière lui sur scène. Un acolyte de longue date à qui Loud a attribué la création de "tout ce qu’il a accompli de pertinent" jusqu’à maintenant. La belle complicité entre le DJ et le MC était palpable tout au long de la performance.

Puis, le spectacle s’est interrompu pour un instant, tandis que l’équipe de management de Loud montait sur scène pour le féliciter et lui remettre avec émotion une plaque bien spéciale commémorant son obtention du premier numéro un radiophonique pour un titre de hip hop francophone au Québec. Un honneur majeur pour le jeune artiste, mais aussi pour l’ensemble du hip hop québécois, trop longtemps boudé par les radiodiffuseurs.

La fameuse chanson, Toutes les femmes savent danser, a bien entendu secoué les Plaines ; c’était le point culminant du concert. Loud a continué de mener la fête pendant une bonne heure, rappant devant des spectateurs qui connaissaient par cœur toutes les paroles d’Une année record. Il a livré le gigantesque hit 56K, extrait de New Phone, avant de tirer sa révérence à une foule complètement surchauffée.

Au cours des prochains mois, Loud – qui a récemment annoncé une entente de diffusion européenne pour ses parutions futures – présentera plusieurs concerts en France et en Belgique. S’il aime bien se moquer des artistes québécois qui travestissent ce qu’ils font pour réussir en France ("Oh, tu voulais percer en France, hen ? / Du coup, t’as largué ton accent / T’as truqué ta voix comme T-Pain / Né pour un p’tit pain, mort pour un croissant", sur Devenir immortel), le créateur peut être ravi de devenir l’un de premiers réels ambassadeurs outre-mer du "rap keb". "Aujourd’hui, j’fais la Transatlantique pour trouver l’euro / Paris c’est loin mais dans le ciel y’a aucun feu rouge."

Site officiel du Festival d'été de Québec
Page Facebook de Loud