Bigflo & Oli, le rêve du rap

L'album "La Vie de rêve" confirme l'ascension de Bigflo & Oli. © BOBY

Disque d’or en quelques jours, et ce n’est que le début : La Vie de rêve, le 3e album de Bigflo & Oli, confirme l’irrésistible ascension de Florian et Olivio Ordonez, deux gamins toulousains devenus en quelques années des poids lourds du hip hop. Et ils ont malgré tout réussi l’exploit de garder une certaine innocence même s’ils avouent que le succès a bouleversé leurs vies et les a confrontés à d’autres aspects du showbiz. À 25 et 22 ans, leurs thèmes sont plus variés, leurs rimes plus personnelles, et leur popularité ne faiblit pas. Rencontre avec des frères qui se renvoient la balle vocale en interview comme ils le font sur disque.

RFI Musique : Dans une punchline de Nous aussi 2, vous vous décrivez comme "Les rappeurs détestés de ton rappeur préféré". Pourquoi ?
Flo : Il a failli être dans La Vraie vie ce titre, mais il était trop tôt. Et ça faisait longtemps qu’on n’avait pas fait un son léger, un peu insolent.
Oli : Un son à punchlines !
Flo : Nos pairs actuels ne nous comprennent toujours pas. Ils n’arrivent pas à savoir pourquoi ça marche. Ça doit les déranger. Quand on a annoncé les feats de l’album, les fans nous ont demandé : "Pourquoi vous n’avez pas pris untel et untel ?" C’est parce qu’ils ne veulent pas. En général, on est des rappeurs adorés par le public, mais pas par les autres rappeurs. Il n’y a aucun rappeur qui nous a jamais cités comme exemple ou comme influence.
Oli : Après, on est jeunes, et ce morceau nous a permis de prendre du recul. Il parle un peu de ces critiques, mais on en rigole.
Flo : Avant on était un peu aigris, là on le prend à la rigolade. Au final, ces frustrations et ces questions, avec le succès qu’on a eu, elles sont beaucoup moins importantes qu’avant.

Vous aviez un gros répertoire de chansons pour l’album ?
Flo : Comme on travaille entre nous, on jette parfois des embryons d’idées, des morceaux où on ne va pas jusqu’à la fin. On est un peu des grignoteurs dans le travail. On aime bien commencer et ne pas finir. On doit avoir trente chansons commencées, parfois il n’y a qu’un refrain, qu’une idée. Mais comme on est frères, on sait à l’avance comment le morceau va finir.

Comment s’est passée la rencontre avec Petit Biscuit, qui est sur le titre Demain ?
Oli : Au départ, c’est Flo qui me parlait de ce gars-là, il était fan.
Flo : Je ne suis pas un grand connaisseur en électro, mais lui, j’adore. On l’a rencontré à Rouen. On faisait un concert et on savait que c’était chez lui. On lui a envoyé un message en mode "Si tu veux passer, tu es le bienvenu", et en fait, lui et ses amis aiment beaucoup Bigflo & Oli. Du coup, il était trop content de venir. Il est très jeune, 18 ans. On s’est rencontré. À son âge, il avait un peu la même histoire que nous, et ça nous a touchés. On a vite parlé de son. Ce n’est pas un feat. de maison de disques. On voulait juste faire un son pour les festivals avec notre pote.
Oli : Et on ne voulait pas un cliché. On avait envie de parler des jeunes comme lui, comme nous. Le son passe bien, mais c’est le morceau qui change, dans l’album. On a mélangé deux univers.

Sur La Seule, on découvre Naâman et Kacem Wapalek.
Flo : C’est le kif. J’avais dit à Oli que je voulais faire un son freestyle
Oli : Comme si on était en loge et qu’on faisait défiler une prod.
Flo : Vu qu’on a eu un super succès avec l’album précédent, on pouvait se permettre des kifs comme celui de faire à notre tour découvrir des artistes qui n’ont pas l’aura qu’ils méritent. Aucun invité n’est là par calcul, jamais. Je suis content de savoir que si on vend 200 000 albums, 200 000 personnes vont les découvrir, qu’ils le veuillent ou non. Ils le méritent.
Oli : Kacem, on le croisait quand on faisait les petites salles, toujours sympa et bienveillant. Naâman pareil, on l’a rencontré il y a trois ans à La Réunion au festival Sakifo et on avait pris une claque. Ce mec a un talent fou. Il a commencé à écrire en français, ça lui va bien.
Flo : Ce sont des artistes qu’on admire.

Rentrez chez vous !, c’est un ton plus grave, une fiction, une chronique…
Flo : On avait envie d’écrire sur l’immigration depuis un bon moment, et Oli m’a dit "T’imagines si c’était la guerre en France, qu’est-ce qu’on ferait ?" Et je commence en parlant de la tour Eiffel qui est tombée…
Oli : On s’est vraiment mis dans l’histoire en l’écrivant. Et c’est du pur storytelling à la Bigflo & Oli, comme les morceaux Salope ! et Monsieur Tout le monde, avec un petit twist à la fin. Ce sont les morceaux qu’on adore écrire. On a pris le temps de bien développer la musique. On a fait venir le super guitariste toulousain Serge Lopez, une légende du flamenco.

Vous avez toujours cette fierté toulousaine ?
Flo : Elle s’est encore renforcée. Comme dirait Orelsan, plus on fait le tour du monde, plus on a envie d’être à la maison. On l’a ressenti. Quand on est à Toulouse sans faire grand-chose, on veut partir, et quand on est loin, on veut y retourner.
Oli : C’est notre base, ça nous rassure.
Flo : Je fais des trucs bizarres. La dernière fois, j’avais un peu de temps à tuer avant d’aller au ciné avec un ami, j’ai pris un plat à emporter et j’ai mangé devant mon ancien lycée, là où j’ai grandi, pour ne pas oublier d’où je viens et que c’est là que tout a commencé. Quand j’y retourne, c’est comme si Toulouse me faisait un câlin. L’autre jour, j’ai vu un article dans le journaltoulousain.fr que j’ai envoyé à Oli, ça commençait comme ça : "Dans la ville de Claude Nougaro, Zebda ou Bigflo & Oli"… La consécration ultime !
Oli : C’est même trop d’être comparés à ce genre d’artistes, c’est une fierté. Ça fait plaisir.

Dans La Vie de rêve, vous dites : "Je me dois d’être un exemple"…
Flo : On a sacrifié une partie de notre vie pour le rap, et voir des gens s’en amuser, dire qu’ils s’en battent les couilles, ça fait un peu chier.
Oli : C’est la mode de faire du rap et de dire qu’on s’en fout.

Avez-vous peur du rejet d’une partie de votre public, qui grandit ?
Flo : Je pense que c’est le contraire, qu’il y a des jeunes qui n’aiment pas Bigflo & Oli qui vont nous découvrir plus tard et trouver ça bien. On est marrants sur YouTube, mais pas dans nos paroles. Il y a des gens qui pleurent en concert. Des fans nous disent souvent qu’on les a aidés. Je ne pense pas que des gens qui disent ce genre de chose puissent renier ça.

Vous avez beaucoup tourné, vous allez continuer en 2019 ?
Oli : On veut faire cinq ou six grosses dates, quelques festivals et voilà. Au-delà du fait qu’on est fatigués, on ne veut pas gonfler les gens. Ça fait quatre ans qu’on nous voit partout. On a fait le Printemps de Bourges trois ou quatre fois, les Francofolies pareil. On nous a vus dans le clip de Kery James, chez Cyril Hanouna… On est cinq secondes dans le film Alad’2, et ils nous ont mis dans la bande-annonce !
Flo : Moi je crois encore à l’artiste qui doit se faire désirer, disparaître et revenir pour se reconstruire.

Bigflo & Oli La Vie de rêve (Polydor) 2018

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