Les Vieux Môgôs, la transmission du reggae

Les Vieux Môgôs. © DR

Pour entretenir avec ferveur la flamme du reggae en Côte d’Ivoire, pays d’Alpha Blondy et de Tiken Jah Fakoly, la formation rodée des Vieux Môgôs partage ses acquis avec des valeurs montantes de la scène locale, en live, mais aussi en studio à travers son nouvel album intitulé Motherland.

À Abidjan, il y a quelques semaines, les Vieux Môgôs ont montré qu’ils avaient pris du galon lors de l’édition 2017 du festival international Abi Reggae : eux qui s’étaient déjà produits sur la petite scène, puis avaient accompagné l’an dernier le chanteur guinéen Takana Zion sur le grand plateau, y ont joué cette fois sous leur nom et avec au menu leur propre répertoire, celui de leur nouvel album intitulé Motherland.

Si cette opportunité s’apparente à une reconnaissance du savoir-faire de cette formation ivoirienne expérimentée, son fondateur Sam Koné ne peut s’empêcher de penser plus globalement au chemin que la musique d’origine jamaïcaine a parcouru dans son pays. "Quand j’étais au lycée, à la fin des années 70, on écoutait déjà du reggae, mais on s’en cachait", explique celui qui est tombé amoureux de ce style musical après avoir écouté Jah Is No Secret d’Ijahman.

Pour lui, le concert de Bob Marley prévu en 1980 dans la capitale économique ivoirienne– les affiches avaient été placardées ! – a été annulé en raison de la mauvaise image que le reggae avait à l’époque auprès de ses compatriotes. "Aujourd’hui, ses enfants viennent donner des concerts en Côte d’Ivoire et ils sont bien accueillis", assure le batteur. Avec Abi Reggae, la Perle des Lagunes abrite désormais un événement qui est devenu une référence sur le continent africain en matière de reggae, initié et soutenu par l’ancien ministre Moussa Dousso. "Il a enlevé son costume de bureaucrate et de politicien pour mettre son jean et ses baskets et dire qu’il est fan de reggae", souligne Sam. Un tel coming out était autrefois impensable, mais désormais "même le président aime le reggae" !

L’ancien membre du Solar System d’Alpha Blondy a réalisé à la fin des années 90 le rôle qu’il pouvait jouer sur sa terre natale, au cours d’un séjour que ce Parisien d’adoption y effectuait. L’idée d’un backing band, pour accompagner et "encadrer" les jeunes chanteurs et musiciens locaux, lui vient à l’esprit en prenant conscience de la "qualité" de ceux qu’il entend ça et là. En compagnie de quelques vétérans du cru, il constitue donc l’équipe des Vieux Môgôs, et se retrouve rapidement sollicité pour ses compétences, y compris par ceux qui ont déjà sur place une certaine notoriété : Ismaël Isaac, Larry Cheick ou encore Kajeem.

C’est à ce titre que le groupe participe en 2012 à la Caravane de la paix et de la réconciliation, qui fait étape dans six villes ivoiriennes, afin de panser et les plaies et prôner l’unité nationale au lendemain de la guerre civile. De plus jeunes artistes font aussi appel aux services de ce collectif évolutif, comme Queen Adjoba, repérée puis produite par Alpha Blondy.

L’ombre de l’illustre grand frère plane au-dessus des Vieux Môgôs qui savent qu’il serait vain de chercher à s’en émanciper, tant l’auteur de Brigadier Sabari a marqué en profondeur toute la scène reggae africaine. Sur leur album enregistré à Abidjan, ils préfèrent même le revendiquer avec honnêteté et lucidité, tel un hommage rendu à la star ivoirienne par la jeune génération représentée entre autres par la chanteuse Carmélithe et son alter ego Mandé Diarra. "Une fois que tu as le flambeau, tu n’as pas le droit de le faire tomber", affirme Sam Koné. Il le sait : servir le reggae est un sacerdoce.

Les Vieux Môgôs Motherland (Musicast) 2017

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