Yaniss Odua, le son du reggae

Le reggaeman Yaniss Odua. © DR

Si certains artistes reggae se sont laissé bercer par les sirènes de la modernité à l’américaine, on peut compter sur Yaniss Odua pour respecter les codes du reggae roots et dancehall. Cet artiste né en Martinique a d’abord découvert la musique de la Jamaïque avec Peter Tosh et Jacob Miller, puis a vibré au son du dancehall des années 1990 avec Shabba Ranks. Après un premier passage sur scène à l’âge de dix ans, celui qui a encore l’adjectif "Little" avant son prénom découvre les studios peu de temps après. C’est le début d’une carrière au long cours. Ouvert sur les nouvelles tendances, Yaniss a eu sa période jungle/drum & bass et sait toaster en mode accéléré. Mais pour son nouvel album produit par le vétéran de Kingston Clive Hunt, il a choisi de privilégier les textes et les mélodies. Nouvelle Donne est un album de qualité qui vient nous rappeler que si les artistes jamaïcains contemporains suivent la tendance, Yaniss préfère aller dans la bonne direction : celle d’une musique à la fois militante et harmonieuse. Entretien avec un rasta posé et déterminé.

RFI Musique : Vous avez démarré très jeune dans la musique…
Yaniss Odua
 : Mon cousin Daddy Harry était deejay en Martinique avec le groupe Volcanic MC. J’ai commencé avec lui et Don Miguel qui a sorti les premiers albums reggae dancehall de l’île. J’allais chez lui tous les jours pour entendre ses morceaux, je les connaissais par cœur. Et un jour, quand j’avais dix ans, il m’a introduit sur scène, sous le nom de Little Yannis, et m’a demandé de chanter un morceau. Ça m’a pris au dépourvu, j’ai chanté, mais j’étais pétrifié, j’ai mis trois jours à m’en remettre ! (rires) Après ça, mon cousin m’a offert l’enregistrement d’un album parce que j’avais bien travaillé pendant l’année scolaire. J’avais douze ans. Je me souviendrai toujours du premier jour où je suis arrivé : c’était un grand studio avec des machines, une vraie tour de contrôle. Et ça s’est bien passé, je me suis habitué. J’étais dans le conscient à 100%. Il fallait faire des recherches quand on avait trouvé son thème.

Quelle est votre appréciation du rap français ?
Au début le rap ne me parlait pas trop, j’étais dancehall à 200%. On a eu des clashs au pays avec les musiciens de zouk car dès qu’ils en avaient l’opportunité, ils disaient que c’était du bruit. J’ai collaboré avec des rappeurs à l’époque de la compilation Red Zone, comme Maj Trafyk, qui m’a initié au hip hop. Il m’a ramené les albums de Busta Flex, Idéal J et Ombre est Lumière d’IAM.

Comment avez-vous convaincu Clive Hunt de produire vos albums Moment idéal puis Nouvelle Donne ?
On a été en Jamaïque, j’avais peur que l’argent soit un problème, mais on a dit à Clive qu’on était en autoproduction. On a joué cartes sur table en lui demandant s’il était partant quand même. Il nous a dit "Prenez vos billets d’avion, on va faire l’album" ! J’avais déjà été en Jamaïque pour le Reggae Sumfest en 2002, puis deux ou trois fois depuis. Pas en tant que touriste, mais chez les gens, avec mes amis musiciens jamaïcains.

Comment avez-vous préparé ce nouvel album ?
On a senti la demande pendant la tournée. On a fait l’Europe, l’Afrique, La Réunion, l’ile Maurice, la Nouvelle-Calédonie, l’Amérique du Sud. Début 2016 on a commencé le travail. J’avais des thèmes, mais ma priorité était qu’il sonne différent du précédent, que ça soit nouveau. On a voulu rafraichir au niveau des influences musicales. Clive a sélectionné les musiciens en fonction de l’environnement musical. On a enregistré à Kingston, dans le studio où avait été conçu The Harder They Come. Il y a eu quelques retouches digitales en France, pour donner une couleur urbaine.

Un de vos morceaux s’intitule MDMA. Pouvez-vous nous expliquer ce titre ?
J’avais fait Chalawa sur l’herbe, et j’ai entendu certains amalgames de gens qui disaient que je chantais que la drogue était cool : j’ai voulu mettre les choses au point. Si la drogue douce est mise au même niveau que l’héroïne ou la cocaïne, on a un souci. Des jeunes m’écoutent donc je dis ce que je pense sur le sujet, pour tirer les choses au clair.

Yaniss Odua Nouvelle Donne (Caan Dun Music) 2017

Page Facebook de Yaniss Odua
En concert le 20 mai à l’Élysée Montmartre (Paris)