Ousco, la relève du reggae africain ?

Ousco. © Romain Gaudin

Avec son premier album personnel intitulé Mon côté reggae, le chanteur malien Ousco montre qu’il maîtrise les codes de ce genre musical venu de Jamaïque et dont la nature revendicative contribue à sa popularité en Afrique. Jouer le rôle d’aiguillon convient parfaitement à celui qui s’était illustré, il y a près d’une décennie, avec le groupe de rap Smod soutenu par Manu Chao.

Le paradoxe est si rare, parmi les artistes reggae, qu’il mérite d’être relevé : la première fois qu’Ousco entend Bob Marley, alors qu’il habite encore son village de Diabaly situé au Nord de Ségou, le jeune adolescent n’aime vraiment pas les chansons de la star jamaïcaine qui figurent sur cette cassette vidéo prêtée par un appelé du contingent affecté au camp militaire du secteur ! Sa préférence va vers Koko Dembele, dont il comprend les paroles en bambara, sans percevoir tout ce que cette figure emblématique du reggae au Mali doit au maître du genre…

Depuis, Bob Marley "a pris toute sa place" dans la vie du chanteur trentenaire, dont les débuts musicaux se sont déroulés sous la bannière du hip hop à la fin des années 90, après avoir quitté les siens pour venir vivre chez un oncle à Bamako et y suivre ses études au lycée Kankou Moussa. Celui qui était le meilleur élève de son école et que ses parents voyaient devenir fonctionnaire a fait son apprentissage de la vie dans les grandes villes. Où tout est différent. "On m’avait acheté un vélo pour aller en classe, parce que c’était loin. Je l’ai posé et quand je suis revenu, il avait disparu ! Je ne savais pas qu’il fallait mettre un cadenas : chez moi, tu peux le laisser et revenir deux jours plus tard, tu le retrouveras à la même place !", se souvient-il.

Quand les profs ne sont pas là, avec deux copains – dont Sam, fils d’Amadou et Mariam –, il se met à taper sur les tables "pour faire des instrus et des freestyles". Sanctionnés par le corps enseignant mais encouragés par leurs congénères, ils poussent l’idée plus loin, fondent le quatuor puis trio Smod. Trois albums à leur actif, dont le dernier produit par Manu Chao en 2010.

Déjà à cette époque, Ousco écrit quelques phrases dans son coin, s’accompagne à la guitare qu’il essaie d’apprivoiser. Quand l’aventure avec ses acolytes du lycée prend fin, ce titulaire d’une maitrise d’anglais se dit que le moment est venu de donner corps à son envie de faire du reggae, "une musique qui va dans le même sens que Smod : réclamer, dénoncer, et propager la joie".

Un morceau, puis un second, un troisième… Au fil de l’eau, sans procéder d’une intention consciemment exprimée, un album prend forme, au gré des rencontres avec tel arrangeur, tel ingénieur du son, à Abidjan, Dakar, Paris ou Bamako. Le caractère "nomade" de l’entreprise, revendiqué par son auteur désormais installé en France, n’empêche pas l’ensemble d’avoir plus qu’une cohérence : une identité. Mon côté reggae n’est pas une simple approche des rythmes jamaïcains par un artiste venant d’un autre univers, mais un disque qui épouse, dans la forme comme sur le fond, les contours de ce reggae africain défini en grande partie par l’Ivoirien Alpha Blondy et son cadet Tiken Jah Fakoly – dont l’influence sur la jeunesse malienne n’est bien sûr pas étrangère au fait qu’il se soit installé au Mali au début des années 2000.

L’esprit frondeur est là. Change de façon, mise en garde qui s’adresse aux présidents africains accrochés à leur fauteuil, se situe quelque part entre Quitte le pouvoir et Le Balayeur de Tiken. Endossant comme ses aînés le costume de poil-à-gratter, plus enclin à déranger qu’à flatter, Ousco s’interroge lui aussi sur sa société, dans Qu’est-ce qui ne marche pas ?

Une autre référence a nourri sa réflexion et son écriture : Thomas Sankara, le président du Burkina Faso, renversé en 1987. Pour expliquer sa chanson Consommer national, le chanteur récite un extrait d’un fameux discours de cette figure révolutionnaire : "Notre pays produit suffisamment de quoi nous nourrir. Nous pouvons dépasser même notre production. Malheureusement, par manque d’organisation, nous sommes encore obligés de tendre la main pour demander des aides alimentaires. Ces aides alimentaires qui nous bloquent, qui installent dans nos esprits cette habitude, ces réflexes de mendiant, d’assisté, nous devons les mettre de côté par notre grande production !"

Comme le Sénégalais Meta Dia, ou encore Youssou N’Dour à travers sa reprise de Bamba consacré au fondateur du mouridisme dans l’album Dakar Kingston, Ousco trouve les moyens appropriés pour conjuguer Islam et reggae. Aucun prosélytisme, juste l’expression d’une spiritualité, celle des Baye Fall sénégalais "qui n’a rien à voir avec les jihadistes", tient à rassurer le Malien, soulignant qu’il est surtout question de paix et d’amour des autres. L’album se clôture par Allah et s’ouvre avec Mame Cheikh N’Diaye, un titre dédié à ce guide spirituel rencontré en 2003. "Avant, comme les autres, j’allais à la mosquée, je priais, je faisais ce que j’avais à faire. Les gens croient qu’on ne peut pas voir Dieu. Mais si ! Aujourd’hui, je ne suis plus le gars qui va au travail et ne connait pas son patron !", métaphorise-t-il, d’un air amusé.

À sa façon, le voilà qui marche sur les pas des rastas jamaïcains dont la "vision" prophétique à l’égard d’Hailé Selassié, au siècle dernier, a façonné le reggae et la conception du monde qu’il véhicule encore aujourd’hui.

Ousco Mon côté reggae (Gum Club) 2017

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