Mo'Kalamity, au royaume du reggae

La chanteuse Mo'Kalamity. © Philippe Campos

Figure de proue féminine de la nouvelle génération du reggae en France et programmée sur de nombreuses scènes européennes depuis quelques années, la chanteuse Mo'Kalamity nourrissait depuis longtemps l’espoir de vivre à son tour sa propre expérience jamaïcaine. One Love Vibration, son nouvel album, est le fruit de sa collaboration à Kingston avec Sly & Robbie.

La Jamaïque. Ce nom résonne avec un écho particulier pour tous les artistes reggae qui ne sont pas originaires de cette île des Caraïbes. Une destination entre rêve et fantasme. Certains ressentent le besoin de s’y rendre dès le début de leur carrière pour y trouver une forme de caution ou poursuivre leur apprentissage, d’autres préfèrent murir un projet au fil du temps, au fil des albums, avant de s’envoler au pays de Bob Marley.

C’est cette démarche qu’a suivie Mo'Kalamity. En janvier 2017, quand elle monte dans l’avion pour Kingston, sa guitare sur le dos, elle a envie de "palper l’essence de toute cette musique, ce qui fait qu’elle a cette énergie. Découvrir la population, l’atmosphère, l’île." Le séjour doit durer trois semaines, mais la jeune femme ne part pas complètement à l’aventure.

Si l’imprévu peut toujours s’inviter, elle a tout de même balisé le terrain : rendez-vous a été pris depuis Paris avec Sly & Robbie, respectivement batteur et bassiste mais surtout un binôme de référence en matière de reggae, depuis plus de quarante ans, et qui s’est notamment illustré avec Tiken Jah Fakoly sur Françafrique. "Ils font partie de mes influences majeures", confie la chanteuse. Lors du Garance Reggae Festival organisé dans le sud de la France, en 2013, elle les avait rencontrés une première fois, alors qu’elle s’était transformée au pied levé en choriste pour un concert de Black Uhuru, groupe dont ils sont la colonne vertébrale.

Quand elle les retrouve chez eux, elle est "très impressionnée" mais n’a "pas le temps d’avoir des états d’âme". Allaient-ils apprécier, se sentir concernés, inspirés par ce qu’elle avait prévu de leur chanter ? "On a commencé par Kingdoms of Africa, un titre qui m’est très cher", précise l’artiste arrivée en France en provenance du Cap-Vert à six ans. "C’était logique qu’on se réunisse à travers ce morceau", poursuit-elle. Il y est question d’unité africaine, thème récurrent du reggae.

Les Jamaïcains, à qui elle avait envoyé au préalable quelques vidéos de ses concerts afin qu’ils saisissent son univers, comprennent tout de suite ce qu’elle cherche : un son "roots, organique", une approche "naturelle, instinctive", qui se traduit dans les faits par une ou deux prises au plus en studio. Autour de la ligne mélodique qu’elle leur chante, et de ses accords de guitare, elle les laisse construire, arranger les morceaux avec les musiciens du Taxi Gang. "Dans le mille !", s’exclame Monica pour qualifier le résultat : "C’est ce que je désirais au plus profond de moi, ce que j’entendais." 

Elle avait imaginé faire deux titres avec eux, mais revient en France avec le double. Très vite, l’évidence s’impose : elle doit repartir là-bas et compléter avec les mêmes partenaires ce qui sera son prochain album, le quatrième depuis 2007. En un mois sur place, les enregistrements et le mixage sont achevés. Au total, neuf chansons, déclinées sur un reggae attaché à ses fondations académiques tout en respectant parfaitement les identités artistiques de ses protagonistes : la patte de Sly & Robbie imprègne chacun des morceaux, les sculpte, mais laisse à Mo'Kalamity l’espace pour les incarner, exprimer sa personnalité et faire entendre sa voix aux modulations orientales.

Mo'Kalamity meets Sly & Robbie One Love Vibration (Sofia-Thea Records/Musicast) 2018

Page Facebook de Mo'Kalamity
En concert à la Maroquinerie à Paris le 16 mars 2018