Singuila, amour voyou

Né en France, Singuila a passé une partie de son enfance au Congo-Brazzaville. Chanteur de r'n'b, il n’a pas cette image sirupeuse qui caractérise la plupart des interprètes de ce style musical. Lui, c’est plutôt le genre à draguer sans complexe. Depuis son apparition dans la compilation Indigo R&B sortie par le Secteur Ä en 1999, on a croisé Singuila à de multiples reprises. Son single Rossignol (avec Youssoupha en featuring) a été le tube-surprise des Africains en mal d’amour durant 2014, et Retour de flamme en 2016 annonçait son retour. Entre deux, son nouvel album, a le mérite d’être explicite : entre l’Afrique et l’Occident, entre le r'n'b et le hip hop, avec l’élégance vocale qui le caractérise. Singuila ? Le séducteur est de retour.

RFI Musique : On vous a découvert à la fin du XXème siècle, avec votre morceau dans la compilation Indigo R&B. Avez-vous eu du mal à vous faire connaître ?
Singuila
 : J’avais entendu parler d’une compilation qui se faisait chez Secteur Ä, et il fallait que je fasse partie de ce disque. Je suis allé les voir, mais ils m’ont dit qu’ils avaient presque bouclé le projet. Ils ne voulaient même pas écouter ce que j’avais fait. C’était une période difficile pour moi, j’étais à la rue, mais j’ai mis ma K7 dans le poste, j’ai gardé mon doigt appuyé et j’ai chanté dans le bureau. Ils se demandaient ce que je faisais ! J’ai dit : "Si on doit se battre, on va se battre. Mais je ne pars pas sans avoir terminé ma chanson". Ils ont écouté, ils ont aimé le morceau et le cran dont j’ai fait preuve. Ils ont vu que j’avais de la volonté. Ma chanson Comme personne a fait mouche. C’était un nouveau souffle dans ma vie, après avoir été SDF.

Votre parcours dans le showbiz a été un peu chaotique…
Après un album chez Secteur Ä, j’ai été chez Universal. J’ai dû repartir à zéro, j’estimais que la promo n’avait pas été faite correctement. Il fallait que je prouve que je sortais du concept r'n'b français. Les premiers à avoir répondu à ma musique sont les Africains : sans eux, ça aurait été dur. D’abord les Ivoiriens, puis les Gabonais, ensuite les Camerounais et les Congolais. La chanson qui a le mieux marché dans ma carrière, c’est Rossignol. Un pote du Gabon m’appelle un jour et me dit que ma chanson est devenue un hymne national. Je lui dis "Quelle chanson ?" Il me chante le refrain ! Le même jour sur les Champs, je me balade et un mec dit "Regardez, c’est le rossignol !" On m’a rappelé à la fin du mois pour un show au Gabon avec un cachet exorbitant. Les radios me contactaient, c’était énorme. Tout s’est enchainé comme ça. Et j’ai signé chez Sony en janvier 2016 pour ce nouvel album, Entre deux. Je suis entre l’Afrique et l’Occident. C’est une chance d’avoir ces deux cultures. Je suis pile-poil là où il faut. Je n’ai pas attendu la tendance afro pour en faire. Je représente des jeunes qui se voient à travers moi qui ai quitté un pays en guerre et m’en suis bien sorti, au bout du compte. Le travail porte ses fruits.

On trouve sur Entre deux une chanson au titre en anglais, I Love Paris. Pourquoi ?
Un soir où j’étais en concert à Toronto, je remarque qu’il y avait très peu d’anglophones dans la salle. Ça m’a embêté, je me disais que le taf n’était pas fait. Pour attirer les anglophones qui ne comprennent rien au français, il fallait quelques mots en anglais. Il me fallait une raison pour parler en anglais. J’ai trouvé ça. "J’ai dit : 'excuse me, what time is it ?' french is so romantic, so hot". Au début du clip, j’enlève ma montre, je la file à mon producteur Dave et je vais voir une fille pour lui demander l’heure. Astuce de lover !

Vous avez invité le rappeur marseillais Alonzo sur Assommé
Alonzo, j’aime ce qu’il fait, il ne passe pas par quatre chemins. Il est juste, et il n’a pas honte d’aller sur un thème léger. Et puis j’aime son personnage. Il m’avait invité sur un titre avec lui qui n’est pas sorti. Pour ce projet, je me suis dit qu’il aurait sa place. Il voulait parler de meufs, j’ai dit OK, et on a été sur un thème : la plupart des mecs ont rencontré des nanas avec de sales réputations. Mais il arrive que finalement, réputation ou pas, ils passent de bons moments avec elles !

Singuila Entre deux (Sony Music) 2017

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