Magique Rock en Seine

L'édition 2016 du festival Rock en Seine © A.L. Lemancel

Le week-end du 26 au 28 août s’est tenu, à Paris, le festival Rock en Seine. L’occasion de succomber au charme de belles découvertes (DjeuhDjoah & Lieutenant Nicholson), de se laisser happer par les vibrations de la "nouvelle vague" (La Femme, Grand Blanc…), ou de retrouver ses héros (Casseurs Flowters, Cassius…).

Sous un soleil de plomb s’est déroulée la 14e édition de Rock en Seine, le rendez-vous musical de la fin d’été, au cœur du Domaine national de Saint-Cloud.

Tous les aficionados de sons en couleurs convergent pour se rafraîchir les oreilles avec le must du rock, mais aussi du rap ou encore de l’électro. Cette année encore, Rock en Seine (RES) recevait des mastodontes tels Iggy Pop, Massive Attack, Damian Marley, Sigur Rós... Le festival n’en célébrait pas moins des productions francophones de haute voltige, novatrices, audacieuses, ou solidement ancrées dans le paysage.

Révélations

Le festival a ainsi ouvert la voie à de belles découvertes, telles celles accueillies sur le "tremplin" Île-de-France, havre minuscule à l'ombre de la grande scène. Y sonna le flow hardi et précis de celui qui pourrait être le "secret le mieux gardé du rap français" à savoir JP Manova en raison de ces nombreuses collaborations, le post-punk abrasif de Rendez-vous, prétexte de pogos telluriques, mais aussi le groove-sourire, les sons ensoleillés, le coupé-décalé imparable et sexy, de DjeuhDjoah & Lieutenant Nicholson.

En osmose, les deux complices, aux jolis mots qui s'entrechoquent et s'emboîtent comme des jeux d'enfants surfent joyeux sur leur planète afropéenne.

La Femme © A.L. Lemancel

Nouvelles vagues

La foule compacte "en recherche de sensations", comme dit leur chanson La Planche, a acclamé la pop adolescente rétro-futuriste de La Femme, leurs codes sens dessus dessous, et leurs tubes acidulés qui collent au cerveau.

Sur la scène de l’industrie, Grand Blanc, avec sa charismatique chanteuse Camille, blonde platine, a soufflé sa "cold wave", sa disco indus, venu de l'est de la France.

Enfin, sur la scène Pression Live, l'homme-machine venu d'ailleurs, Flavien Berger, avec ses explorations aventureuses, nimbées de nappes synthétiques, a forgé des paysages fascinants où s'invitait un trio de violon.

Valeurs sûres

Ils s’avancent comme des poids lourds de la scène française, et démontrent, une fois encore, leur savoir-faire. Pour le dernier concert de leur tournée, les fans des Casseurs Flowters se sont déplacés en masse ! Les jets d'eau balancés par les tuyaux d'arrosage des videurs, accueillis par les cris de joie d'une foule caniculaire, n'ont pas refroidi un public chauffé à bloc.

Autre monument ? Ils sortent leur prochain disque, Dance or Die, patchwork de textures sonores incandescentes, dans le courant du mois : les trois champions  du turntablisme, DJs magiciens, Birdy Nam Nam ont incendié la (scène) Cascade. En live, ils ont bâti des cathédrales de samples et de scratchs, des jungles urbaines aux architectures alambiquées.

Le dernier jour, le duo phénoménal Cassius, qui vient de sortir son dernier opus Ibifornia (feat. Cat Power et Mike D.), juché sur un faux volcan, a créé un show fluo, déjanté, 100% efficace, devant des milliers de festivaliers gagnés par la fièvre du dimanche soir.

Le festival s’est clos sur les derniers accords de Foals. Au total, 110 000 spectateurs ont savouré, ce week-end, un arc-en-ciel de sons : une célébration jouissive de musiques multicolores !


L’heure de JP Manova

Sur la petite scène Île-de-France, se produisait celui que l’on surnomme "le secret le mieux gardé du rap français", complice de Rocé, Ekoué ou MC Solaar : JP Manova.

"Je déclare ouverte cette session Rap en Seine !", hurle avec un enthousiasme rageur JP Manova, sur la scène Île-de-France, pas découragé par un florilège de problèmes techniques et la rude concurrence d'Iggy Pop, qui rugissait, toute guitare dehors, à quelques centaines de mètres.

JP Manova sur scène © A.L. Lemancel

"Quelle heure est-il ?", lance-t-il. "19h07! ", clame comme un seul homme son public, aux montres unanimement déréglées. 19h07 soit le nom de son premier disque sorti en 2015. Il explique : "C'était mon heure, celle de sortir mon album. Pas fixe ni imposée : la mienne, un timing parfait."

Depuis 20 ans, ce MC du XVIIIe, 36 ans, fait figure de "secret le mieux gardé du rap français". Adoubé par ses potes Rocé, Ekoué (La Rumeur), ou MC Solaar, il apparaît à 18 ans sur Les Liaisons dangereuses de Doc Gynéco, rappe au diapason de ceux qui, plus tard, deviendront les meilleurs chevaliers du rap français.

Il cumule les expériences pour créer du "sens"

Quand ses potes décollent, lui prend la tangente : pas d'attirance pour la célébrité, peur de cette "société du spectacle" théorisée par Guy Debord qu’il adore, peur de la récupération, de la critique et du show-biz.

Et puis, un beau jour, verdict : "Je me suis senti prêt quand j'ai compris que je ne le serai jamais". Des featurings avec Rocé sur scène enclenchent le processus.

Son disque témoigne d'une écriture précise sans concession ni calcul, d'un flow en équilibre sur le beat, d’une maturité, et d'une musicalité indéniable. La scène Île-de-France, JP, rejoint par Rocé sur un titre, la retourne littéralement : énergie contagieuse et gros charisme. La furie libératrice gagne un auditoire, assurément ancré dans un moment présent où toutes les montres affichent ... 19h07 !