Johnny Hallyday au Stade de France

Johnny Hallyday sur scène © AFP / P.Merle

La "dernière tournée" de Johnny Hallyday a fait étape à guichets fermés pendant trois soirs au Stade de France (29 au 31 mai), un des concerts étant même retransmis en direct à la télévision. Après ses successives tournées des stades, un show sans grande surprise mais non sans émotion. 

"Je voudrais vous dire encore une chose", dit Johnny pendant les saluts, à la fin du concert. Alors, seulement, son spectacle prend des couleurs d’adieu, prend une nuance de gravité touchante. Dès qu’on a su que sa tournée s’intitulerait Tour 66 (soixante six ans, la Route 66…), on a su également que ce devait être la dernière d’une carrière unique. Mais l’aigle de métal immense qui domine la scène, le répertoire semé de monuments, la ferveur d’un Stade de France rempli trois soirs de suite, tout n’a finalement pas de dimensions exceptionnelles, tant Johnny Hallyday a jusqu’alors fabriqué de miracles partout où en France, on peut installer une sono massive et convoquer le public. C’est après plus de deux heures et trente d’énergie et de puissance, de vieux souvenirs et de couleurs ravivées de frais, qu’il fend enfin l’armure, la voix un peu tremblante, ses yeux émus apparaissant sur les écrans géants : "Je ne vous oublierai jamais. Je vous aime. Merci."

 

Ensuite, le caractère quasiment testamentaire de cette tournée est mis en scène avec efficacité mais sans nuances : Ça ne peut pas finir, pendant lequel un phénix stylisé vole sur les écrans, qui s’achève sur la scène vide, la place du chanteur étant marquée nettement par les projecteurs. Puis il chante Et maintenant, le grand succès de Gilbert Bécaud qui évoque une séparation amoureuse ("Et maintenant que vais-je faire/De tout ce temps que sera ma vie/De tous ces gens qui m'indiffèrent/Maintenant que tu es partie") et que les fans peuvent prendre pour la promesse cryptée d’un retour futur.

En presque trois heures de concert, Johnny Hallyday aura démontré à la fois l’ampleur exceptionnelle de son répertoire et le classicisme de son esthétique live. Emmenés par Philippe Uminski, producteur et arrangeur de son dernier album, ses quinze musiciens et choristes donnent à entendre un Johnny éternel, bien campé sur les deux piliers de son œuvre : le rock’n’roll dans la vision panoramique des orchestres bien huilés, et la grande variété française qui ne lésine par sur les moyens. Le pot pourri rock’n’roll (Le Pénitencier, La Fille de l’été dernier, Blue Suede Shoes, That’s Allright Mama, La Terre promise, I Got A Woman) qui amène Johnny sur une petite scène au milieu de la pelouse est ainsi joué "acoustique" avec sept musiciens autour de lui, l’instrumentation ne consentant au dépouillement que pour Quelque chose de Tennessee joué en trio.

Pour le reste, qu’il aborde les raretés (Je veux te graver dans ma vie, reprise de Got To Get You In My Life des Beatles, Dégage, Jusqu’à minuit…) ou ses incontournables standards (Gabrielle, La musique de j’aime, Que je t’aime), il aime montrer les prodiges de ces musiciens, et notamment son nouveau et très impressionnant harmoniciste Greg Zlap. Et sa fraîcheur surprend. Dimanche soir après le dernier Stade de France, Florent Pagny nous avouait son admiration devant ce que révélaient les gros plans lors de la chanson finale : une puissance et une résistance hors du commun, qui plaideraient plutôt pour l’espoir d’un retour futur malgré les actuels adieux… Et la voix ? Toujours plus utilisée pour sa puissance et son abattage que pour sa souplesse, elle est dense, riche, intacte, bien protégée dans l’épaisseur de la couche instrumentale qui l’accompagne.  

On regrettera peut-être que la mise en scène de Tour 66 joue avec tant de classicisme d’images convenues. L’immense écran de fond de scène et tous les grands écrans étagés sur toute la structure auraient sans doute mérité mieux que les clips pauvrets qui accompagnent certains chansons fortes : des motifs à la Vasarely sur Excuse-moi partenaire, des sortes d’acariens en apesanteur sur Que je t’aime, des images de jeu vidéo shoot’em up pour Requiem pour un fou

Cela rappelle, au fond, que depuis seize ans et ses concerts au Parc des Princes célébrant son cinquantième anniversaire, Johnny Hallyday a exploré beaucoup de voies dans le spectacle de grandes dimensions, et en a peut-être épuisé une bonne partie des charmes. On regrettera peut-être que l’enjeu symbolique de cette tournée l’ait pour ainsi dire dispensé de vouloir en faire un événement musical et scénique comme avait pu l’être sa première venue au Stade de France en 1998, spectacle novateur et parfois même ambitieux. Mais Tour 66 est bâti pour l’émotion, et l’émotion est là. 

Tour 66 : le 3 juin à Sochaux, le 6 à Metz, le 9 à Lens, le 12 au Havre, les 16 et 17 à Nantes...